jeudi 24 mai 2018

Friture

Traverser la ville
Alors que la pluie
Fait frire les sols
S'élancer pieds nus
Dans les casseroles
Fumantes et fraîches
Du ciel

mercredi 4 avril 2018

Conquêtes

Des humides
Très imbibés
Ont amené
Jusqu'ici
Leurs conquêtes
Comme un trophée
Comme quelque chose
D'inespéré
Qui n'aurait plus dû arriver
Et alors
Au fond de leurs yeux
S'allume à nouveau
Une flammèche
Persistante et insoumise
Comme au début
De leur histoire
Avec l'alcool

samedi 10 mars 2018

Voirie

Comme une cigarette
Par la fenêtre
Sur l'autoroute
Nous avons jeté
Notre tristesse
Dans le jour
Elle a tapé 
Des gens derrière
Elle a valdingué
Un peu
De gauche et de droite
Sans rien perturber
Elle a fini 
Sur le bas-côté
Comme du gibier mort
Elle sera avalée
Par des véhicules
Qui clignotent
Comme des yeux
Friands de carcasses

Quai

J'aimerais ce quai de gare
Giflé de bourrasques
Un tabassage en règle
Des morceaux de ciel
Partout par terre 
Qu'on ne sache plus 
Trouver un itinéraire
Pour parvenir aux trains
J'aimerais ce quai de gare
Jonché de météo
J'aimerais ce quai de gare
A te barrer la route
Puisque tu t'en vas

mercredi 28 février 2018

Au creux de ton épaule

Le vieux bateau
Parcouru de famines et de scorbut
Les voiles fatiguées
Le navire dont on ne se rappelait plus bien
Quel est son nom déjà
La coque sénile
Les morts l'avaient vu appareiller
Ils ne sont plus là
Personne ne regarde vers lui
Pas de mines séculaires sur la baie
Pour grogner quelque souvenir
La chose au large
Attend sagement
Elle sait qu'ici désormais
Des valses obséquieuses 
Commandent aux allées et venues
Et puis tu dis viens
Et puis il accoste au creux de ton épaule
Comme si cette baie
N'avait jamais cessé d'exister

Les vilenies

Le vent se lève
Et avec lui
Les vilenies
A qui il faudra
Tordre le cou
Avec qui il faudra
Se battre
Au corps à corps
Dans ces anciennes gesticulations
Qui aujourd'hui
Font peur
Tiennent à distance
Nos envies
De pistes et d'horizons
Le vent se lève
Il n'est plus temps
Déjà
De s'équiper
Viens voir
Le vent
Qui se lève

samedi 24 février 2018

Temps perdu

Attirons-le
Avec quelques promesses
Mettons-lui une cagoule
Ligotons-le
Et allons perdre notre temps
Par les rues
Allons lui faire écouter
Le chant des caniveaux
Les histoires impossibles
Les alcools qui radotent
Les rêves frippés
Allons perdre notre temps
Tout au fond de nos vies
Et faisons en sorte
Qu'il ne retrouve jamais
Son chemin

La rentrée

L'aube
Le moment de toutes les morsures
Celles de la nuit
Qui s'en va
Qui claudique
Celles du jour
Qui arrive
Avec appétit
A foulées légères
L'aube
Quand ton parfum
Rentre chez lui

vendredi 19 janvier 2018

La gouille

Le départ des cigognes marquait la disparition de la gouille. Le brouillard s’installait et saccageait tout. On n’y voyait plus rien. Personne n’aurait pu dire qu’ici, l’été faisait courir les rires sur le petit ponton. Désormais, c’était une bouillie d’où ne sortaient plus aucun poisson, il n’y avait plus de joies à rôtir. La brume avait tout englouti. Elle avait digéré les ampoules colorées qui délimitaient la place de galets. Les rives avaient noirci, les herbes sauvages sentaient l’humidité boueuse. Lorsque les cigognes passaient au-dessus de nos têtes, elles tiraient un drap sur la saison. Ce rideau brutal, c’était Tonton Ronald.

dimanche 14 janvier 2018

Par l’épaule

Au bout de cavalcades hirsutes
Après avoir foncé l’un contre l’autre
Des dératés qui perdaient haleine
Nos rires se sont retrouvés
A se prendre par l’épaule
De vieux poilus
Qui en avaient bavé
Qui en avaient vu
Qui avaient pleuré ensemble

dimanche 24 décembre 2017

Traversée

Tu traversais la ville
Comme on fripe une feuille
Tout à coup
Tu étais là
Si proche
On aurait dit
Que tu sautais
De parfum en parfum
Jusqu'à l'avant de mon col
Que ta main avait pris en otage
Le temps de négociations
Trop vite abandonnées

Irrigation

C'est serré
Contre son manteau de poussière
Qu'il a séché ses larmes
C'est dans ses bras secs
Qu'il a irrigué
Des désirs
Le long d'un territoire
Brûlé de vents sableux
C'est serré
Contre son manteau de poussière
Qu'il a murmuré des assauts botaniques

Acidité

Nos mains
Filaient en chiens
Lancés sur la lumière
Qui se terrait au fond de la cabane
Et nous sifflions
Et nous étions excités
Car nous savions
L'été parti
A la maraude
Probablement saoul
De l'autre côté de la terre
Car nous savions
La saveur sucrée
De ces flammèches indomptables
Au coeur de cette saison acide

mercredi 8 novembre 2017

En route

Ton parfum dans le soir
Descendait jusqu'à la nuit
En route
Nos mains s'égaraient
Nos gestes s'égayaient
Des derniers assauts de lumière
D'un jour
Qui tombait en riant
De se précipiter dans l'obscurité
A gorge déployée

dimanche 22 octobre 2017

Doudounes

Il y avait celui
Qui retournait les cadavres
Pour leur ajuster la chemise
Il y avait celle
Qui aimait le pourpre
Pour retenir le jour
Il y avait celui
Qui regardait son corps transpirer
Pour accueillir des sanglots complexes
Des espressos circulaient
La nuit progressait à son rythme de croisière
Il n’y avait aucun excès
Juste des intentions abruties
Prêtes à en découdre
Avec des reflets incertains
Et des menaces de synthèse
Ici
On sursautait
Dans des doudounes

Pugilat

Ta tristesse
Approchait
Je l’ai vue venir
Au coin du bois
Par le chemin
D’or et de feuilles
Dans un bruit de boucle
J’ai lâché mon dépit
A grandes foulées de salive
Il a fondu sur elle
Dans un pugilat
De lumière poussiéreuse

Blindage

Sois sombre
Sois opaque
Sois feuilleté
Et retiens les balles
Ne les empêche pas
D’atteindre nos disputes
Empêche l’horreur
De s’attaquer
A nos sauvageries
Laisse-nous
Dévorer
Nos peaux nues
Préserve ce silo de silence
Afin que nous entendions
Nos chagrins
Mastiquer
Notre haine

Nous habitions la nuit

Nous habitions la nuit
Nous descendions
Dans ses entrailles glacées
Chercher des victuailles
A saupoudrer
De grains de lumière
Qui ne pesaient pas lourd
Dans les caddies du jour
Nous habitions la nuit
Sans laisser d’adresse
Nous habitions la nuit
Et nous souhaitions
Recevoir ses caresses
Nous habitions la nuit
De souffles indomptables
Et nous frappions aux portes
De nos colocataires
Et personne ne répondait
Nous habitions la nuit
Et le bruit aveugle de l’agitation
Nous servait
De seule piste
Pour faire atterrir l’aube
A espérer qu’elle saurait
Nous approcher
Sans apeurer
Nos grosses mains
Pétries d’ombres salies
Perpétuelles orphelines
Des crépuscules baroudeurs

dimanche 17 septembre 2017

Sentinelles de poussière

L'aube
Puisqu'elle avait forcé
La façade est
A l'assaut des persiennes
Donnait
A la poussière
Des allures de sentinelles
J'aurais aimé
Que tu prennes
Le commandement
De ce petit équipage de lumière
J'aurais aimé
Que tu viennes m'arrêter
Lorsque je prenais la fuite
J'aurais aimé
Que tu m'escortes
Alors que je me jetais
Dans le guet-apens du jour

Embuscade

Le vent
Serrait la nuit
A la gorge
Nous attendions
En embuscade
Afin de dépouiller
Ses poches sombres
Des éclats de jour
Qu'elle avait ravis
A nos heures de joie