Le périmètre des carburatrices

mercredi 1 mars 2017

Rincer la nuit

Secouer nos bouteilles
Bien fort
Et les montrer au ciel
Comme on l'a fait
Avec nos anciens monstres
En brandissant contre eux
Des sabres d'épicéa
Secouer nos bouteilles
Pour rincer la nuit
Et espérer embarquer
Dans des bulles et de la mousse
Pour la lumière
Au fond du panier des galaxies

mardi 28 février 2017

Noyade

Seule tristesse
Parmi la rigueur
Des cailloux
Seul galet
Plat
Cette main
Viendra-t-elle
Saisir
Lancer
Faire ricocher
Loin
Très loin
Enfin
Le plus loin
Possible
Jusqu'à ce que tout coule
Sous son propre poids
Jusqu'à ce que les larmes
Soient hors de portée
Des bouées de sauvetage

dimanche 15 janvier 2017

Les trappeurs

La hutte
Des trappeurs
Fume

La hutte
Des trappeurs
S'agite

La hutte
Des trappeurs
Bouillonne

Ils ont attrapé
Un peu de joie

Ils la lacèrent
Consciencieusement

Ils la dépècent
En lacets
Qu'ils tanneront
Avec application

Ainsi équipés
Ils relanceront
Une partie

Ils s'élanceront
A la poursuite
Du bonheur
Ils l'étrangleront
Avec leurs petits lacets
De joie
Finement tannés

La hutte
Des trappeurs
Frémit
De préparatifs

A tout rompre

La lumière
S'est glissée
Entre l'aube
Et le matin
Comme la pelle du boulanger
Va
Farfouille
Tout au fond du four
Retire des parts de réconfort
Tente de mieux les répartir

Viendront alors les travailleurs du jour
Avec leurs grosses mains
Viendront ces ravisseurs
Et leurs voix
Affamées
Féroces
A tout rompre

Millefeuille

Il y a
Pourtant
Cette même chaleur
Même si la saison
Est en ruine

Il y a
Un peu de mousse
Eparse
Des senteurs
Aux couleurs
Passées

Quelques tas de pierres
Semblent retenir
L'écho
D'anciennes voix
Le bruit sourd et usé
De désirs
Qui avaient annoncé
Leur intention de fuir
Et qui avaient tenu parole

Ensuite

Nos regards
Portés au ciel

Nos regards
Arrêtés par un plancher
Sur lequel de nouvelles danses
D'autres séductions
Diverses trajectoires
S'ébattent

Nos regards
Pris dans ce millefeuille
Au vieux goût de chaleur

Nos regards
Condamnés
A écouter

samedi 24 décembre 2016

Les baisers chauves

Il l'aimait
Comme on passe
Sa main dans ses cheveux
Il prenait possession
Des territoires hirsutes
En quelques coups de paume
Il avait l'allure au poing
Il redonnait de la décence
Aux fins d'après-midi d'été

Jusqu'à ce que le tempo
De leurs fougues ébouriffées
S'essouffle en baisers chauves

Désormais
Ils se rendent
Chez le coiffeur

Retenir la lumière

Retiens
Comme tu peux
Le jour
Distrais-le
Raconte-lui
A peu près
N'importe quoi
Utilise ses propres ruses
Enfume-le
Sors le matériel pyrotechnique
Avec le faux brouillard
Barre la sortie à la lumière

Pendant que tu gagnes du temps

Ici nous amenons des camions-citernes
Nous déversons du kérosène
Sur des bâtisses en ruine et du bois mort

Nous allons tout faire flamber

Nous nous enivrerons de notre propre jour
Nous boirons notre propre lumière
Nous apercevrons
Dans les braises, dans leurs danses, dans leurs ascensions
Tout ce que le jour nous a pris
Tout ce que nous avons tant aimé

mardi 29 novembre 2016

Clapotis

C'est la lumière
De nos journées à l'océan
Ramenée à la petite cuillère
Posée au milieu d'une lanterne famélique
Filée au plafond du vieux palais
Sur le bord de l'avenue poissonneuse

C'est une clarté
C'est une proposition qui s'enfuit
Aux trousses de laquelle
Nous avons lancé
Mille chiens insuffisants

C'est par cette lumière
Que nous voulons être inondés
Pauvres galériens
Qui tambourinons
A la porte du palais
Pauvres fous
Qui estimons
Notre équipement adéquat
Pour assiéger
Les surdités assoupies
Des vieux concierges

Pendant que nos guetteurs
Se font abuser par les bruits d'eau
Venus du fond de l'avenue
Par des clapotis
Que des années de guenilles
Au royaume
Gorgé de foule
Où tu n'es pas
Réussissent à déguiser
En houle

dimanche 9 octobre 2016

Le projet

Avec des gestes
Avec des mines
Avec des silences
Je racontais
La patience
La persévérance
La minutie
Toutes ces émotions
Muselées
Pour envoyer
Des petits modules
Là-bas
Au fin fond
De l'univers
Qui n'a rien d'une fin
Ni d'un fond
Et je poursuivais
Avec l'attente
L'angoisse
De ne pas savoir
En réalité
Très exactement
Ce qui pouvait
Gripper la manoeuvre
J'argumentais
Sur la fureur de l'espace
Sur cette audacieuse conquête
Et tu me dis
Que tu travaillais
A la même chose
Que tu te penchais
Sur des plans similaires
Tu me dis
Que tu avais le projet
De te pencher sur moi
De m'embrasser
Et de m'emmener

Le tilleul et la feuille

Pas vraiment tôt
Pas vraiment tard
Non plus
Dans le jour
Encore en habits de nuit
Le tilleul
En bas de la route à droite
Le sentinelle
De nos allées et venues
Le tilleul
A perdu une feuille

Nous l'avons regardée

Nous avons observé
Sa chute qui dansait
Et nous avons pensé
A sa vie, à son moment
Aux orages
Qu'elle avait subis
Tapie dans l'épais feuillage
A l'agitation de l'été
Qui était venue tapiner au pied
De son tronc
Nous nous sommes souvenus
Des essaims de volatiles
Qui assourdissaient
Les branchages
Qu'ils quittaient
Comme des désespérés
Lâchent un comptoir

Nous nous sommes remémoré
Tout ce raffut
Et nous avons goûté
Le bruit du silence
De cette feuille
Qui s'écrasait
Dans l'humidité
Et pour qui s'ouvrait
Désormais
Le royaume
Des fouisseurs

jeudi 15 septembre 2016

Le bar

Le bar
Ouvert sur la pluie
Lumineux
Comme des grandes dents
Profond
Comme une bouche
Ouverte jusqu'à la glotte
A ne pas savoir
Au juste
Ce qui en sortira
Ce qui y rentrera
Le bar
Comme une balise
Un battement électrique
Au milieu d'une tempête
D'enrobés bitumineux

Les proies

Le matin
Nous a saisis
Le matin
Nous a volés
A cette nuit
Qui nous appartenait
Il a battu des ailes
Jusqu'à très haut
Et puis il a ouvert ses serres
Et il nous a regardés
Nous écraser
Dans ce qui restait d'aube
Nous décomposer
Dans des odeurs de brutes

mercredi 14 septembre 2016

Grillades

Rôtir
Quelques espérances
En éponger le suc
Avec la mie
De nos souvenirs

vendredi 12 août 2016

Cavalcade

Nous laissions
Filer notre vie
Comme un chien rapide
Sur la plage déserte
Entre eau, sel et sable
La bête cherchait
A prendre l'océan
De vitesse
Excitée par le sol
Humide et mobile
Qui se dérobait sous ses pattes

Nous laissions
Filer notre vie
Nous la regardions
Disparaître
Dans les embruns
De l'entre-saisons
Il y avait ce frisson
De savoir
Si et quand
Elle réapparaîtrait

Nous laissions
Filer notre vie
Nous la regardions
Revenir
En cavalcade puissante
Et il nous semblait
Qu'elle tenait quelque chose
Dans la gueule

mercredi 20 juillet 2016

Disparates

Tu as pris ton regard
De gorille qui termine les mégots
Et tu as troué de cendres
La peau de nos envies
La chaleur de l'été a rendu tout ça
Collant et puant
Et puis c'était fini
Il ne restait plus de nous
Que des traces de suie
Disparates

Se précipiter vers le jour

Attendre le jour
Se précipiter vers lui
Et puis
A grandes mains échevelées
Lui faire promettre
De ne plus jamais
Nous abandonner
Et puis
L'entendre rire
A faire peur aux étoiles
Enfin
Après une journée
Dans l'ombre de la lumière
Se soumettre
Aux sommations
De la nuit
Les mains sur la tête

Les petits territoires

Parce qu'il s'était dérobé
Parce qu'il t'avait mis
En cale sèche
Tu as essayé
De retenir l'océan
Comme on saisit
Un drap
Comme on se dispute
Pour de petits territoires
Promis à devenir
Les rampes de lancement
De nos voyages inaccessibles
T'inquiète
Il reviendra
Il t'emportera
Il noiera tout

jeudi 9 juin 2016

Reprise

J'ai envie
Que la nuit me reprenne
Oui mais la nuit
N'a pas
La tête à ça
Elle ne veut pas
De toi
Elle ne reprend pas
Les occasions manquées

mercredi 8 juin 2016

Taxis

Comme si tu revenais
D'un long voyage
Toi
Comme un avion
Qui s'appuie sur l'air
Semblable à un vieux coude
Qui cherche à se poser
Sur un accoudoir
Je me souviens
De ton tempo
De tes taratatas
De la vie
Avec toi
Haute et exposée
Que j'ai pleurée
Que j'ai attendue
Comme une carte postale
Après l'avoir laissée filer
Je me souviens
Et on dirait

A échanger nos taxis
Que c'est
Comme si tu revenais
Que tu vas me raconter
Ton long voyage

mardi 7 juin 2016

Cordes

Le ciel
Compact et sombre
Comme une coque de paquebot
Il pleuvait des cordes
Et personne ici
Pour s'accrocher à elles
Et monter à bord