Le périmètre des carburatrices

mardi 27 décembre 2011

Drague

Il soulevait des gonzesses
Comme on soulève des taupinières séchées
Du bout de la botte
Les mains aux poches
Et très vite
Le regard posé sur l'horizon

mercredi 21 décembre 2011

Accrochés

- Mon Amour!
- Oui?
- Viens dans la salle de bain!
- Pourquoi?
- Parce que c'est l'heure!
- L'heure de quoi?
- On va s'accrocher à la tablette du lavabo.
- Ah bon? Pourquoi?
- La Terre se remet à pencher dans l'autre sens.

Un humain cassé

Un humain cassé
Se tient droit
Dodeline de la tête
Agite le majeur
Roule les yeux
Gueule parcimonieusement
Se drape de mystères

Mais il ne comprend rien
C'est un humain cassé

Le dictateur obèse

Dans son dernier souffle
Le dictateur obèse
Bava un peu
Sur son coussin blanc

Des demoiselles
Cinq ou six
A vue de nez
Froissaient leurs tuniques

Elles s'agenouillaient
Pour remettre un peu d'ordre
Dans les fleurs de lotus
Ebouriffées
Par les vents
Du dictateur obèse
Tout à son agonie

Il manquait des merles
Ou des rossignols
Des plumes et des mélodies
Diraient-ils dans les démocraties avoisinantes

Serait-ce

Serait-ce
Dans l'obscurité
Ou la pénombre
La mort

Serait-ce
Dans nos verres
Ou nos assiettes
Cette aversion soudaine
Pour les poissons sans tête
Pour le vin norvégien
La mort

Serait-ce
Sous les comptoirs
Cette hésitation
Ou ce renoncement
Pour les mains baladeuses
Pour les doigts randonneurs
La mort

Dans l'obscurité
Ou la pénombre

L'absence de nos corps
Dans nos gestes

Serait-ce
La mort

jeudi 15 décembre 2011

Les pièges à cons

- Que fabriques-tu dans ton bustier?
- Des pièges à cons.
- Il faut de la persévérance pour capturer des cons.
- Il faut du talent pour les rendre gaga.

Les scieurs

Il n'y a plus de temps
Comme il n'y a plus de sucre
Voici les végétaux
Dans la splendeur de leur âpreté

Allons scier quelques plots de béton
C'est une décontraction

L'heure du thé

S'éclipser dans un baiser
Et réapparaître à l'heure du thé
Le tout dans ces façons de cavalier
Est de ne pas oublier
Les petites cuillers

Sur les côtes

Les cheveux au vent
Debout dans sa Jeep Willys
Sur les côtes africaines
Il poursuivait le soleil

Surexcité
Il lâchait à intervalles réguliers
Des cris
Il tirait des rafales vers l'immensité et le néant

Voici ce que l'Occident produisait
Voici ce que les offices injectaient
Dans les révolutions
La transpiration déglinguée de débiteurs déracinés

Anévrismes

Il se concentrait sur ses anévrismes
Il espérait équilibrer les pressions
Engorger des secteurs
Noyer des sections
Assécher des zones devenues hostiles

Il se concentrait sur ses anévrismes
Surtout le soir
Lorsque la soupe envahissait les soupirails

Monsieur le Marquis
La forteresse est assiégée

Faites préparer mon aéroplane
Nous bombarderons depuis le ciel

mardi 13 décembre 2011

Agrippés à nos alcools

Campés sur nos hémisphères
Nos rentrées nocturnes sont bruyantes
Le tintamarre est féroce

Qu'ils arrivent donc
Bardés de lumières et de métaux
Depuis UDFy-38135539
Par-delà la constellation du Fourneau

Et qu'ils nous laissent pantelants
Agrippés à nos alcools

A poil, ça risque de gratter

Il vient
De l'océan
Du soleil
Et du vent

Alors forcément
Quant il l'ouvre
Vaut mieux être équipé
A poil, ça risque de gratter

Regardons-les gaspiller leurs libertés

Regardons-les gaspiller leurs libertés
Voyons ces minauderies
Ils courent se réfugier derrière des bottes de paille
Ils s'étourdissent
D'un oui et puis d'un non
De pieds et de mains
Ils chipotent devant leurs assiettes de fromages
Et ça crie devant la moisissure

Leurs visages claquent
S'ouvrent et puis se ferment

Regardons-les gaspiller leurs libertés
Comment ils se privent d'eux-mêmes

Alors qu'au fond de la vieille jungle
Princes et princesses
Otages
A qui des bougres ont pris la liberté
Comme on dérobe les trois dernières poires d'un étal

Alors qu'au fond de la vieille jungle
Disions-nous
Princes et princesses
Mettent au point des démocraties
Sans papeterie
Armés de leurs neurones

Ici donc
Regardons-les gaspiller leurs libertés
Et ce faisant
User de la suprême liberté
Qu'on échafaude
Dans les trappes tropicales

vendredi 9 décembre 2011

Sans visa

Se réfugier au creux de son cou
Demander l'asile à sa nuque
Exiger la protection de son odeur cambrée

Il l'aimait comme ça

Il pénétrait en elle
Avec une absence totale de visa

A la renverse

Tomber à la renverse
Sans gaspiller son lait chaud
Sans éparpiller ses tartines
Voilà qui permettrait
De redresser bien des situations

Lorsque l'espace aura des bureaux

Le système stellaire ADS16402
Foutait les chocottes
Nous nous rendions très bien compte
Que chez ces gens-là
Nous n'aurions pas intérêt
A paumer un numéro de dossier
Si d'aventure il nous prenait l'envie
De contester nos décomptes fiscaux

Escarpins

Devant elle
Nous avons fondu en larmes

Elle fut empruntée
Plus tard

Lorsqu'elle voulut adresser
A nos âmes dissoutes
La facture de ses escarpins
Tachés de nos sels minéraux

Répit

Pour l'instant, c'était rigolo
On rivalisait d'ingéniosité dans les marinades des travers de porc

Bientôt, tout ce qu'on avait envoyé
Croisera des trucs
Intersidéraux

Bientôt, du fin fond des voies lactées,
Des machins se pencheront sur notre cas

Il n'est pas sûr
Alors
Que s'accrocher au grill suffira

Jürg

Penchée au-dessus de la tignasse collée
De celui qui habitait le bout du bar
Comme sans cesse on repousse le matin
Elle laissa planer cette angoisse
Jürg, pense à ta mère
Elle a dû pousser pour te mettre au monde
Jürg, ne finis plus ton verre
Jürg, fous le camp
Jürg, si tu te démontes
La maintenance ne te remontera plus comme avant
Jürg, ces gens-là ont changé

jeudi 8 décembre 2011

Grands éclats

Parfois
Rire n'est pas disponible
Alors tapons-nous la tête contre les murs
Ou pissons aux culottes

mercredi 7 décembre 2011

ADMINISTRATIONS - Episode 10


- On est dans la merde, Pierre-François, on est dans une sacrée merde.

Au bout du fil, Monsieur le Conseiller général P., chef du Service de l'encaissement des contributions, effrayait Monsieur le Préfet W. Et comme toujours, lorsque la situation commence à faisander, c'est celui qui se trouve au milieu des carcasses qui ne se rend pas compte qu'il met sa hiérarchie dans l'embarras.

- Ecoute, Roland, qu'est-ce que tu veux que je te dise? Vos conneries ont déjà fait le tour des administrations. Il y a même une vidéo qui circule. Tu te rends compte, une putain de vidéo! Qu'est-ce que tu fous avec tes gens? Tout part en couilles, et ces connards ont encore le temps de faire des films avec leurs saloperies de portables.

Monsieur le Préfet W. était en train de procéder au recadrage de Monsieur le Conseiller général P. Selon une technique qui ne relevait pas du management participatif. Pourtant, lors des réunions de motivation du personnel préfectoral, il louait particulièrement ce mode de conduite, qu'il qualifiait de "collégial", "éclairé" et "moderne". Ici, en réalité, Monsieur le Conseiller général P. allait se faire virer et il ne semblait pas s'en rendre compte.

- Attends, Pierre-François, si tu crois que j'ai le temps de jouer au flic.
- Je crois surtout que t'en as rien à foutre, Roland. Tu as écouté ce qui se dit? Ces histoires de dossiers au placard? Et comme par hasard, ça concerne des ressortissants de la République démocratique de Z. Nom de Dieu, tu sais que j'ai toutes les associations de défense tiers-mondistes au cul, tu connais les chiffres, tu sais combien et comment c'est explosif! Et malgré tout, tes connards se lâchent!
- C'était des séances internes, des discussions informelles!
- Mais vous étiez sur écoute, merde! Le coup doit venir de putains de syndicalistes. Ou même, va savoir, si c'est pas cet enculé de Fabien, pour nous faire chier.

Monsieur le Préfet W. faisait allusion à Monsieur le Président T. de la Chambre de commerce et d'industrie. Ce dernier avait clairement fait savoir son intérêt à disputer la prochaine élection à la Préfecture.

- Ce ne sont pas des écoutes, Pierre-François, c'est hallucinant, c'est pas ça.
- Et que veux-tu que ce soit d'autre, pauvre con?
- Je crois que ce sont les murs.
- Quoi, les murs?
- Ils parlent. Ils se sont mis à parler.

Monsieur le Préfet W. se tut brièvement. Il reprit sa respiration, de manière relativement audible pour son interlocuteur.

- T'es cintré, Roland. C'est ça, ouais, je crois que t'as pété un plomb. Non, parce que là on frise même plus le code, on se torche avec!
- Ecoute, Pierre-François, j'étais là, merde! J'étais là! Les murs se sont mis à parler. T'imagine! On ne sait pas d'où ça vient! Tout risque de sortir! Et si ça s'est produit ici, pourquoi pas ailleurs? Pourquoi pas chez toi?
- Tu me menaces, espèce d'enculé? Tu me menaces? Putain, t'es vraiment un salopard.
- Arrête, je disais ça comme ça, on sait pas d'où ça vient.
- Je veux ta démission. Je veux ta putain de lettre. T'as assez déconné. Je vais t'envoyer Bernard, il prendra l'intérim et je te fous à la Direction générale du cadastre. Tu creuseras des trous et t'arrêtera de nous faire chier.
- Pierre-François, t'as rien compris, ce sont les murs. Bordel, les murs!

Monsieur le Préfet W. avait raccroché. Monsieur le Conseiller général P. n'arriva pas à  reposer précisément le combiné dans la petite entaille de plastique prévue à cet effet. Il se dirigea vers les vitres de la section "Contentieux Ouest" du Service d'encaissement des contributions. Un véhicule de pompes funèbres reculait dans une ruelle à l'opposé de la Place du Général D. Il allait prendre en charge la dépouille du forcené. Monsieur le Conseiller général P. aperçut au même instant le véhicule à cocarde de Monsieur le Conseiller aux Affaires économiques, Bernard R., traverser la surface bétonnée. Il venait le "relever de ses fonctions". 

- C'est ici la machine à café en panne?

Monsieur le Conseiller général P. se retourna.  Il aperçut un jeune homme en coupe-vent imperméable orange, frappé du logo de la société de maintenance Happiness is rising.

- Monsieur, c'est ici, la panne?

Fin

mardi 6 décembre 2011

Comme une crise de nerfs

Face au béton et face au verre
Nous étions hypernerveux

Les structures métalliques
Bruissaient de dossiers

Des cloques se formaient
Dans les mocassins
Des ressources humaines

Visions

Lorsque tu verras
Après tes visions de visons
Un eyra qui rira

Alors mon Ami

C'est que tu auras trop bu
Dans ton manteau de zébu

Crocodile

D'un coup de trique
Il requit l'attention
De deux charognards
De trois vautours
Et d'une paire de chacals sans queue

A moins que ce fût sa ceinture en crocodile austral
Qui stimulât les concentrations

Et il ne plaisantait pas lorsqu'il s'agissait d'ériger des acuités

mardi 29 novembre 2011

Dès lors

Il exploitait "dès lors"
Comme on tirait sur un soda

Creusant ses joues

Des convulsions
Des aspirations
Tout un tralala

Les bonbonnières

Touiller dans les bonbonnières
Avec l'aisance du soleil
Qui se lève en inondant nos espoirs burinés

Tandis que nos gorges croient savoir chanter
Dans l'excitation du froissement des petits papiers lumineux

Granny Smith

Il levait les yeux au ciel
Parce que les prunes légères volent mieux que les pommes

A la fin de la nuit
Il n'avait toujours pas de confirmation

Ce météore, qui bavassait sans doute au fin fond de l'univers
Prenait son temps

Il le faisait languir
Comme on espère le souffle d'une robe de bal

jeudi 24 novembre 2011

Hémisphère nord

Au-dessus de ces gros fruits tropicaux
Parmi ces étals
Il y avait tes seins
Tu m'accueillais au-dessus de l'équateur

mardi 22 novembre 2011

Charmeoffensive aus der Bank

Un vieux banquier sifflait en respirant

Dans ces courants d'air otorhinolaryngophagiques
Ou phagiaques
Ou phagiens
Il aspirait quelques nénettes
Qui miraient leur ego au milieu du cercle d'or de ses lunettes

Un vieux groupe d'Allemagne de l'Est
Distillait "Charmeoffensive aus der Bank"
Dans les écouteurs d'un toxicomane
Un peu plus à l'écart

Derrière nos assiettes

Nous tremblions derrière nos assiettes de Limoges
Nous ne le savions pas
Nous étions de petites choses fragiles
De petits êtres qui faisaient saliver
La vie et ses sénateurs

Et le programme était clair
Il faudrait bientôt
Manipuler des couverts en plastique
Et trouver ça bien

lundi 21 novembre 2011

Pépé Paul

A bord de sa berline
Pépé Paul filait sur la cantonale
Il regardait droit devant lui
Il était sûr de son bon droit

Pépé Paul allait au marché
Ou en revenait
On ne savait pas au juste

Nous le regardions filer
Nos corps jeunes, malades et tapis
Au fond de notre véhicule surbaissé
Tentaient de ranimer nos mégots

Nos langues débusquaient les dernières gouttes de nos canettes
Puis nos yeux revenait sur Pépé Paul et son allure de bon droit

Nous pensions à son plan retraite
Nous pensions à ses efforts
A l'origine de sa droiture

Et puis nous accélérâmes
Et nous coupâmes Pépé Paul dans son élan
Nous cassâmes ses droites trajectoires
Nous l'éparpillâmes

Désossé sur la chaussée
Pépé Paul n'était plus au complet

Nous sortîmes de notre bolide déglingué
Nous prîmes nos bites dans nos paumes
Nous surprîmes le croisement jaune de nos urines

Pépé Paul, que n'avez-vous regardé
Dans le caniveau
Dans le fossé
Sur les bas-côtés

jeudi 17 novembre 2011

Wagon

Elle gueulait en italien dans son téléphone portable
J'actionnais un arrêt d'urgence
Je balançais son appareil hors du wagon

Maintenant un trépané parlait aux taupes
Dans le bruissement des feuilles mortes

Notre courage

Prenons notre courage à deux mains
Puisqu'il a peur
Puisqu'il se débat

Voici la voirie et ses stigmates

Organiser sa subsistance
Au pied d'un piquet à neige
Se réjouir de sa phosphorescence
À trois heures du matin
Dans les rugissements de la voirie

Lorsque le soleil sera haut sur l'horizon
Des empreintes dentaires circuleront
Au milieu de bâtiments d'acier
Dans les mains d'êtres frêles
Friands de cafés viennois
Ou de préparations tout aussi spectaculaires

En cheminant à l'extérieur de ces capsules
Nous repenserons à notre piquet à neige
Nous répondrons aux signes muets
D'un vieillard s'adressant à sa carafe

Nous préparerons
La transition
De l'incandescence à la phosphorescence
Ivres de l'absurde désir de commander aux flocons

dimanche 13 novembre 2011

Sapristi

Il se leva tôt
Il mit ses chaussettes neuves
Il enfila son vieux bonnet
Il laça ses chaussures épaisses
Ainsi équipé
Il était prêt à faire un usage fréquent
Dans les salons de thé de la ville
Du mot "sapristi"

samedi 12 novembre 2011

Outils

Je voulais désosser le ciel
Je chipotais devant ma boîte à outils

vendredi 11 novembre 2011

Les petits plats

- I will survive.
- Tu n'huiles rien du tout. Tu finis ton potage et tu files au lit.

11.11.11 à 11.11

Le monde se levait
Très parallèle
Très droit

Je foutais la merde
Je me penchais
Je me courbais
Pour te réveiller
D'un baiser

La chemise

Plonger dans cette chemise
Arrivée par courrier rapide
Et chercher ton parfum

Ensuite
Se mettre en route
Comme on traverse le désert pour de l'eau
Jusqu'à ton puits
Et la remplir de toi

Sortie

Nous piccotons

La porte s'ouvre
Pas même un grincement
Ralentie et silencieuse
Comme celle d'un sas
Le soleil lèche déjà
Le dallage
Bientôt
Il atteindra nos pieds
A nouveau

Nous piccotons

jeudi 10 novembre 2011

Les vautours

Les vautours ont découvert le Nord
Ils viennent haut sur le continent
Ils survolent nos pourrissements
Ils ont senti nos allées et venues putrides
Ils nous scrutent cachés derrière le climat

Les excités face au silence

Ils se mettent en tête
De croquer le silence

Qu'ils exercent
Plutôt
Leurs mâchoires
A le gober

Le cosmonaute et le touriste

Le cosmonaute
Prend la pose
Cherche la même image
Que ses semblables
Avant lui
Sur la Lune

Le cosmonaute
Comme le touriste
Devant les chutes du Niagara

mercredi 9 novembre 2011

Extractions

Durant l'été
Des bandes armées
A bord de voitures effilées
Interceptaient des véhicules surélevés

Principalement sur les voies rapides

Elles en extrayaient leurs conducteurs obèses
Avec l'agilité de la fourchette
Qui va cueillir l'escargot
Cuit dans sa sauce
Recroquevillé dans sa coque

Blocage

Ils ne pouvaient rien faire
Sans la racine de son numéro d'assurance vieillesse et survivants
Disaient-ils
En pressurant leurs compères-loriots sous leurs lunettes
Or donc
Elle allait devoir s'équiper
Pour sonder les couches bathyales
De l'administration fédérale

Du temps de la station Mir

Ils les entendaient rire
Elles s'échangeaient leurs bibis
Dans les cagibis
De la station Mir

Dans l'air

Je suis arrivé en retard
Il ne restait plus que l'odeur de tes cheveux
Elle flottait dans ce café
Comme des altocumulus castellanus
Elle annonçait un dérèglement

mardi 8 novembre 2011

Le congrès

Au moment des suprêmes de dindonneau aux chanterelles
L'aède renversa son verre sur le gilet du rhapsode
Le rhapsode se leva et bouscula le trouvère
Le trouvère rata son soufflet qui atteignit le troubadour
Le troubadour prit le griot sourd-muet à témoin
Le griot sourd-muet mima six sizains obscènes
Bref, ça dégénéra sévère
La sécurité menaça de sortir les sloughis

Dans la chambre à côté

Le monde est en fête
Le monde monte le son
Le monde piccole
Le monde baise

C'est difficile de se concentrer
Dans la chambre à côté
Alors qu'on essaie de mettre au point une fusée
Pour se barrer

Au train des blaireaux

On a roulé calmos
Puis on s'est saoulé
En ouvrant nos thermos

On est rentré à pieds
Puis à quatre pattes
Comme des blaireaux

Les chaussettes du sénateur

De jeunes anarchistes s'esquintaient les mains
Contre des vitrines d'un luxe international
Comme des guêpes, prisonnières d'une bouteille de soda
La passe est étroite pour sortir de là
Me disais-je en caressant mes chaussettes reprisées
De belles chaussettes ocres et cendrées
Des chaussettes de sénateur

lundi 7 novembre 2011

Le gnome et l'obscurité

T'es qui bouffon
Hurla le gnome sous sa casquette

Dans la nuit
Des rafales tracèrent des lignes
A sa rencontre

L'obscurité rappelait qu'il ne fallait
Quand même
Pas trop la prendre pour une conne

A l'horizon

Savourons ces pieds dans le sable
Savourons ces cheveux dans le vent
Savourons ces tartes aux fruits
Savourons ces navires qui nous font
Dirait-on
Des signes
Qui émettent quelque chose
Semble-t-il
En notre direction
Savourons nos poumons qui fonctionnent
Encore

Puisque
C'est bientôt à nous
C'est bientôt sur nous
Que ça
S'abattra
Dans un fracas
Silencieux et volupteux

Ils approchent

Audience

Sans raison
Le sarrasin se présenta
Sans raisin
Quelle audace

Pente

Les jaquettes s'affaissent
Ne ventilent plus comme avant
Du temps de la laine douce

Tirons sur nos inhalateurs
Avant les dépendances
Et leurs serrures compliquées

Virées nocturnes

Souventes fois
Dans la nuit noire
Il empruntait les petites routes
Franchissait les sauts-de-mouton

Arrivé chez la demoiselle
Il passait par les sauts-de-loup
S'introduisait dans sa chambrine
Retroussait son saut-de-lit

Et il la sautait
Tout simplement

Saurisserie

Elle aimait qu'il lui touche les seins
Surtout après ses heures à la saurisserie
Et qu'il promène ses cheveux poisseux
Sur son corps avide

A terre, elle vivait dans la famine de son marin
Elle se consolait sous les mains d'un technicien

samedi 5 novembre 2011

Son rappeur

Son rappeur sentait l'urine

Parti dans la grosse voiture de ses copains
Il avait dû pisser contre des palissades

Une pause quéquette dans leur quête du soleil
Celui qui disparaît vers seize heures l'hiver
Celui dont l'absence fait peur aux petits garçons

Solidarité face aux ténèbres
Son rappeur et ses copains
Gesticulaient beaucoup
Autour de leurs chopines

Souvent 
Aspirateurs à substances
Ils n'étaient pas suffisamment sûrs
De leurs dégaines d'épouvantails face à la nuit
Alors ils aspiraient

Son rappeur sentait l'urine

Lorsqu'il s'allongeait
Elle s'approchait
Dans la lumière qui remontait
Elle le reniflait

Rouge

Elle vernissait ses ongles de rouge
La promesse
D'un hiver supportable

Il lui tournait autour
Il bougeait
Il s'en émerveillait

Alors
Des odeurs de paille
S'échappaient de sa chemise épaisse

La fumée invisible
D'un hiver supportable

jeudi 27 octobre 2011

ADMINISTRATIONS - Episode 9

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Jocelyne F. commença à pleurer. Elle contamina deux autres collaborateurs. Monsieur le Conseiller général P., directeur du Service d'encaissement des contributions, tournait rapidement la tête de gauche à droite. Et il craqua.

- C'est quoi ce bordel? Quel est le petit con qui s'amuse à ça? Je vais vous foutre un avertissement disciplinaire collectif si personne ne se dénonce.

La voix de Jean-Jacques K. retentit à nouveau, immense, de nulle part.

"Ecoutez, on va dire que personne ne s'opposera aux lenteurs de la procédure sur les dossiers des ressortissants de la République démocratique de Z. s'ils sont, disons, traités en bout de file. De toute manière, il y en a tellement, si ça peut faire passer le message. Qu'ils se calment un peu, qu'ils restent chez eux. Ouais, c'est ça, le mieux serait qu'ils restent chez eux, mais faut pas rêver."

Entre deux reniflements, Jocelyne F. articula quelque chose en direction de Monsieur le Conseiller général P.

- Monsieur, je crois que ce sont les murs.
- Hein?
- Ce sont les murs qui se mettent à parler.

Le petit microcosme des salariés de la section "Contentieux Ouest" du Service d'encaissement des contributions eut un mouvement vaste, sec et simultané, semblable à celui des bancs de petits poissons blancs à l'approche d'un prédateur.

Ils avaient compris. Les murs se mettaient à parler.

Nous nous mettions à parler. Nous avions choisi de leur renvoyer leur image sonore. Mais ce qui les inquiétait probablement le plus, c'était la menace qui planait désormais sur leurs petits secrets.

- C'est du délire! Nom de Dieu, c'est du délire! Appelez-moi les flics! Non, appelez-moi le préfet! Et faites évacuer le bâtiment. Renvoyez tout le monde à la maison.

Jean-Jacques K. et les autres collaborateurs semblaient tétanisés.

- Exécution! Vous attendez qu'on vous prenne par la main?

La masse du personnel s'étendit sur la Place du Général D., à la manière d'une coulure de peinture épaisse. Les véhicules d'intervention commençaient à se disperser. Visiblement, le tireur avait été coincé dans la cave d'un marchand de vins et liquidé. Il aurait menacé les forces d'intervention et tiré en rafales contre la porte pour les empêcher de pénétrer dans la pièce. Les agents avaient balancé une grenade lacrimogène pour le déloger. Un coup serait parti d'on ne sait trop où pour atteindre l'homme en pleine tête. Enfin, c'est ce qui se disait dans la foule qui se remettait en mouvement.

A l'intérieur du bâtiment du Service de l'encaissement des contributions, dans la salle principale qui abritait la section "Contentieux Ouest", Monsieur le Conseiller général P. avait pratiquement oublié la tuerie. Il avait d'autres soucis. Le téléphone sonna. C'était le préfet.

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mercredi 26 octobre 2011

Chez la Fée

Doucement
Il ne faut pas crier
On est chez la Fée
Et chez la Fée, il ne faut pas lui parler fort

Même si on a envie de faire la grosse voix
Parce que la Fée se croit tout permis
Parce qu'elle fait la fière dans ses habits neufs
Parce qu'elle exagère sur les tours qu'elle connaît

Surtout lorsqu'elle dit qu'elle peut marcher trois centimètres au-dessus du sol
Et c'est même pas vrai
Ou bien cinq peut-être
Elle change tout le temps

Chut
Il ne faut pas crier
Sinon plus de pain doré pour le goûter

Le soupçon

Assister aux derniers instants d'une mouche domestique
Décrocher son téléphone
Tenter de joindre la station spatiale internationale
Utiliser de façon intempestive la touche redial

Soupçonner ce qui nous attend

Moisissures

En haut des tours
Des noms disparaissaient des listes de ressources humaines
Tandis que la ville s'égrenait

Dans le flou de ses contours
Clignotait la nourriture
Les alarmes des friteuses retentissaient
Simultanément

Parmi ces hurlements
Devant les comptoirs
L'intérieur des survêtements moisissait

mardi 25 octobre 2011

Centrisme

De bon matin
Sonner chez la voisine qui pose dans les catalogues
Et lui mettre la main dans la culotte
Est-ce une façon de voter centriste

Guimbarde

Une grand-maman motorisée à l'essence deux temps
Qui emmène ses petits-enfants
Manger des glaces aux marrons
Pendant que papa trompe maman
Pendant que maman trompe papa
N'est-ce pas l'occasion
Pour le réchauffement climatique
De nous foutre un peu la paix

lundi 24 octobre 2011

Mousse et flans

La soeur tourière
La mère supérieure
Les frères convers
Les pères capucins
Tapèrent sec dans la mousse au chocolat
Et personne n'avait de cabas
Pour faire provision de flans à la supérette

Lampes témoins, etc.

Dans des maisons mères, des lampes témoins s'allumèrent et provoquèrent des visites éclair dans des usines pilotes. Des produits miracles n'évitèrent pourtant pas des accidents bagatelle pour lesquels il faudra progressivement actionner des assurances grêle. Du moins était-ce des positions clés défendues par des préposés aux pauses horaires.

Elle, sur le port

Elle qui déambulait sur le port
Frôlant les embarcations sophistiquées de puissants armateurs
Nue dans sa démarche
Probablement sous sa robe aussi
Légère comme le silence de l'aube

Comment attirer son attention
Songea-t-il
En mettant à terre un porte-revues

Raté

Appeurée
L'aurore s'enfuit

Méloés

Parce qu'elles n'avaient visiblement plus rien à foutre
Les buses de la corniche
Dans le soleil niais d'automne
S'amusaient à bouffer des méloés

samedi 22 octobre 2011

Vautrés

Tu as tendu les bras vers moi
J'ai tendu les bras vers toi

Plus moyen d'attacher nos chaussures
Nous nous sommes vautrés

A pleine vitesse

A perdre haleine sur la plage
Filant comme des dératés

On s'arrachera nos jambes
On se débarrassera de nos bras
On ôtera nos têtes

Ainsi lancées à pleine vitesse
Peut-être que nos âmes
Finiront par se donner la main

Poires

Conserver un stock de poires Beurré Giffard dans sa boîte à gants
Attendre
Le déclin du soleil
Le refroidissement du pare-brise

Et puis assis dans l'obscurité
Ne plus savoir que faire

jeudi 20 octobre 2011

Solange

- Solange, ne gaspille pas le parmesan.
- Ta gueule! Je ne t'emmerde pas quand tu fous les gaz, les couilles sur ta Vespa.
- Solange, c'est une Honda.

Et puis les pâtes restèrent un instant en suspension, comme des méduses ensanglantées.

C'était

C'était elle qui n'arrivait pas à défaire la ceinture de son ami Juju qui était pompier volontaire. C'était dommage parce que c'était  après les lasagnes et que c'était le moment des glaces à la pistache ornées de crème qui tient au plafond. C'était propice à l'enlèvement des ceintures. Ensuite de ça, ç'aurait été au tour des pantalons. Encore ensuite de ça, ç'aurait été au tour des culottes. C'était cette suite qui était bloquée. C'était vraiment dommage. C'était elle qui n'arrivait pas à défaire la ceinture. Du coup, c'était déjà l'heure des maragogypes. C'était juste avant le retour en caserne. C'était un peu un empoté ce Juju. C'était quand même pas compliqué de sortir une lance. C'était qu'il fallait juste se rappeler comme le chef disait à l'exercice. Mais c'était pas un entraînement ici. Et dans la vraie action, c'était pas possible sans la flamme.

Une mouche

Une mouche suivait le pourtour d'un nuage
Pendant que l'humanité s'affairait
A lui ressembler sur terre

Rentrons
Il n'y aura pas d'entracte

mercredi 19 octobre 2011

L'île

Leurs odeurs transpirent
Elles se constituent en continents
Les aigres, les fortes, les suffocantes
Elles ont leur cadence
Elles vont et viennent
Pendulaires

J'ai quitté le métro
J'ai pris le bateau
Ton parfum est une île

Manifold

Lorsque plus personne n'utilisait les salles d'eau
Lorsque les fluides ne tombaient plus
A travers les parois, à travers les étages

Vers 4 h du matin à première vue
Tu réveillais tes mains sur mon corps
Tu trouvais le manifold de nos extases

L'appât

Pour appâter les cons
Il appela son chat
Ciboulette

Eau

Le bruit de l'eau dans ta bouche
L'océan est à portée de langue

lundi 17 octobre 2011

Position du corps

Un mammifère fouisseur
Probablement une taupe
Se tordait à ses pieds
Dans des convulsions
D'origine chimique

Les mouches ralentissaient
Les ruminants reprenaient l'avantage

Le soleil éclairait la totalité des cabines
A travers les machines agricoles

Dans les villes
On commandait davantage de civets de lièvre

Fallait-il se pencher en arrière
Puisque la Terre penchait en avant?

jeudi 13 octobre 2011

ADMINISTRATIONS - Episode 8

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Jean-Jacques K. semblait "vraiment avoir les foies", selon une description sommaire émanant de Jean-Claude E. Les rangées parallèles de néons, au plafond, faisaient briller son front humide. De sorte que Monsieur le Conseiller général P., directeur du Service d'encaissement des contributions, avait sous les yeux, à hauteur du nez, le crâne clairsemé de Jean-Jacques K. Un petit marécage de cheveux collés, semblables à des roseaux morts en stagnation.

- Cette conversation a déjà eu lieu, Monsieur.
- Quoi? Qu'est-ce que ça veut dire?
- Eh bien ça veut dire qu'il s'agit de la reproduction exacte d'une conversation que nous avons eue Jocelyne F. et moi lors d'une séance préparatoire au budget.
- Qui a enregistré ça? Vous savez que c'est strictement interdit de réaliser des enregistrements des séances internes. Nom de Dieu, Jean-Jacques, qu'est-ce que vous avez branlé?

Monsieur le Conseiller général P. tenait fermement l'avant-bras gauche de Jean-Jacques K. Il donnait ainsi l'impression de pénétrer son cerveau.

- Personne n'a rien enregistré, Monsieur. Je vous assure.
- Vous vous foutez de ma gueule! D'où ça vient alors?
- J'en ai strictement aucune idée. Je vous assure.

Dehors, la pluie commençait à tomber. Les petits groupes agglutinés derrière les véhicules de police ouvraient des parapluies. Vu d'en-haut, tout ça ressemblait à d'éparses explosions multicolores de pop-corn.

- Y a un petit malin qui a enregistré ça. Qui d'autre était avec vous lors de cette séance?
- Jocelyne et Jean-Claude.
- Amenez-les moi.

Jean-Jacques K. s'exécuta avec toute la maladresse du cadre moyen ne gérant pas la pression de ses supérieurs lorsqu'il s'agit de "faire passer le message" à ses subordonnés. Le groupe de quatre s'était mis à l'écart et se lançait dans une sorte de conciliabule animé exclusivement par Monsieur le Conseiller général P.

- Bon, écoutez-moi bien. Apparemment, et vous en êtes conscients, il s'agit d'un enregistrement d'échanges que vous avez eus dernièrement. Quel est le petit malin qui a planqué un micro? En passant, je vous rappellerai bien  l'article 320, alinéa 1 du Code pénal au sujet du secret de fonction, mais je préfère vous rappeler que les élections sont dans un an et que je veux éviter d'avoir à éponger vos conneries!

Et il y eut à nouveau la voix de Monsieur le Conseiller général P., mais sonore. Comme celle de Jocelyne F. précédemment. Vaste comme celle d'un géant.

"Quel est le petit malin qui a planqué un micro? En passant, je vous rappellerai bien  l'article 320, alinéa 1 du Code pénal au sujet du secret de fonction, mais je préfère vous rappeler que les élections sont dans un an et que je veux éviter d'avoir à éponger publiquement vos conneries!"

C'est là, collectivement, dans un silence quasi absolu, que les salariés de la section "Contentieux Ouest" du Service d'encaissement des contributions, prirent réellement conscience qu'il ne s'agissait pas d'enregistrements. C'est là qu'ils surent que ce qui arrivait les dépassait. C'est là que nous avons senti qu'ils étaient désormais "réceptifs".

Jack et John

Jack et John aimaient s'asperger de sodas

Et d'une flexion de casse-noisettes
Broyer les guêpes venues siroter
Dans leurs creux poplités
Ces formules liquides, sucrées et secrètes

Jack et John riaient ensuite adondamment

Sous la table

Ses escarpins sous la table
Ses jambes penchées dans les soupirs de son corsaire
La constance d'un voilier arqué sur l'océan

Seul dans ses pas de gymnastiques
Il assistait à l'effondrement tranquille et méthodique
De son allure eschatologique

Pendant ce temps

Tandis que nous badinions
Tandis que nous baisions
Tandis que nous boudions
Tandis que nous baisions à nouveau
Tandis que baratinions
Tandis que nous braquions
Tandis que nous blâmions
Tandis que nous bivouaquions

Tout là-bas, au fin fond de l'univers sans fond ni fin
Des présences organisées remontaient leurs braguettes
Et tournaient la clé de contact de leurs engins gourmands 
En somme
Ils reprenaient la route vers nous 

Contrôle

Foutre une paire de baffes
A un muscadin qui tend des muscadines
A ma nana
Lors de notre voyage de noces au dix-huitième siècle

Et puis procéder à un contrôle général à l'éthylomètre

Une odeur

Les oiseaux noirs et bruns
Planaient au-dessus d'elle
Tournaient
Aéraient leurs ramages

Les hommes moissonnaient
En bas
Les hommes dansaient

Les oiseaux noirs et bruns
Enivrés d'air
Imaginaient les saveurs de son être
Son odeur de peau fraîche

En un rideau d'ailes
Ils s'abattirent sur elle
Elle s'effaça dans des poussières céréales

jeudi 6 octobre 2011

Le concierge

Le concierge était brun et musclé
Ses allures de mojito
Dépravaient les soirs respectables de brume

Il n'économisait pas ses spasmes gutturaux
Lorsqu'il atteignait la perspective
D'entamer Madame la concierge

La cage d'escalier ruisselait des extases
De celui qui commandait aux débrousailleuses

Tandis que le compost s'affaissait

Après le petit-déjeuner

L'hiver a commencé après le petit-déjeuner
J'ai recueilli la pluie avant qu'elle n'atteigne ton orangeade
Des lacs ont inondé mes mains
Tu t'es baignée dans ma paume
L'été s'éternisait

ADMINISTRATIONS - Episode 7

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Instinctivement, les salariés de la section "Contentieux Ouest" du Service d'encaissement des contributions, s'éloignèrent des fenêtres et se regroupèrent vers la machine à café, toujours défectueuse bien évidemment. Vers les vivres en quelque sorte.

Lorsque Monsieur le Conseiller général P., directeur du Service d'encaissement des contributions, déboula dans les bureaux en bousculant les portes à rabattement automatique, certains tripotaient des dosettes de sucre,  tandis que d'autres mâchouillaient des bâtons agitateurs.

Jean-Jacques K. et "le boss", comme le qualifiait régulièrement Jocelyne F., s'enfermèrent dans le bureau du chef de section. Monsieur le Conseiller général P. faisait de grands gestes. Jean-Jacques K. bougeait lentement la tête.

"C'est les grands spécialistes! Ils arrivent la bouche en coeur sans la moitié de leurs documents. Ah, ils ont ça dans le sang, cette bande!"

Monsieur le Conseiller général P. et Jean-Jacques K. ne bougeaient plus. De l'autre côté du bureau vitré, des gémissements épars provenaient désormais de la masse de plus en plus compacte des salariés autour de la machine à café.

Semblables à des astronautes, les deux cadres rejoignirent le centre de l'open space.

- Qui a dit ça?, murmura le Conseiller général P., d'un timbre que personne ne lui connaissait.
- C'est la voix de Madame F., renseigna Jean-Jacques K.
- Merde, c'est pas moi, j'ai rien dit. Putain, c'est vraiment pas moi! Jocelyne F. décompensait. Ses collègues s'en écartaient légèrement.

"Si j'étais toi, je le ferais attendre. Y'a pas de raison, ils se croient tout permis, cette équipe!"

C'était la voix de Jean-Claude E.

"Tu peux y aller! En dessous de la pile! Et pis cette veste en cuir qui pue, je te jure, quelle horreur!"

C'était la voix de Jocelyne F.

"C'est pas une mauvaise idée. De toute façon, ils vivent en groupe, c'est connu. Des immeubles remplis de ressortissants de la République démocratique de Z. Alors on en secoue un, il fera passer le mot, comme quoi faut pas non plus faire chier les impôts."

C'était la voix de Jean-Jacques K.

Du côté de la machine à café, des lèvres tressaillaient et finissaient dans un tremblement. On pouvait percevoir des sanglots. De plus en plus nettement.

- C'est quoi ce bordel?, articula tout doucement, en détachant les syllabes, Monsieur le Conseiller général P., penché sur l'oreille de Jean-Jacques K.
- Je sais pas, je vous jure que je sais pas.

Les deux hommes chuchotaient comme devant une grosse bête qu'il ne faut pas effrayer. Soudain, on a vu quelque chose dans les yeux de Jean-Jacques K. Il s'avança vers Jocelyne F., presque sur la pointe des pieds.

- C'est ce que je crois? Dites-moi que je fais fausse route, Jocelyne. Avez-vous la même impression que moi?

Alors il s'est passé le même quelque chose dans les yeux de Jocelyne F.

- C'est ça, gémit-elle, c'est notre conversation de la séance de stabilisation des coûts liés. Celle qui a précédé l'édition de la version finale du budget.
- Notre conversation d'il y a un mois, c'est bien ça?
- C'est ça.
- Nom de Dieu.

Jean-Jacques K. trottina vers Monsieur le Conseiller général P. Un peu voûté, comme s'il craignait une explosion, des projectiles, des munitions perdues.

A suivre.

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Rue des Perdreaux

Il remontait la rue des Perdreaux
Gorgée du son des guitares de quelques cas sociaux
Sur des terrasses refroidies
Quelques rastas infusaient dans de la bière tempérée
Les degrés valsaient
L'hiver approchait

"Que faisiez-vous au temps chaud?"
Se remémora-t-il
En rayant diverses carrosseries

Tout en remontant la rue des Perdreaux

Il mit la main aux fesses d'une fausse blonde
Comme on cherche un disque dans un rayon
Du bout des doigts

Il arracha encore de multiples rétroviseurs
Maigres provisions
Pour un hiver où le passé
N'aura de cesse de vrombir
A l'arrière des caresses

mardi 4 octobre 2011

Il dit

Il dit
Envie que des divisions aéroportées s'abattent sur moi
Il dit
Dysfonctionnement sévère dans ma défense contre-avions
Il dit
Mes fantassins sont des déserteurs
Il dit
Je me présente avec deux tartines dans le ventre
Il dit
Faites ce que vous savez faire
Il dit
Souriez comme toujours au-dessus de vos larges foulées
Il dit
Scandez les codes en vigueur
Il dit
Procédez à vos cérémonies mortuaires
Il dit
Je vous emmerde dans vos habits de gloire

Dans le froid et dans la nuit

Dans le froid et dans la nuit
Nous nous tiendrons rigueur
Nous nous aspergerons de combustibles
Nous jouerons à Ludo et Lola

De tactiques pyrotechniques
En estocades manquées

Nos indigestions de chocolat
Seront les toiles de nos rêves
Dans la peinture de nos draps

Nous ne seront pas beaux à voir
Peu importe
Puisque c'est désert

Donnons-nous la main
Les insectes nous précèdent
Déjà

Que fais-tu?

Que fais-tu dans ce trait de soleil?
D'un big love, de ceux qui dépassent les culottes mouillées, tu as arrêté nos chiens bondissant sur toi.
Ils sont tombés au sol dans le fracas d'une porcelaine, de celles qui se brisent d'effroi.

Que fais-tu la main sur ton cul?
Que fais-tu dans ce plan américain?
Personne ici n'est prêt à dégainer.
Personne ici ne dispose de véhicules assez puissants pour rattraper le soleil.

Alors cours.
Ne gaspillons pas nos allumettes.

jeudi 29 septembre 2011

Que

Celui au prénom de viking dégoisait.
Comme quoi il sautait des gonzesses comme on saute des barrières. 

Que des fois ça se fait tout seul, dans le vent frais du soir. Que d'autres fois on est trop raide et qu'on se la mange en pleine gueule. Que même, des fois ça va bien, qu'on croit, et puis qu'après on s'aperçoit d'une écharde dans le pouce. Que seule Man Ju sait enlever. Parce que les autres y'a que les mains grosses avec lesquelles on les bondit qui les intéresse. Qu'après la barrière, l'herbe c'est pas toujours ça. Rapport au piétinement, que de la boue parfois. Et qu'on rentre et que Man Ju est pas contente des états pas possibles dans quoi on se fourre. Mais qu'on essaie de lui dire que c'est les secondes qu'on est dans l'air qui comptent. Que les cloques du corps, ça faut percer.

Celui au prénom de viking dégoisait.
Comme quoi on sautait des barrières comme il saute des gonzesses.

Ballerines

Twistée du corps
Te voir chausser tes ballerines
De l'index
Et entrevoir la possibilité de voler en marchant

Le soir se rapproche à vive allure
La pénombre se radine à grands pas

ADMINISTRATIONS - Episode 6

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"C'est pas possible ce qu'ils peuvent être spéciaux, c'est un état d'esprit, les gens de la République démocratique de Z."

Les salariés de la section "Contentieux Ouest" du Service d'encaissement des contributions se figèrent. C'était la voix de Jocelyne F. Différente. Comme portée par un écho indéfinissable. Presque assourdissante. Une Jocelyne F. qui serait soudain devenue une géante.

- Jocelyne?, avança Jean-Jacques K.
- Quoi? C'est pas moi!
- On aurait dit ta voix.
- Non, c'est pas moi.
- C'est leur machin dehors, hasarda sans conviction et mécaniquement Jean-Claude E. Il faisait référence à des porte-voix qui n'existaient pas car la situation se poursuivait en véritable chasse à l'homme dans les rues adjacentes à la Place du Général D.

"Moi, je peux pas, leur tête quand ils viennent au guichet, rien que ça, je leur foutrais des gifles, c'est plus fort que moi."

- Jocelyne, tu te calmes! Jean-Jacques K. s'aperçut qu'il hurlait.
- C'est pas moi, nom de Dieu, c'est pas moi!

Le personnel se resserra un peu. Mouvements de groupe imperceptibles à hauteur d'homme.

"Ils intègrent la nationalité? Ouais, ça me fait pisser aux culottes! Comme je dis toujours, ça fait peut-être un citoyen de plus, mais pas un ressortissant de la République démocratique de Z. de moins!"

Jean-Jacques K. avait observé Jocelyne F. au même instant. Elle n'avait pas desserré les mâchoires. Il n'était pas le seul à s'en être aperçu. Les salariés ne s'occupaient plus du tout de ce qui se passait dehors. Jean-Jacques K. décrocha son téléphone et souffla à la standardiste de lui passer immédiatement Monsieur le Conseiller général P., directeur du Service d'encaissement des contributions.

A suivre.

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Dans leurs brasiers

- Tu as froid?
- Non, j'ai chaud.
- Pourtant, tu frissonnes...
- Quand tu m'embrasses, tu m'enlèves une "s".

mercredi 28 septembre 2011

Au garage

Elle était blonde, elle était grande, elle venait de la centrale de Stuttgart, elle fixait chacun d'entre nous avec ses yeux. D'un bleu qui  nous donnaient l'envie d'être un peu marin. Juste un soir, Nina. On mettra les voiles, même pas le moteur, pour sortir du port. Elle nous regardait riveter, serrer, visser, décrasser, redresser les dessous de capots. C'était bon, les après-midi sous le regard de Nina, au garage.

Jean-Claude

Il évoquait les accointances des femmes avec le chocolat.
Comme on parle de l'Italie et des dragueurs, du Brésil et de la décontraction, de l'Allemagne et des saucisses.
Les deux pieds dans le folklore.

lundi 26 septembre 2011

Bar de gare

Des êtres de panmixie se pressaient contre le comptoir.

Dans leurs têtes, ils savaient ce qu'ils désiraient. Ils peinaient pourtant à se décider pour un latte macchiato ou un cappuccino, ou peut-être un dry caramelito spécial Nicaragua. Enfin, de la caféine festive pour célébrer le matin et les bruits de ferraille qui pesaient sur leurs âmes. Dans le soupçon général du dérèglement progressif des trajectoires générationnelles.

Au-dessus de ce vacarme feutré trônait la représentation d'une Italie de places Saint-Marc, de mobylettes, de costumes clairs et droits, de stylos en résine foncée et de caféine serrée. Au centre, une immobilité sombre, au regard hors-champ, une décontraction inespérée au-dessus de cet after de l'aube. L'homme de l'affiche dégageait une mélancolie agressive, entraînée à convaincre, à soumettre la dégustation.

Pourtant à la maison il laissait des traces au fond de la cuvette.
Pourtant at home il n'assurait pas régulièrement l'hygiène de son appareil génital.
Pourtant zu Hause il gaspillait l'eau.

Bars de gares, la parole muette des êtres d'affiche face au verbe magmatique des êtres de panmixie.
Bars de gares, brouhaha aphone.

dimanche 25 septembre 2011

Rails

A très grande vitesse
Les salariés en couple, individuels, en famille
Côtoient des cimetières au fond de micro-vallées
Tandis que des titres de transports
S'agitent au-dessus de calvities indéfinies
Autant de ferveur vers les mâchoires des poinçonneuses
Des offrandes à un dieu de la glisse

Obscurité

Madame,
Je veux vous dire ce soir
C'est déjà cette nuit

jeudi 22 septembre 2011

Secousses

La magnitude de ses jambes nues
Posées sur le tableau de bord
Lui fit découvrir que rien en lui
N'était antisismique

ADMINISTRATIONS - Episode 5

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Jocelyne F. justifia son appel à la sécurité parce que Benoît T. "avait dépassé les limites. On ne devait pas profiter de faire peur aux gens en blouson de cuir noir, comme souvent lorsqu'il s'agit de ressortissants de la République démocratique de Z., d'ailleurs". Deux hommes en uniformes vert de la compagnie C. s'étaient approchés doucement du "perturbateur" pour ensuite plaquer fermement son visage contre le comptoir. Ils le maintinrent les bras repliés dans le dos jusqu'au bas de l'immeuble. Ils restèrent en faction devant la porte tournante une demi-heure après avoir perdu "le contact visuel" avec le "fauteur de trouble".

C'est Jocelyne F. qui actionna le processus de dérivation du dossier de Benoît T. Les documents le concernant avaient ainsi été transférés dans une salle spéciale regroupant "les cas difficiles". Dès lors, un nouveau numéro de classement avait dû être créé, en complément du "numéro racine". En clair, et conformément à la procédure, tout nouveau mouvement du dossier devait être validé par une commission de cinq personnes avant de pouvoir être "quittancé". Dans l'ordre hiérarchique suivant: Jocelyne F., Jean-Jacques K.et les trois membres du Directoire opérationnel dont faisait partie Monsieur le Conseiller général P.

Quelques jours plus tard, un juriste indépendant, visiblement une connaissance de Benoît T., d'après le rapport de deux enquêteurs externes mandatés par la "commission spéciale", adressa une demande de révision du dossier. L'organe compétent émis à l'unanimité un "préavis négatif", motivant "un dénigrement agressif vis-à-vis de fonctionnaires d'Etat dans l'exercice de leur mission."

La section "Contentieux Ouest" du Service d'encaissement des contributions déferra ensuite le dossier au "groupe taxation à risque" jusqu'à "l'émission des décomptes finaux pour l'année courante."

Ce matin pourtant, sur les grandes dalles de béton ciré qui constituaient la Place du Général D., le dossier de Benoît T. "semblait connaître un nouveau rebondissement", songea Jean-Jacques K., en observant le déploiement des forces de sécurité vers le coupe-vent orange de la société Happiness is rising.

Visiblement, l'ensemble du personnel de la section "Contentieux Ouest" du Service d'encaissement des contributions ne semblait pas tranquille. Il ne s'agissait pas d'effroi face aux violences extrêmes en cours. Plutôt un malaise. Celui qui poursuit les familles traditionnelles jusque dans leur voiture, le samedi matin au retour du supermarché. Parce qu'elles ont cédé à d'autres familles leur caddie contre deux euros, alors qu'elles savaient que le chariot avait été déverrouillé avec une simple pièce métallique.

Nous connaissions ce malaise. Nous avions tout vu. Nous avions tout entendu. Nous avions assisté à tout. Nous savions pourquoi. Alors nous avons décidé de parler.

A suivre.

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Le ravitailleur

Droit sur sa gabarre
Au milieu des boîtes de conserves
Des haricots verts, du corned beef

Il ravitaillait en silence les gabions
Qui cueillent le gibier d'eau
A chaque accalmie

Clara lui apparut alors dans le brouillard
Comme l'autre soir lorsqu'elle mangea sa pêche melba avec désinvolture
A la table de ce restaurant de chochottes

Dans ce pays, les activités d'automne rendaient complètement cinglé
On était déjà le 10 octobre
Ou le 12

mardi 20 septembre 2011

Karl

Karl aimait regarder les fesse-mathieux promener discrètement leur main droite sur les buffets froids des banquets, des bamboulas et des raouts de Basse-Saxe.

En voyant ces mains, Karl pensait aux libellules survolant des étangs opulents, avant les prédateurs.

Karl les imaginait ensuite chipotant sur les corsages de filles de maison dans des chambres uxorilocales. Fécondes des sabayons précédemment détournés.

Karl savait qu'il s'agissait de la naissance d'un genre.

ADMINISTRATIONS - Episode 4

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Le cas de Benoît T. s'était accéléré quelques semaines auparavant et avait rapidement dégénéré en "affaire". En clair, un sous-dossier avec numérotation spéciale avait été créé. Les courroies d'entraînement des systèmes rotatifs de classement, déjà surchargés, en bavaient. Ce qui avait justifié une intervention de Julien A., chef de la centrale d'achat du district. Dans un courrier électronique adressé aux ressources humaines et transféré à l'ensemble du personnel, il avait fustigé "l'insouciance crasse et récurrente de la section "Contentieux Ouest" du Service d'encaissement des contributions vis-à-vis du matériel et des infrastructures."

Jean-Jacques K., convoqué dans le bureau de Monsieur le Conseiller général P., directeur du Service d'encaissement des contributions, avait failli perdre ses nerfs. Il estimait qu'il fallait "se donner les moyens administratifs d'appliquer les consignes réglementaires. Elles-mêmes servaient à contenir les débordements des contribuables, exponentiels à la dégradation de la situation économique." En clair, il fallait oser créer de nouveaux dossiers "dans un esprit proactif qui doit caractériser l'administration de demain."

Benoît T. avait ainsi "monstre foutu les boules à tout le monde", comme se plaisait à le rappeler la réceptionniste Josiane M.

Il y a environ deux mois, il était venu au guichet demander un arrangement de paiement pour des impôts échus depuis un an. Il souhaitait régler en neuf mensualités le montant de 1540 euros. Jocelyne F. avait expliqué qu'elle ne pouvait accorder que trois mensualités. Benoît T. avait argumenté qu'il était veuf avec deux enfants de 7 et 10 ans à charge et que son salaire d'automaticien, partiellement imposé à la source, ne lui permettait pas d'honorer de manière régulière l'ensemble de ses contributions. Jocelyne F. avait répété qu'elle ne pouvait accorder que trois mensualités. Benoît T. était "resté un moment silencieux, ce qu'on n'aime pas trop, si tu veux bien dire", avait ensuite précisé Jean-Claude E. qui assistait à la scène depuis l'île voisine de l'open desk.

Jocelyne F. avait terminé l'échange en signalant à Benoît T. qu'il recevrait "prochainement par courrier postal" des nouveaux bulletins de versement adaptés.

Quelques jours plus tard, Benoît T. remportait 2000 euros au loto national. Lorsque son compte fut crédité de cette somme, il effectua rapidement un versement unique de 1540 euros au Service d'encaissement des contributions.

La section "Contentieux Ouest" le rappela pourtant la semaine suivante, date d'échéance de la première des trois mensualités. "Ils" n'avaient pas reçu de paiement." Benoît T. s'en étonna vivement et expliqua sa démarche. "Mais vous n'avez pas utilisé les trois bulletins que nous vous avons remis?" Effectivement, Benoît T. avait jugé préférable d'effectuer son virement avec le bulletin qui mentionnait l'entier de la somme due. "Ce bulletin n'existe plus dans notre base de données, Monsieur. Les trois nouveaux bulletins ont été codés pour nous permettre d'assurer la traçabilité de l'arrangement de paiement qui vous a été octroyé."

Benoît T. s'était vite aperçu que personne, au sein de la section "Contentieux Ouest" du Service d'encaissement des contributions, ne pouvait précisément dire où se trouvaient actuellement les 1540 euros qu'il avait versés.

Benoît T. décida alors de revenir de sa propre initiative au guichet pour montrer la copie du bulletin qu'il avait utilisé. Ainsi le malentendu serait vite dissipé. "Ce bulletin n'existe plus dans notre base de données, Monsieur. Les trois nouveaux bulletins émis ont été codés pour nous permettre d'assurer la traçabilité de l'arrangement de paiement qui vous a été octroyé", lui répéta Jocelyne F.

Benoît T. franchit d'un pied en avant le cordon rétractable de sécurité devant les guichets.  Jocelyne F. recula près de la destructrice de documents. "Ce bulletin n'existe plus dans notre base de données, Monsieur. Vos trois nouveaux bulletins ont été codés pour nous permettre d'assurer la traçabilité de l'arrangement de paiement qui vous a été octroyé", répéta-t-elle, plus fort et plus lentement, comme le font certains guides touristiques.

Benoît T.eut alors un geste. "Il a tapé sur le comptoir", rapporta Jean-Claude E. "Il a fait taper ses bagues contre le guichet", estima Josiane M.

A suivre.

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Au moment des mignardises

Lorsque les mignardises arrivèrent
Il sentit comme une faim surprenante

Il avait à peine touché à son sandre
S'aperçut-il

Tout absorbé
Par la volumétrie des testicules envahissantes d'un landseer
Couché aux pieds d'un couple de quinquagénaires
Qui se faisaient mutuellement goûter leurs mousses au chocolat

lundi 19 septembre 2011

Les mirliflores

Mirliflores en automne
Dans les centres commerciaux
C'est un métier
C'est une technologie

Parce que c'est difficile
D'actionner par la parole
Les surfaces mafflues
Sur les visages repus
Des dandineuses et des dandineurs
En leur faisant palper de la savonnette
De celle qui sent
De celle qui leur rappelle le restogrill
La Provence emprisonnée dans les vécés des pétroliers
Sur la route vers leur eden préfabriqué
Face à la piscine, dos à la mer

Mirliflores en automne
Dans les centres commerciaux
C'est un métier
C'est une rectoscopie

Extraire
Des corps ruminant
Des caractères boueux
Le grognement de satisfaction
Recroquevillé sous l'avancée de septembre

samedi 17 septembre 2011

Reprise

Bloquer l'ascenseur
Un matin de rentrée
Et retourner se coucher
C'est déjà beaucoup

vendredi 16 septembre 2011

Vers le soir

Nous descendions vers le soir
Ebouriffés d'étreintes

Nos corps lacérés de soleil
Dans la tiédeur du Costes
Neutralisaient la climatisation

En bas sur Saint-Honoré
Des moteurs diesel
Nous rappelaient les tapis silencieux
Des autoroutes de la Beauce

Nous descendions vers le soir
La nuit montait en nous

jeudi 15 septembre 2011

Trois singes et deux haquenées

Trois singes d'Asie
Le regard ancré au fond de leur corps trapu
Musclaient leurs grandes abajoues

Ils se préparaient à rire

Devant la nonchalance de deux haquenées
Qui piétinaient comme des connes
La surface fraîchement macadamisée
D'une aire de repos des Sables d'Olonne

Oh mon capitaine

Sur les eaux du Canal de la Sensée
Tu aimes fumer de la marie-jeanne
Sur ta marie-salope
En caressant
Les maries-louises toilées
Qui ornent les portraits de Marie-Thérèse, Marie-Vérène et Marie-Hortense

Tes trois tantes aux visages burinés
Tresseuses de paille
Des bois de Bénéjacq

Ecrasées par un poids lourd
Au bord de la D 345, le 21 novembre 1983 à 14 h 55

mercredi 14 septembre 2011

ADMINISTRATIONS - Episode 3

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Les fourgonnettes des principales chaînes de télévision commençaient à déployer leurs antennes paraboliques dans les rues adjacentes. Des êtres en tailleurs et en costumes, avec des cravates voyantes et des cheveux teints, couraient maladroitement. Ils ne savaient visiblement pas s'ils devaient rester debout ou se baisser.

Le "malade mental", comme reformulait Jocelyne F. collée contre la vitre, fit un grand geste du bras en direction du sas des distributeurs automatiques d'argent. Dans une chorégraphie similaire à celle des anciens semeurs-laboureurs bretons. Peu après, les vitres volèrent en éclat. Deux masses humaines titubèrent un peu en cherchant à s'extraire du brasier, avant de s'effondrer sur les débris.

Le coupe-vent imperméable orange se dirigeait maintenant vers une ruelle obstruée par des véhicules de médias. Une présentatrice n'eut pas le temps de s'abriter de la prochaine rafale. Le cameraman qui essayait de tirer le corps de la jeune femme à l'abri se fit également surprendre par un nouveau jet de grenade.

- T'as vu qui c'est, souffla Jean-Claude E.
- C'est ce jeune aux cafés, trancha Jocelyne F.
- Ouais, aussi, mais comment ce qu'il faut dire, c'est lui qui a débarqué l'autre jour au guichet.
- Me rappelle pas. T'as son nom?

L'échange avait attiré Jean-Jacques K. Il demanda si quelqu'un connaissait effectivement cet homme. "C'est le type qui a débarqué l'autre jour au guichet", ânonna Jean-Claude E.

Personne ne pouvait sortir un nom.

"C'était mardi, j'avais fait ma nouvelle teinture lundi, il la trouvait bien. C'est Benoît T.!", lança soudain dans un enchaînement Josiane M., réceptionniste à 50%.

Là, il y eut comme un bref arrêt, une coupure. De celle qu'on trouve parfois durant l'été, au fil des litanies électro dans les bars des plages varoises.

- Celui de la République démocratique de Z., hasarda Jean-Jacques K.
- Les bulletins codés, articula au ralenti Jocelyne F.
- Les préavis négatifs, enchaîna Jean-Jacques K.
- L'odeur de cuir mouillé, précisait Jocelyne F.

A suivre.

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mardi 13 septembre 2011

Sur l'oreiller

Ecouter ses cheveux
Murmurer
La nécessité de son parfum

lundi 12 septembre 2011

ADMINISTRATIONS - Episode 2

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Jocelyne F. se dandina vers les baies vitrées. Depuis que Juan, son petit-fils, lui avait offert des pantoufles de plastique mou, doux et rose, il semblait à Jean-Jacques K. que ce balancement rondelet du corps s'accentuait. "C'est le top pour mes maux de dos", avait-elle sifflé devant ses collègues.

Tant et si bien qu'au moins quatre paires de chaussures similaires se mêlaient maintenant aux traditionnelles baskets de nubuk du dress code administratif traditionnel et s'agglutinaient contre les parois vitrées pour regarder "ce que c'était au juste. Parce qu'on dirait vraiment comme des coups de feu."

Le silence s'empara soudain de la section "Contentieux Ouest" du Service d'encaissement des contributions. Sur les grandes dalles de béton ciré qui constituaient la Place du Général D., un homme faisait le vide autour de lui. Il tenait une arme de type AK-47, selon Jean-Claude E., apprenti au service de la calculation et "fan de jeux vidéo extrêmes mais bien réalisés."

Le tireur se tenait pratiquement arc-bouté, le dos cambré, la bouche ouverte. On devinait sa langue légèrement repliée. Jean-Jacques K. repensa alors à ces marsupiaux qu'il avait vu dans des reportages sur les chaînes spécialisées, durant ses insomnies. Ces animaux agiles se servaient généralement de leur queue comme balancier pour rétablir leur équilibre.

Il y avait déjà une bonne dizaine de corps à terre. L'homme tournait sur lui-même en arrosant les alentours. Des balles perdues se fichaient dans les murs de molasse de la vieille ville de B. L'ensemble des salariés de la section "Contentieux Ouest" du Service d'encaissement des contributions, désormais aux fenêtres, hurlèrent lorsqu'une balle éclata sur une des vitres blindées du bâtiment administratif, juste sous leur nez. Elle laissa une tâche irisée de verre pilé, rappelant "les moustiques qui s'éclatent contre le pare-brise sur l'autoroute", lâcha Jean-Claude E., qui étudiait actuellement le Code de la route en vue de l'obtention de son permis de conduire.

A nouveau concentrés sur la Place du Général D., les salariés aperçurent "le terroriste", comme beuglait Jocelyne F., qui se dirigeait vers le sas de distributeurs automatiques d'un établissement bancaire au nord de l'esplanade. La surface de béton ciré était désormais piquée de taches luisantes et rougeoyantes.

Cheminant dos aux baies vitrées de la section "Contentieux Ouest" du Service d'encaissement des contributions, l'homme laissait apparaître le logo de la société de maintenance Happiness is rising, imprimé sur son coupe-vent imperméable orange.

A suivre.

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vendredi 9 septembre 2011

ADMINISTRATIONS - Episode 1

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Leur machine à café était tombée en panne. Depuis le début de la matinée, les humeurs se resserraient, à la manière des huîtres qui se rétractent lorsqu'on les titille avec une fourchette. On voyait les salariés se lever plus souvent, agiter des dossiers, claquer les tiroirs de leurs bureaux Lista.

On pouvait dire que la section "Contentieux Ouest" du Service d'encaissement des contributions était en effervescence. Jean-Jacques K., chef d'étage, prenait la situation très au sérieux. Tout pouvait lui "péter à la gueule", avait-il confessé dans un murmure pensif, devant la reproduction d'une eau-forte collée sur le bord de son écran d'ordinateur. Elle représentait un écureuil roux d'Eurasie. On se faisait prendre à chaque fois: on jurait que cet animal souriait. Alors qu'il ne s'agissait que d'un rictus de protection remontant de ses pattes agrippant une noisette encore verte.

Jocelyne F., secrétaire adjointe du Conseiller scientifique aux finances participatives, avait déjà pénétré trois fois dans son bureau. Car elle "ne comprenait pas pourquoi il peinait à solutionner la situation." Elle estimait que "c'était du grand n'importe quoi."  Elle avait même évoqué le terme "rapport interne".

Il réitéra ses appels téléphoniques à la société Happiness is rising, chargée de la maintenance des machines à café des administrations publiques du district. Le collaborateur était toujours "en dépannage. Mais nous lui adressons de suite une notification d'intervention sur le guidage électronique de son véhicule, Monsieur."

Jocelyne F. était naturellement la subalterne de Jean-Jacques K. Les dispositions hiérarchiques semblaient pourtant éclater. La crise semblait soudainement hors de contrôle. Autour de certains îlots de l'open desk de l'étage, les pensées se lisaient pratiquement sur les visages. Et il était probable qu'elles réclamaient l'intervention de Monsieur le Conseiller général P., directeur du Service d'encaissement des contributions.

C'est à ce moment-là que plusieurs salariés ont affirmé percevoir des détonations à l'extérieur du bâtiment.

A suivre.

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jeudi 8 septembre 2011

ADMINISTRATIONS - Série

"Celui qui aura révélé un secret à lui confié en sa qualité de membre d’une autorité ou de fonctionnaire, ou dont il avait eu connaissance à raison de sa charge ou de son emploi, sera puni d’une peine privative de liberté de trois ans au plus ou d’une peine pécuniaire."
Code pénal suisse, article 320, alinéa 1.

Zum Wohl

Odeurs de kimonos mouillés chez les buveurs de bière.

Ils tripotent leurs cheveux gras dans l'indécision météorologique de la fin de l'après-midi. Des gestes presque perdus, vaguement reproduits d'un reportage au fond des magnaneries de la basse Asie.

Parfois on isolerait un rythme. Comme une éructation incomplète, comme un mélange gazeux instable. 

La raie de leurs fesses surgissant de leurs pantalons flasques, une marque distinctive, un symbole de ralliement. Leur bras droit posé à plat sur la table, couché comme un chien soumis. Et l'autre, le gauche, qui dit n'importe quoi dans l'air, qui pompe une pensée qui ne vient pas. Alors des rasades violentes contre leur âme rongée d'aridité.

A leurs pieds, des chiens tout aussi chargés, attendent de reprendre la route, dans le pas éruciforme de leurs maîtres.

vendredi 2 septembre 2011

Marcel

Fendre l'air parmi les plateaux de fruits de mer
Jouer des épaules
Mélanger son eau de toilette aux odeurs de marée

Une fois hors de la brasserie
Sous la marquise écrasée de pluie
Sortir ses cigarettes de luxe

Les couleurs de la nuit laissaient apparaître son marcel
Sous sa chemise embrumée de volutes

Les dîneuses
Celles qui pratiquaient plutôt le mot débardeur
Songeaient à l'homme
Celui des après-midi pourpres et clandestins
Celui qui arrive d'on ne sait où, au juste

Tandis que leurs langoustines
Repartaient en cuisine
En carcasses

Au lit

Lorsqu'il faisait l'amour
Il parlait des oiseaux

C'était vite lassant

Les petites frappes reviennent

Elles s'égosillent de broutilles

Elles ne connaissent pas le murmure

Elles surjouent la conviction

Elles gaspillent leur énergie
Comme on s'éclabousse d'eau

Dans ces minutes plus tièdes
De la saison chaude
Les petites frappes
Refont un tour

jeudi 1 septembre 2011

Les petites frappes

Presque montées sur ressorts

Dodelinant de la tête comme les macareux moines
Qui scrutent les prédateurs sur la falaise

Des mines de fouines
Des haleines rances de houblon

Leurs veines inondées
De produits de marionnettistes transatlantiques

Elles respirent par saccade
Comme un sursaut qui fait parler
La quincaillerie de leur cou

Ce soir
Traversant la saison chaude
Les petites frappes sont de sortie

mercredi 31 août 2011

Immobile

Se souvenir d'elle
Et laisser l'avantage du dialogue aux cormorans

mardi 30 août 2011

Le mangeur et le tartineur

- Qu'est-ce qui vous prend, avec cette histoire de démon de midi?
Demande le mangeur de biscottes.

- C'est en somme rouler les fenêtres ouvertes et réveiller David Guetta au fond des Volkswagen Golf GTI.
Répond le tartineur de biscottes.

jeudi 18 août 2011

Le quignon

Il s'affaissa et fit tout grincer

Tandis qu'elle se courbait sur ses mains obèses
Tandis qu'elle agrippait ses bagues opulentes
Tandis qu'elle les faisait glisser
Tandis qu'elle pressait ses doigts boudinés
Tandis qu'elle talquait la moiteur

Ainsi, ses mains dansaient seules

Il observa par inadvertance deux choucas
Ils se disputaient sur le toit d'une pharmacie
Leur vie dépendait d'un quignon

Alors il estima qu'il était temps de se lancer dans l'import-export
Avec dévotion

L'Europe s'amuse

La pointe des mélèzes qui noircit
La vallée qui s'assombrit
L'humanité qui s'apprête à la nuit

Tandis qu'une masse mafieuse à la présence caucasienne
Se laisse aller à quelques flatulences
Dans des thermes haut perchées

Avant de s'accomplir dans un lit
De grappe en grappe
De blondes en blondes
Caressé par leurs râles d'ilang-ilang

samedi 6 août 2011

Vintage

Les blondes sortent de leurs voitures de sport restaurées avec leurs lunettes sombres au bout des doigts.

Elles s'élancent l'une vers l'autre, désarticulées dans leur joie. Elles ne se touchent presque pas lorsqu'elles s'étreignent, tout au plus un contact ample, deux fourmis nerveuses face à un morceau de sucre qu'il faudra emporter.

Et puis elles s'égaient, comme on dit des moineaux. Et aux alentours, les cuillères recommencent à tourner dans les tasses.

Vers la dignité des rictus

Au bout des chaudes soirées du mois d'août, les sexagénaires s'affairaient dans leurs berlines sombres. Les plafonniers des habitacles éclairaient des gestes imprécis vers les prises femelles des ceintures de sécurité.

Au bout des chaudes soirées du mois d'août, les mocassins des sexagénaires s'affaissaient sous l'acidité de la transpiration de leurs pieds nus. Il faudra probablement en changer l'an prochain.

Au bout des chaudes soirées du mois d'août, la vie venait à s'épuiser au fond des boîtes à gants. Les mains fouilleraient bientôt dans le vide.

Au bout des chaudes soirées du mois d'août surgissaient en fin de compte les rictus ancestraux qui précèderaient le silence total.

Leurs rires cherchaient en réalité les prémisses de la dignité.

mercredi 3 août 2011

Cette chose avec la femme qu'on aime III

Ouvrir un bouton supplémentaire de sa chemise
Utiliser l'impératif
Survoler le trafic

Réapprendre à courir
Ecouter ses mains qui parlent des cheveux d'elle
Prêter attention à ses mains qui se souviennent
Demander son chemin à ses mains
Nom de Dieu, prendre ses mains au sérieux

Et lui dire
Au milieu des véhicules surexcités
Au milieu du monde qui veut la reprendre
Reviens, mon Amour

Cette chose avec la femme qu'on aime II

S'asseoir sur ce banc de métal qui surplombe le carrefour anglais, à côté du parc privé de la supérette.

Et maintenant, attendre. Sans rendez-vous. Croire durant de longues heures qu'elle va apparaître. A pied, en voiture, à vélo, n'importe comment, pourvu que son parfum la précède.

Attendre démesurément, comme un cinglé. Et prendre précisément conscience que personne, jamais, ne viendra, que son halètement se perdra dans le bal des camionnettes de livraison et les manoeuvres des convois spéciaux.

Cette chose avec la femme qu'on aime I

Il y avait eu ce regard qui nous avait fait oublier qu'on ne tenait qu'à un fil, qu'il suffisait d'un jour de brouillard pour que nous ne perdions à jamais la vue.

Ce regard nous avait amenés dans des villes, que nous avions soumises à nos moindres caprices. Nous traversions des rues qui n'attendaient évidemment que nous, qui se fardaient de couleurs hallucinantes presque impossibles.

Nos corps avaient élus domicile l'un dans l'autre. Nous nous regardions dans la nuit noire parce qu'il faisait grand jour. Nous commencions ensemble notre passé.

Bordel de merde, nous étions au bénéfice d'un armement indiscutable et on déclenchait des feux d'artifice chaque soir au sommet de notre forteresse.

En face

C'était depuis là. Depuis la pénombre des cafés des sports, tout au bout des zincs, là où les clignements des yeux sont ralentis. Depuis les frêles terrasses de plastique, sous les parasols pouilleux et bon marché des bars des postes, là où les vacances n'arrivent que par cartes, par procurations.

Depuis là, on regardait en face. Les nouvelles vieilles brasseries. Le cortège des blondes, la cour des gominés, le royaume des eaux minérales. Surtout, l'engouement pour les tartares, les caprices autour des carpaccios, les soupirs d'extase face aux tomates-mozzarella. Ce rouge coupé au couteau descendre dans ces gorges dorées, ces lèvres suçoter ces lamelles, ces langues lécher ces huiles d'olive. 


Généralement, au début de l'après-midi, un animateur, à la radio, décidait de passer quelque chose comme "Exodus", chanté par Edith Piaf. Et l'envie d'aligner les pastis se faisait plus pressante. On se doutait vaguement qu'un jour ou l'autre, celles et ceux d'en face viendraient annexer ces territoires. On tâchait de bouger précautionneusement, de "rester tranquille". On écoutait nos cigarettes se consumer et on n'était pas sûr du moment exact où tout ce décorum avait commencé à s'effriter.

vendredi 29 juillet 2011

Retour au sec

Trier les framboises et les myrtilles
Ordonner les couleurs
Palper la clarté du cristal

Ecraser les fruits du dos de sa cuillère
Sans bruit

Et penser au courant de la Gartempe
Qui emportait les frissons de nos corps nus

jeudi 28 juillet 2011

Leurs pluies

Son rimmel à elle
Sur son col à lui

Comme la noirceur des blés couchés
Après la pluie

Son parfum à lui
Dans ses cheveux à elle

Comme l'odeur de l'asphalte
Après la pluie

Une étreinte qui précipitait leurs fluides
Sous le seuil de détection des kymographes

mercredi 27 juillet 2011

Embuscade

On attendait
Tapis sur des toiles militaires

On attendait
Parmi les herbes sèches et hautes

On attendait
Septembre

On attendait
Son immobilité

On attendait
Ses programmes

On visera
Sa posture péremptoire

Ainsi

Même en août
S'il se montre
On le reconnaîtra
A son pas d'été vieilli

mardi 26 juillet 2011

Les maraudeurs

Cherche bagarre
Cherche coups et blessures
Cherche couches lumachelliques des âmes tortueuses
Cherche millibars de sincérité
Cherche simagrées dûment agréées
Cherche Flamand exclusif
Cherche fourreurs
Cherche junte famélique
Cherche objets cités en titre
Cherche dompteuses de leptospirose

Toutes ces exigences, toutes ces intentions, toutes ces sueurs

Rien ne vaut le bruit des glaçons, avant tout ça, tout au début, à l'aurore des soirs conquistadors

lundi 25 juillet 2011

Blümchenkaffee

Des représentants de la partie agitée et nocturne de Berlin, méthodiques comme des taupes, avaient creusé sous elle. Sous son appartement, sous sa table de petits ouistitis en porcelaine, sous sa crédence de scarabées en lapis-lazuli, sous le pastel de son papier peint figurant des scènes ancestrales de chasse.

Des basses commencèrent à brasser l'air, à ébranler par chatouillement les bases de l'édifice, à gazéifier le sommeil de l'immeuble.

Tandis qu'elle sortait son service de tasses. Et qu'elle se réjouissait de voir se troubler l'eau de son café très clair. Parce qu'à travers l'eau brunâtre exagérément refiltrée, elle pouvait deviner la petite fleur bleue au fond de la tasse. Dans ce tremblement général, elle avait ainsi l'impression que la plante frêle bougeait sous l'effet d'un vent sous-marin. Elle aimait tenir ce mystère fragile et brûlant entre ses mains âgées.

Quelques pascals

Il aimait
Lorsqu'elle l'embrassait
Son corps pressé contre le sien

C'était comme une prière
A Blaise Pascal

La maison perchée au-dessus d'un virage

La lumière baissait
Le goudron noircissait
Ou plutôt il prenait des teintes curieuses

La maison au bord de la jetée
Dans le virage
Devenait très visible

La bâtisse aux gens venus des terres ottomanes

Qui ouvraient leurs persiennes sur l'océan
Qui nous immobilisaient
D'un coup de gond
Tôt le matin
Tôt le soir

Nom de Dieu
Que fabriquaient-ils?

Nous constations encore
Que tous les coquillages
N'étaient pas disponibles
Fin juillet début août

samedi 23 juillet 2011

Restauration rapide

Dans la restauration rapide

La vie était plutôt simple avant la tragédie

Sourire à des obèses

Respecter l'architecture des pains à étages

Regarder des équilibristes sur la Place de la Grande Armée après son service

Et si on bénéficiait d'un surplus d'enthousiasme

Cirer ses sandalettes dans la pénombre

vendredi 22 juillet 2011

Peaux

Parmi les cohortes de véhicules laiteux
Déjà leur teint cacaoté
A travers les pare-brise

Ils emportent leur soleil
Vers un autre soleil

Affirmatifs
Dans l'éclat abondant
De leurs dents blanches

C'est une conquête
C'est impératif
C'est leur tactique d'approche

Tandis que d'autres trappeurs
D'autres tanneurs
Suivent leurs pistes

Clarté

Claire passait le plus clair de son temps à siroter du clairet et à tremper ses pieds dans l'eau claire de l'étang au milieu d'une clairière baignée par le clair de lune.

Ensuite, il y eut cette histoire avec le Prince Noir, venu d'un obscur village du Kamtchatka, dont le pur-sang avait piétiné les bleuets du plan d'eau avec ses sabots métallisés. Après, la vie fut un peu plus nébuleuse.

230 volts

Il l'aimait comme dans les chansons de rock. Il y avait deux rythmes, celui du soir, celui de la nuit. Il y avait un refrain un peu con mais qui faisait du bruit. Il y avait cette tentation répétée de la bauge, à ciel ouvert, sous la pluie, infestée des nèpes les plus alcoolisées. Il y avait cet esclavage de majorette devant des démonstrations techniques. Il y avait la circulation de bijoux volumineux. Il y avait la constance du démeublement par le bris. Et au bout de tout ça, il y avait du 230 volts avec une mise à terre hasardeuse.

jeudi 21 juillet 2011

Le club très spacieux des secoueurs de main

Dans la foule, l'un secouait sa main sur sa guitare.
Dans la pénombre, l'autre secouait sa main sur son membre viril.
Dans le crépitement des flashes, un troisième secouait la main du président.

C'était comme un club. Avec beaucoup d'espace.

Robe

A l'étage de cette maison silencieuse, il chiffonna sa robe dans ses paumes. L'été lui coula ainsi entre les doigts et suivait les lignes de ses mains. Des frémissements inamovibles que ne touchait pas le vent chaud. Des surfaces froissées que ne marquait pas le plomb du soleil. Ce n'est que lorsque les insectes recommencèrent à se frotter les ailes qu'ils se dirigèrent vers les whiskys.

Sous le trait du gyrophare s'évanouissent les naïvetés

C'était un bunker
Tendance blockhaus
Aux abords rauques

Inapte à la guerre
Disaient les estimations
Des experts nés en paix

Que dire alors
De ce gyrophare
En son milieu
Carapacé de béton

Il tournait
Huilé

Il éclaboussait
De lumière verte
Les amalgames rongés d'humidité

Cétait une veille
Le mode qui tend les bonds

C'était le préparatoire perpétuel
C'était ce qui rendait la naïveté caduque

mercredi 20 juillet 2011

Vrombir

Elle revissait son pénis
Il reclipait ses seins
Elle démarrait ses mains
Il décapotait son clitoris
Elle immatriculait ses fesses
Il injectait ses lèvres

Et ils faisaient l'amour mécaniquement
Dans les cliquetis des chronographes

Près du téléphérique, au-dessus du pré

Debout
Après son goûter
Composé de tartines au beurre
Saupoudrées de condiment industriel jaune
Il s'accouda

C'était à sa fenêtre
C'était au sud-est du téléphérique
C'était l'été pourri

Après trois baillements
Après deux étirements
Il flingua
D'abord au hasard
Quelques vaches dans le pré du dessous

Ensuite la méthode le conquit
Sous la pluie
Le tas de bêtes inertes
Fumait encore un peu

Là-bas
En ville
Un animateur de radio
Lançait sur ses platines
"Vamos a la playa"

Le goûteur flingueur
Ainsi chatouillé
Sentit alors
Malgré ses efforts
Qu'il avait encore perdu
Face à sa rectocolite

Pâtés en croûte

Trois auteurs de sagas
S'agaçaient mutuellement
En mangeant des petits pâtés en croûte

Tout à leur sagacité
Ils ne prêtaient pas attention
Aux miettes de farce
qui tombaient sur la toile cirée

Jusqu'au moment où
Frontalement
Trois peintres surgirent
Au milieu de la bombance

Ils réclamaient des avis
Sur une série de lavis
Endommagés par des encadreurs
Dont les vis avaient dérapé

Vint la dispute
Les auteurs des sagas
Lancèrent le mot croûte

Les peintres
Rispostèrent
Protégés
De leurs toiles

Même à bien pencher
Sa bienveillance

Il n'y avait de croûtes
Que de pâté
Il n'y avait de toiles
Que cirées

mardi 19 juillet 2011

Hôtels

Les corps avaient déserté le lit
Ils ne pesaient plus sur le matelas
Ils ne déposaient plus rien sur les draps

La pomme de la douche ne gouttait plus
"Do not disturb" se tenait à nouveau immobile
Sur la poignée intérieure

Les emballages ne bruissaient plus
Dans la poubelle

Pincé dans la porte-fenêtre
A l'extérieur
Un morceau de rideau battait pavillon blanc
Frénétiquement
Sous le vent
Giflé par la pluie
Réclamant la paix
De cet intérieur
De ces moquettes
Dont il était privé

Avant le service d'étage
De multiples acariens
Dans cette pause humaine
S'adonnaient à la molysmologie
A travers nos draps

lundi 18 juillet 2011

La drague, et puis le couple

On menait ses pêcheries avec fracas dans les rues de la ville. On maniait ses tramails avec ferveur dans les boîtes de nuit. On ramenait du coloré, du vivifiant, de l'air, du large. On faisait voir l'éclat des grains, les secousses des caps. On montrait au grand jour sa patience à sauver les prises qui avaient engamé. De retour au port, on fendait les laminaires à petite allure, on gouvernait du coude, on manoeuvrait comme un cargo, on se regardait regardé. On savait les récits admiratifs sur son compte, sur sa régularité qui en faisait un enfant des marées. On savait la fascination pour ses ruses qui remplissaient ses paniers à pleuronecte. On aimait ravaler les pêcheurs à la mouche au rang de pleutres.

On se plaisait dans ces habits de matamore.

Une fois les pieds hors des bottes, rongés de mycoses, sur le carrelage visqueux d'humidité de sa petite maison à l'arrière des docks, une fois devant son bol de soupe de poisson, posé sur le bois putride de la table à manger, une fois l'un en face de l'autre, on s'inquiétait. On pensait aux horaires, on ne se couchait pas tard, on se permettait un feuilleton, on avait peur des réactions du chat, on ne faisait pas rentrer de boissons alcoolisées, on repassait ses chaussettes.

L'océan, dans un bocal, ne miroite plus avec mêmes couleurs.

vendredi 15 juillet 2011

Déjà 15 heures

A 14 heures 55, les oiseaux de proie fondirent sur les pique-nique familiaux. Les gaspachos ressortirent des orifices buccaux dans des spasmes stomatorragiques.

A 14 heures 55, il manquait les glaces en forme de pingouins dans le congélateur au bout de la troisième gondole du centre commercial.

A 14 heures 55, la Présidente a constaté, sur une remarque de son bras droit, que son bas droit avait filé.

A 14 heures 55, dans la voiture, elle a dégrafé son soutien-gorge.
A 14 heures 55, agile, il a pris ses seins dans ses mains.

A 15 heures, les cloches n'ont pas sonné.

Stigmates

Les connasses et les connards
Dans les brocantes
Gardent rarement les bras le long du corps

Elles et ils palpent
Dans des gestes humanitaires
Des objets
Autrefois tenus du bout des doigts

Leurs sourires s'embusquent

Enhardis, ils s'essoufflent dans l'inadéquation
Ils utilisent le mot antiquité
Au pluriel

Surtout
Leurs corps ont une dynamique
Avide

Ce sont les brocantes
Ce sont les connasses et les connards
Ce sont des stigmates

mercredi 13 juillet 2011

L'éclat des fourchettes à tourte

Dans la cave numéro 45 d'un immeuble entouré de terrains de sport, une paire de rats à poche mexicains agaçaient deux vieilles rotativistes, affairées à réargenter leurs fourchettes à tourte.

L'affaire était pénible. Les humaines frottaient, les mammifères rongeurs s'enhardissaient en de petites accélérations nerveuses. L'atmosphère chauffait.

Les deux frotteuses, expérimentées dans l'art de la chimie des mécaniques lourdes sujettes au grippage, n'y tinrent plus et allèrent fouiller dans leur armoire à réalgar.

Et puis la frénésie, qui atteint généralement les âmes travailleuses lorsqu'elles se laissent distraire, s'empara des êtres vivants de la cave numéro 45. Les poudres rougeâtres des réalgars les plus raffinés embaumaient l'air dans des nuages dodus.

Seuls quelques éclats de fourchettes à tourte ressuscitées percèrent cette nébulosité et survécurent à cette agitation.

Pendant ce temps, auprès des terrains de sport, des cannettes de boissons énergisantes pétillaient et se vidaient dans des gorges déployées et avides d'oxygène.

lundi 11 juillet 2011

La ville qui se traînait

C'était une ville qui se traînait
Les gens frottaient leur sandalettes contre les pavés

Le matin
Ils traînaient les pieds
Pour grimper dans les transports en commun
L'immobilité pédestre macérait durant neuf minutes

Le midi
Ils traînaient les pieds
Sous leur chaise au restaurant
En avant, en arrière, sans se toucher
La solitude des couples d'espadrilles

Le soir
Ils traînaient les pieds
D'un profond raclement hâtif
Vers des comptoirs
Où leurs pieds ne touchaient plus le sol
Et ils n'étaient pas les seuls

Tandis qu'au milieu du parc
Dans cette ville qui se traînait
Elle s'employait à le séduire
Avec la nudité silencieuse de ses pieds

Elle se maquillait, il la regardait

Il la regardait se maquiller
Il aimait ses manières de ballerines
Sa façon de se hisser sur la pointe des pieds
Comme si elle grandissait lorsque ses yeux s'écarquillaient

Souvent, c'était le soir
L'antichambre de sorties agitées
Le meilleur moment

Elle était la sentinelle qui le gardait de la foule

Et puis, dans l'embrasement ambré de la salle de bains
Elle se retournait
Le soleil avait perdu
Il se couchait, elle sortait

Et lui, il était déjà ivre

jeudi 7 juillet 2011

Marcher au bord des proportions et connaître le vertige

On leur remettait des imposants couteaux à scie, richement sculptés, pour couper de petits quartiers de viande perdus au milieu d'assiettes compliquées. On leur proposait des véhicules tout-terrain luxueux pour mordre parfois un bout de trottoir dans une jungle de bitume et de béton. On les incitait à acquérir, en plein mois de juillet, des forfaits volumineux pour des vacances dans des îles gérées par de jeunes mafias clinquantes.

Ensemble, nous marchions en chaussures épaisses et profilées sur le sentier goudronné du bord des proportions. Et nous nous penchions, nous nous faisions peur, nous connaissions le délicat vertige des hauteurs de la suffisance. Nous parlions beaucoup de l'opportunité de faire des gosses.

mardi 5 juillet 2011

Effondré

Il parlait aux cendres volatiles et nauséabondes de son cendrier.

- Marre de leurs silhouettes squelettiques de ravis de la montagne. J'en peux plus de leurs vêtements synthétiques à multipoches. Me font chier avec leurs réservations pour tout et rien. Qu'ils aillent se faire foutre avec leurs gosses en sandalettes de plastique doux. J'emmerde leurs céréales de bon matin. Me parlez pas de leurs techniques pour griller des légumes au bord des plans d'eau. Et pis surtout, leurs gueules, rien que leurs gueules, cette chair qui hésite entre le tannage, l'huilage et le séchage, leurs gueules d'inquiets positifs. Leurs gueules, merde.

Les cendres s'émiettaient et s'envolaient.
Ses bras s'effondraient tranquillement sous le poids de son buste.
Les cacahuètes venaient à manquer.

Surgie des toilettes, les mains encore humides, une danseuse étoile de l'opéra-ballet d'en face lui proposa de tuer le temps. Un peu. En visant les jambes.

Ils dessinèrent alors, de tête, presqu'à l'aveuglette, les dimensions du détroit de Gibraltar, sur un coin de zinc, en grattant une vieille pièce chinoise.

Et là, il eut l'irrépressible envie de porter du rose.

lundi 4 juillet 2011

Il sentait la maroute

Il possédait un magasin de chaussures
Il portait des jeans serrés
Pas tout à fait moulants

Il avait un grand nez
Il nageait en slip de bain
Très étriqué

Ce qui déstabilisait
Jeunes femmes et maîtres-nageurs
C'est qu'il sentait la maroute

Nous irons

Nous irons poser nos pieds
Sur le bitume encore chaud
D'avant le soir, d'avant l'apéritif

Nous irons ouvrir la bouche
devant les voitures rapides

Nous ouvrirons nos bras
Nous nous retiendrons
Plusieurs fois, à la limite

Nous rentrerons court vêtus
Dans des établissements publics
Nous réclamerons des alcools forts

Nous reprocherons la proximité de l'automne
Au premier poivrot

Nous caressons nos cheveux caniculaires
Devant les fontaines de la ville

Et nous n'aurons de cesse
De reprendre la route
De la campagne

Pour écouter le son pudique du mélèze
Pour comprendre à nouveau
Pourquoi nous ne nous calmons pas

Nous irons faire tout ça
Avant de passer à la banque

Auprès du carillonneur

Chaque mardi soir, la vendeuse de la caisse numéro 6 du centre commercial principal, celui-ci-là-lui-même après le parc aux chiens, montait rejoindre son jeune amant, carillonneur de la paroisse, dans le clocher de la mini-cathédrale de Gueuzens-la-Gigoule. Arrivée sous les grosses cloches d'airain, elle respirait fort. L'étain et le cuivre répercutaient ces bruits de narines. Ainsi, tout ça ressemblait à un ricanement.

Alors qu'elle s'occupait de la cause de la distension des micro-fibres de l'étole pubienne de son compagnon, ce dernier aimait à dodeliner de la tête en compagnie des pigeons qui se soulageaient à proximité.

La soirée se terminait régulièrement par quelques "Petits Filous" goût fraise, engloutis au moyen de cuillères en plastique.

Tandis qu'au bas de la mini-cathédrale de Gueuzens-la-Gigoule, les embouteillages perdaient tranquillement de la puissance.
Tandis que dans l'obscurité, une mouche s'immobilisait brièvement sur le tapis roulant déserté de la caisse numéro 6 du centre commercial principal, celui-ci-là-lui-même après le parc aux chiens. Et reprenait son vol sur une impulsion incompréhensible.

vendredi 1 juillet 2011

Le seuil de la percolation

En quelques mois, il s'était constitué son petit parcours. Un circuit qui alternait entre hautes herbes sèches, sous-bois humides et bitume délavé. Régulièrement, lorsque son hypothalamus et son hypophyse libéraient des endorphines et que celles-ci descendaient le long de son corps mouillé, lorsque sa vue brouillée par les sels minéraux se transformait en hébétude, il délirait un peu. Il imaginait des fantassins, des services de sécurité, des muscles se contracter dans des juste-au-corps noirs. Il baignait dans une ivresse présidentielle.

Un jour, une jeune femme le dépassa, en foulées courtes et légères. Elle occupait peu d'espace. Il fixait son regard sur sa queue de cheval, blonde. Qui balançait comme un métronome. Qui dégageait un violent déodorant bon marché. Qui expulsait probablement des gouttes invisibles, à la manière d'un vieux vaporisateur à pompon.

Le soir, redevenu sec, il s'égara à fracasser contre le mur intérieur de son garage quelques douzaines de bouteilles de vodka. Il se plaisait dans ces éclats. Il questionnait le seuil de la percolation.