Le périmètre des carburatrices

jeudi 29 septembre 2011

Que

Celui au prénom de viking dégoisait.
Comme quoi il sautait des gonzesses comme on saute des barrières. 

Que des fois ça se fait tout seul, dans le vent frais du soir. Que d'autres fois on est trop raide et qu'on se la mange en pleine gueule. Que même, des fois ça va bien, qu'on croit, et puis qu'après on s'aperçoit d'une écharde dans le pouce. Que seule Man Ju sait enlever. Parce que les autres y'a que les mains grosses avec lesquelles on les bondit qui les intéresse. Qu'après la barrière, l'herbe c'est pas toujours ça. Rapport au piétinement, que de la boue parfois. Et qu'on rentre et que Man Ju est pas contente des états pas possibles dans quoi on se fourre. Mais qu'on essaie de lui dire que c'est les secondes qu'on est dans l'air qui comptent. Que les cloques du corps, ça faut percer.

Celui au prénom de viking dégoisait.
Comme quoi on sautait des barrières comme il saute des gonzesses.

Ballerines

Twistée du corps
Te voir chausser tes ballerines
De l'index
Et entrevoir la possibilité de voler en marchant

Le soir se rapproche à vive allure
La pénombre se radine à grands pas

ADMINISTRATIONS - Episode 6

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"C'est pas possible ce qu'ils peuvent être spéciaux, c'est un état d'esprit, les gens de la République démocratique de Z."

Les salariés de la section "Contentieux Ouest" du Service d'encaissement des contributions se figèrent. C'était la voix de Jocelyne F. Différente. Comme portée par un écho indéfinissable. Presque assourdissante. Une Jocelyne F. qui serait soudain devenue une géante.

- Jocelyne?, avança Jean-Jacques K.
- Quoi? C'est pas moi!
- On aurait dit ta voix.
- Non, c'est pas moi.
- C'est leur machin dehors, hasarda sans conviction et mécaniquement Jean-Claude E. Il faisait référence à des porte-voix qui n'existaient pas car la situation se poursuivait en véritable chasse à l'homme dans les rues adjacentes à la Place du Général D.

"Moi, je peux pas, leur tête quand ils viennent au guichet, rien que ça, je leur foutrais des gifles, c'est plus fort que moi."

- Jocelyne, tu te calmes! Jean-Jacques K. s'aperçut qu'il hurlait.
- C'est pas moi, nom de Dieu, c'est pas moi!

Le personnel se resserra un peu. Mouvements de groupe imperceptibles à hauteur d'homme.

"Ils intègrent la nationalité? Ouais, ça me fait pisser aux culottes! Comme je dis toujours, ça fait peut-être un citoyen de plus, mais pas un ressortissant de la République démocratique de Z. de moins!"

Jean-Jacques K. avait observé Jocelyne F. au même instant. Elle n'avait pas desserré les mâchoires. Il n'était pas le seul à s'en être aperçu. Les salariés ne s'occupaient plus du tout de ce qui se passait dehors. Jean-Jacques K. décrocha son téléphone et souffla à la standardiste de lui passer immédiatement Monsieur le Conseiller général P., directeur du Service d'encaissement des contributions.

A suivre.

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Dans leurs brasiers

- Tu as froid?
- Non, j'ai chaud.
- Pourtant, tu frissonnes...
- Quand tu m'embrasses, tu m'enlèves une "s".

mercredi 28 septembre 2011

Au garage

Elle était blonde, elle était grande, elle venait de la centrale de Stuttgart, elle fixait chacun d'entre nous avec ses yeux. D'un bleu qui  nous donnaient l'envie d'être un peu marin. Juste un soir, Nina. On mettra les voiles, même pas le moteur, pour sortir du port. Elle nous regardait riveter, serrer, visser, décrasser, redresser les dessous de capots. C'était bon, les après-midi sous le regard de Nina, au garage.

Jean-Claude

Il évoquait les accointances des femmes avec le chocolat.
Comme on parle de l'Italie et des dragueurs, du Brésil et de la décontraction, de l'Allemagne et des saucisses.
Les deux pieds dans le folklore.

lundi 26 septembre 2011

Bar de gare

Des êtres de panmixie se pressaient contre le comptoir.

Dans leurs têtes, ils savaient ce qu'ils désiraient. Ils peinaient pourtant à se décider pour un latte macchiato ou un cappuccino, ou peut-être un dry caramelito spécial Nicaragua. Enfin, de la caféine festive pour célébrer le matin et les bruits de ferraille qui pesaient sur leurs âmes. Dans le soupçon général du dérèglement progressif des trajectoires générationnelles.

Au-dessus de ce vacarme feutré trônait la représentation d'une Italie de places Saint-Marc, de mobylettes, de costumes clairs et droits, de stylos en résine foncée et de caféine serrée. Au centre, une immobilité sombre, au regard hors-champ, une décontraction inespérée au-dessus de cet after de l'aube. L'homme de l'affiche dégageait une mélancolie agressive, entraînée à convaincre, à soumettre la dégustation.

Pourtant à la maison il laissait des traces au fond de la cuvette.
Pourtant at home il n'assurait pas régulièrement l'hygiène de son appareil génital.
Pourtant zu Hause il gaspillait l'eau.

Bars de gares, la parole muette des êtres d'affiche face au verbe magmatique des êtres de panmixie.
Bars de gares, brouhaha aphone.

dimanche 25 septembre 2011

Rails

A très grande vitesse
Les salariés en couple, individuels, en famille
Côtoient des cimetières au fond de micro-vallées
Tandis que des titres de transports
S'agitent au-dessus de calvities indéfinies
Autant de ferveur vers les mâchoires des poinçonneuses
Des offrandes à un dieu de la glisse

Obscurité

Madame,
Je veux vous dire ce soir
C'est déjà cette nuit

jeudi 22 septembre 2011

Secousses

La magnitude de ses jambes nues
Posées sur le tableau de bord
Lui fit découvrir que rien en lui
N'était antisismique

ADMINISTRATIONS - Episode 5

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Jocelyne F. justifia son appel à la sécurité parce que Benoît T. "avait dépassé les limites. On ne devait pas profiter de faire peur aux gens en blouson de cuir noir, comme souvent lorsqu'il s'agit de ressortissants de la République démocratique de Z., d'ailleurs". Deux hommes en uniformes vert de la compagnie C. s'étaient approchés doucement du "perturbateur" pour ensuite plaquer fermement son visage contre le comptoir. Ils le maintinrent les bras repliés dans le dos jusqu'au bas de l'immeuble. Ils restèrent en faction devant la porte tournante une demi-heure après avoir perdu "le contact visuel" avec le "fauteur de trouble".

C'est Jocelyne F. qui actionna le processus de dérivation du dossier de Benoît T. Les documents le concernant avaient ainsi été transférés dans une salle spéciale regroupant "les cas difficiles". Dès lors, un nouveau numéro de classement avait dû être créé, en complément du "numéro racine". En clair, et conformément à la procédure, tout nouveau mouvement du dossier devait être validé par une commission de cinq personnes avant de pouvoir être "quittancé". Dans l'ordre hiérarchique suivant: Jocelyne F., Jean-Jacques K.et les trois membres du Directoire opérationnel dont faisait partie Monsieur le Conseiller général P.

Quelques jours plus tard, un juriste indépendant, visiblement une connaissance de Benoît T., d'après le rapport de deux enquêteurs externes mandatés par la "commission spéciale", adressa une demande de révision du dossier. L'organe compétent émis à l'unanimité un "préavis négatif", motivant "un dénigrement agressif vis-à-vis de fonctionnaires d'Etat dans l'exercice de leur mission."

La section "Contentieux Ouest" du Service d'encaissement des contributions déferra ensuite le dossier au "groupe taxation à risque" jusqu'à "l'émission des décomptes finaux pour l'année courante."

Ce matin pourtant, sur les grandes dalles de béton ciré qui constituaient la Place du Général D., le dossier de Benoît T. "semblait connaître un nouveau rebondissement", songea Jean-Jacques K., en observant le déploiement des forces de sécurité vers le coupe-vent orange de la société Happiness is rising.

Visiblement, l'ensemble du personnel de la section "Contentieux Ouest" du Service d'encaissement des contributions ne semblait pas tranquille. Il ne s'agissait pas d'effroi face aux violences extrêmes en cours. Plutôt un malaise. Celui qui poursuit les familles traditionnelles jusque dans leur voiture, le samedi matin au retour du supermarché. Parce qu'elles ont cédé à d'autres familles leur caddie contre deux euros, alors qu'elles savaient que le chariot avait été déverrouillé avec une simple pièce métallique.

Nous connaissions ce malaise. Nous avions tout vu. Nous avions tout entendu. Nous avions assisté à tout. Nous savions pourquoi. Alors nous avons décidé de parler.

A suivre.

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Le ravitailleur

Droit sur sa gabarre
Au milieu des boîtes de conserves
Des haricots verts, du corned beef

Il ravitaillait en silence les gabions
Qui cueillent le gibier d'eau
A chaque accalmie

Clara lui apparut alors dans le brouillard
Comme l'autre soir lorsqu'elle mangea sa pêche melba avec désinvolture
A la table de ce restaurant de chochottes

Dans ce pays, les activités d'automne rendaient complètement cinglé
On était déjà le 10 octobre
Ou le 12

mardi 20 septembre 2011

Karl

Karl aimait regarder les fesse-mathieux promener discrètement leur main droite sur les buffets froids des banquets, des bamboulas et des raouts de Basse-Saxe.

En voyant ces mains, Karl pensait aux libellules survolant des étangs opulents, avant les prédateurs.

Karl les imaginait ensuite chipotant sur les corsages de filles de maison dans des chambres uxorilocales. Fécondes des sabayons précédemment détournés.

Karl savait qu'il s'agissait de la naissance d'un genre.

ADMINISTRATIONS - Episode 4

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Le cas de Benoît T. s'était accéléré quelques semaines auparavant et avait rapidement dégénéré en "affaire". En clair, un sous-dossier avec numérotation spéciale avait été créé. Les courroies d'entraînement des systèmes rotatifs de classement, déjà surchargés, en bavaient. Ce qui avait justifié une intervention de Julien A., chef de la centrale d'achat du district. Dans un courrier électronique adressé aux ressources humaines et transféré à l'ensemble du personnel, il avait fustigé "l'insouciance crasse et récurrente de la section "Contentieux Ouest" du Service d'encaissement des contributions vis-à-vis du matériel et des infrastructures."

Jean-Jacques K., convoqué dans le bureau de Monsieur le Conseiller général P., directeur du Service d'encaissement des contributions, avait failli perdre ses nerfs. Il estimait qu'il fallait "se donner les moyens administratifs d'appliquer les consignes réglementaires. Elles-mêmes servaient à contenir les débordements des contribuables, exponentiels à la dégradation de la situation économique." En clair, il fallait oser créer de nouveaux dossiers "dans un esprit proactif qui doit caractériser l'administration de demain."

Benoît T. avait ainsi "monstre foutu les boules à tout le monde", comme se plaisait à le rappeler la réceptionniste Josiane M.

Il y a environ deux mois, il était venu au guichet demander un arrangement de paiement pour des impôts échus depuis un an. Il souhaitait régler en neuf mensualités le montant de 1540 euros. Jocelyne F. avait expliqué qu'elle ne pouvait accorder que trois mensualités. Benoît T. avait argumenté qu'il était veuf avec deux enfants de 7 et 10 ans à charge et que son salaire d'automaticien, partiellement imposé à la source, ne lui permettait pas d'honorer de manière régulière l'ensemble de ses contributions. Jocelyne F. avait répété qu'elle ne pouvait accorder que trois mensualités. Benoît T. était "resté un moment silencieux, ce qu'on n'aime pas trop, si tu veux bien dire", avait ensuite précisé Jean-Claude E. qui assistait à la scène depuis l'île voisine de l'open desk.

Jocelyne F. avait terminé l'échange en signalant à Benoît T. qu'il recevrait "prochainement par courrier postal" des nouveaux bulletins de versement adaptés.

Quelques jours plus tard, Benoît T. remportait 2000 euros au loto national. Lorsque son compte fut crédité de cette somme, il effectua rapidement un versement unique de 1540 euros au Service d'encaissement des contributions.

La section "Contentieux Ouest" le rappela pourtant la semaine suivante, date d'échéance de la première des trois mensualités. "Ils" n'avaient pas reçu de paiement." Benoît T. s'en étonna vivement et expliqua sa démarche. "Mais vous n'avez pas utilisé les trois bulletins que nous vous avons remis?" Effectivement, Benoît T. avait jugé préférable d'effectuer son virement avec le bulletin qui mentionnait l'entier de la somme due. "Ce bulletin n'existe plus dans notre base de données, Monsieur. Les trois nouveaux bulletins ont été codés pour nous permettre d'assurer la traçabilité de l'arrangement de paiement qui vous a été octroyé."

Benoît T. s'était vite aperçu que personne, au sein de la section "Contentieux Ouest" du Service d'encaissement des contributions, ne pouvait précisément dire où se trouvaient actuellement les 1540 euros qu'il avait versés.

Benoît T. décida alors de revenir de sa propre initiative au guichet pour montrer la copie du bulletin qu'il avait utilisé. Ainsi le malentendu serait vite dissipé. "Ce bulletin n'existe plus dans notre base de données, Monsieur. Les trois nouveaux bulletins émis ont été codés pour nous permettre d'assurer la traçabilité de l'arrangement de paiement qui vous a été octroyé", lui répéta Jocelyne F.

Benoît T. franchit d'un pied en avant le cordon rétractable de sécurité devant les guichets.  Jocelyne F. recula près de la destructrice de documents. "Ce bulletin n'existe plus dans notre base de données, Monsieur. Vos trois nouveaux bulletins ont été codés pour nous permettre d'assurer la traçabilité de l'arrangement de paiement qui vous a été octroyé", répéta-t-elle, plus fort et plus lentement, comme le font certains guides touristiques.

Benoît T.eut alors un geste. "Il a tapé sur le comptoir", rapporta Jean-Claude E. "Il a fait taper ses bagues contre le guichet", estima Josiane M.

A suivre.

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Au moment des mignardises

Lorsque les mignardises arrivèrent
Il sentit comme une faim surprenante

Il avait à peine touché à son sandre
S'aperçut-il

Tout absorbé
Par la volumétrie des testicules envahissantes d'un landseer
Couché aux pieds d'un couple de quinquagénaires
Qui se faisaient mutuellement goûter leurs mousses au chocolat

lundi 19 septembre 2011

Les mirliflores

Mirliflores en automne
Dans les centres commerciaux
C'est un métier
C'est une technologie

Parce que c'est difficile
D'actionner par la parole
Les surfaces mafflues
Sur les visages repus
Des dandineuses et des dandineurs
En leur faisant palper de la savonnette
De celle qui sent
De celle qui leur rappelle le restogrill
La Provence emprisonnée dans les vécés des pétroliers
Sur la route vers leur eden préfabriqué
Face à la piscine, dos à la mer

Mirliflores en automne
Dans les centres commerciaux
C'est un métier
C'est une rectoscopie

Extraire
Des corps ruminant
Des caractères boueux
Le grognement de satisfaction
Recroquevillé sous l'avancée de septembre

samedi 17 septembre 2011

Reprise

Bloquer l'ascenseur
Un matin de rentrée
Et retourner se coucher
C'est déjà beaucoup

vendredi 16 septembre 2011

Vers le soir

Nous descendions vers le soir
Ebouriffés d'étreintes

Nos corps lacérés de soleil
Dans la tiédeur du Costes
Neutralisaient la climatisation

En bas sur Saint-Honoré
Des moteurs diesel
Nous rappelaient les tapis silencieux
Des autoroutes de la Beauce

Nous descendions vers le soir
La nuit montait en nous

jeudi 15 septembre 2011

Trois singes et deux haquenées

Trois singes d'Asie
Le regard ancré au fond de leur corps trapu
Musclaient leurs grandes abajoues

Ils se préparaient à rire

Devant la nonchalance de deux haquenées
Qui piétinaient comme des connes
La surface fraîchement macadamisée
D'une aire de repos des Sables d'Olonne

Oh mon capitaine

Sur les eaux du Canal de la Sensée
Tu aimes fumer de la marie-jeanne
Sur ta marie-salope
En caressant
Les maries-louises toilées
Qui ornent les portraits de Marie-Thérèse, Marie-Vérène et Marie-Hortense

Tes trois tantes aux visages burinés
Tresseuses de paille
Des bois de Bénéjacq

Ecrasées par un poids lourd
Au bord de la D 345, le 21 novembre 1983 à 14 h 55

mercredi 14 septembre 2011

ADMINISTRATIONS - Episode 3

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Les fourgonnettes des principales chaînes de télévision commençaient à déployer leurs antennes paraboliques dans les rues adjacentes. Des êtres en tailleurs et en costumes, avec des cravates voyantes et des cheveux teints, couraient maladroitement. Ils ne savaient visiblement pas s'ils devaient rester debout ou se baisser.

Le "malade mental", comme reformulait Jocelyne F. collée contre la vitre, fit un grand geste du bras en direction du sas des distributeurs automatiques d'argent. Dans une chorégraphie similaire à celle des anciens semeurs-laboureurs bretons. Peu après, les vitres volèrent en éclat. Deux masses humaines titubèrent un peu en cherchant à s'extraire du brasier, avant de s'effondrer sur les débris.

Le coupe-vent imperméable orange se dirigeait maintenant vers une ruelle obstruée par des véhicules de médias. Une présentatrice n'eut pas le temps de s'abriter de la prochaine rafale. Le cameraman qui essayait de tirer le corps de la jeune femme à l'abri se fit également surprendre par un nouveau jet de grenade.

- T'as vu qui c'est, souffla Jean-Claude E.
- C'est ce jeune aux cafés, trancha Jocelyne F.
- Ouais, aussi, mais comment ce qu'il faut dire, c'est lui qui a débarqué l'autre jour au guichet.
- Me rappelle pas. T'as son nom?

L'échange avait attiré Jean-Jacques K. Il demanda si quelqu'un connaissait effectivement cet homme. "C'est le type qui a débarqué l'autre jour au guichet", ânonna Jean-Claude E.

Personne ne pouvait sortir un nom.

"C'était mardi, j'avais fait ma nouvelle teinture lundi, il la trouvait bien. C'est Benoît T.!", lança soudain dans un enchaînement Josiane M., réceptionniste à 50%.

Là, il y eut comme un bref arrêt, une coupure. De celle qu'on trouve parfois durant l'été, au fil des litanies électro dans les bars des plages varoises.

- Celui de la République démocratique de Z., hasarda Jean-Jacques K.
- Les bulletins codés, articula au ralenti Jocelyne F.
- Les préavis négatifs, enchaîna Jean-Jacques K.
- L'odeur de cuir mouillé, précisait Jocelyne F.

A suivre.

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mardi 13 septembre 2011

Sur l'oreiller

Ecouter ses cheveux
Murmurer
La nécessité de son parfum

lundi 12 septembre 2011

ADMINISTRATIONS - Episode 2

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Jocelyne F. se dandina vers les baies vitrées. Depuis que Juan, son petit-fils, lui avait offert des pantoufles de plastique mou, doux et rose, il semblait à Jean-Jacques K. que ce balancement rondelet du corps s'accentuait. "C'est le top pour mes maux de dos", avait-elle sifflé devant ses collègues.

Tant et si bien qu'au moins quatre paires de chaussures similaires se mêlaient maintenant aux traditionnelles baskets de nubuk du dress code administratif traditionnel et s'agglutinaient contre les parois vitrées pour regarder "ce que c'était au juste. Parce qu'on dirait vraiment comme des coups de feu."

Le silence s'empara soudain de la section "Contentieux Ouest" du Service d'encaissement des contributions. Sur les grandes dalles de béton ciré qui constituaient la Place du Général D., un homme faisait le vide autour de lui. Il tenait une arme de type AK-47, selon Jean-Claude E., apprenti au service de la calculation et "fan de jeux vidéo extrêmes mais bien réalisés."

Le tireur se tenait pratiquement arc-bouté, le dos cambré, la bouche ouverte. On devinait sa langue légèrement repliée. Jean-Jacques K. repensa alors à ces marsupiaux qu'il avait vu dans des reportages sur les chaînes spécialisées, durant ses insomnies. Ces animaux agiles se servaient généralement de leur queue comme balancier pour rétablir leur équilibre.

Il y avait déjà une bonne dizaine de corps à terre. L'homme tournait sur lui-même en arrosant les alentours. Des balles perdues se fichaient dans les murs de molasse de la vieille ville de B. L'ensemble des salariés de la section "Contentieux Ouest" du Service d'encaissement des contributions, désormais aux fenêtres, hurlèrent lorsqu'une balle éclata sur une des vitres blindées du bâtiment administratif, juste sous leur nez. Elle laissa une tâche irisée de verre pilé, rappelant "les moustiques qui s'éclatent contre le pare-brise sur l'autoroute", lâcha Jean-Claude E., qui étudiait actuellement le Code de la route en vue de l'obtention de son permis de conduire.

A nouveau concentrés sur la Place du Général D., les salariés aperçurent "le terroriste", comme beuglait Jocelyne F., qui se dirigeait vers le sas de distributeurs automatiques d'un établissement bancaire au nord de l'esplanade. La surface de béton ciré était désormais piquée de taches luisantes et rougeoyantes.

Cheminant dos aux baies vitrées de la section "Contentieux Ouest" du Service d'encaissement des contributions, l'homme laissait apparaître le logo de la société de maintenance Happiness is rising, imprimé sur son coupe-vent imperméable orange.

A suivre.

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vendredi 9 septembre 2011

ADMINISTRATIONS - Episode 1

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Leur machine à café était tombée en panne. Depuis le début de la matinée, les humeurs se resserraient, à la manière des huîtres qui se rétractent lorsqu'on les titille avec une fourchette. On voyait les salariés se lever plus souvent, agiter des dossiers, claquer les tiroirs de leurs bureaux Lista.

On pouvait dire que la section "Contentieux Ouest" du Service d'encaissement des contributions était en effervescence. Jean-Jacques K., chef d'étage, prenait la situation très au sérieux. Tout pouvait lui "péter à la gueule", avait-il confessé dans un murmure pensif, devant la reproduction d'une eau-forte collée sur le bord de son écran d'ordinateur. Elle représentait un écureuil roux d'Eurasie. On se faisait prendre à chaque fois: on jurait que cet animal souriait. Alors qu'il ne s'agissait que d'un rictus de protection remontant de ses pattes agrippant une noisette encore verte.

Jocelyne F., secrétaire adjointe du Conseiller scientifique aux finances participatives, avait déjà pénétré trois fois dans son bureau. Car elle "ne comprenait pas pourquoi il peinait à solutionner la situation." Elle estimait que "c'était du grand n'importe quoi."  Elle avait même évoqué le terme "rapport interne".

Il réitéra ses appels téléphoniques à la société Happiness is rising, chargée de la maintenance des machines à café des administrations publiques du district. Le collaborateur était toujours "en dépannage. Mais nous lui adressons de suite une notification d'intervention sur le guidage électronique de son véhicule, Monsieur."

Jocelyne F. était naturellement la subalterne de Jean-Jacques K. Les dispositions hiérarchiques semblaient pourtant éclater. La crise semblait soudainement hors de contrôle. Autour de certains îlots de l'open desk de l'étage, les pensées se lisaient pratiquement sur les visages. Et il était probable qu'elles réclamaient l'intervention de Monsieur le Conseiller général P., directeur du Service d'encaissement des contributions.

C'est à ce moment-là que plusieurs salariés ont affirmé percevoir des détonations à l'extérieur du bâtiment.

A suivre.

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jeudi 8 septembre 2011

ADMINISTRATIONS - Série

"Celui qui aura révélé un secret à lui confié en sa qualité de membre d’une autorité ou de fonctionnaire, ou dont il avait eu connaissance à raison de sa charge ou de son emploi, sera puni d’une peine privative de liberté de trois ans au plus ou d’une peine pécuniaire."
Code pénal suisse, article 320, alinéa 1.

Zum Wohl

Odeurs de kimonos mouillés chez les buveurs de bière.

Ils tripotent leurs cheveux gras dans l'indécision météorologique de la fin de l'après-midi. Des gestes presque perdus, vaguement reproduits d'un reportage au fond des magnaneries de la basse Asie.

Parfois on isolerait un rythme. Comme une éructation incomplète, comme un mélange gazeux instable. 

La raie de leurs fesses surgissant de leurs pantalons flasques, une marque distinctive, un symbole de ralliement. Leur bras droit posé à plat sur la table, couché comme un chien soumis. Et l'autre, le gauche, qui dit n'importe quoi dans l'air, qui pompe une pensée qui ne vient pas. Alors des rasades violentes contre leur âme rongée d'aridité.

A leurs pieds, des chiens tout aussi chargés, attendent de reprendre la route, dans le pas éruciforme de leurs maîtres.

vendredi 2 septembre 2011

Marcel

Fendre l'air parmi les plateaux de fruits de mer
Jouer des épaules
Mélanger son eau de toilette aux odeurs de marée

Une fois hors de la brasserie
Sous la marquise écrasée de pluie
Sortir ses cigarettes de luxe

Les couleurs de la nuit laissaient apparaître son marcel
Sous sa chemise embrumée de volutes

Les dîneuses
Celles qui pratiquaient plutôt le mot débardeur
Songeaient à l'homme
Celui des après-midi pourpres et clandestins
Celui qui arrive d'on ne sait où, au juste

Tandis que leurs langoustines
Repartaient en cuisine
En carcasses

Au lit

Lorsqu'il faisait l'amour
Il parlait des oiseaux

C'était vite lassant

Les petites frappes reviennent

Elles s'égosillent de broutilles

Elles ne connaissent pas le murmure

Elles surjouent la conviction

Elles gaspillent leur énergie
Comme on s'éclabousse d'eau

Dans ces minutes plus tièdes
De la saison chaude
Les petites frappes
Refont un tour

jeudi 1 septembre 2011

Les petites frappes

Presque montées sur ressorts

Dodelinant de la tête comme les macareux moines
Qui scrutent les prédateurs sur la falaise

Des mines de fouines
Des haleines rances de houblon

Leurs veines inondées
De produits de marionnettistes transatlantiques

Elles respirent par saccade
Comme un sursaut qui fait parler
La quincaillerie de leur cou

Ce soir
Traversant la saison chaude
Les petites frappes sont de sortie