Le périmètre des carburatrices

mardi 29 novembre 2011

Dès lors

Il exploitait "dès lors"
Comme on tirait sur un soda

Creusant ses joues

Des convulsions
Des aspirations
Tout un tralala

Les bonbonnières

Touiller dans les bonbonnières
Avec l'aisance du soleil
Qui se lève en inondant nos espoirs burinés

Tandis que nos gorges croient savoir chanter
Dans l'excitation du froissement des petits papiers lumineux

Granny Smith

Il levait les yeux au ciel
Parce que les prunes légères volent mieux que les pommes

A la fin de la nuit
Il n'avait toujours pas de confirmation

Ce météore, qui bavassait sans doute au fin fond de l'univers
Prenait son temps

Il le faisait languir
Comme on espère le souffle d'une robe de bal

jeudi 24 novembre 2011

Hémisphère nord

Au-dessus de ces gros fruits tropicaux
Parmi ces étals
Il y avait tes seins
Tu m'accueillais au-dessus de l'équateur

mardi 22 novembre 2011

Charmeoffensive aus der Bank

Un vieux banquier sifflait en respirant

Dans ces courants d'air otorhinolaryngophagiques
Ou phagiaques
Ou phagiens
Il aspirait quelques nénettes
Qui miraient leur ego au milieu du cercle d'or de ses lunettes

Un vieux groupe d'Allemagne de l'Est
Distillait "Charmeoffensive aus der Bank"
Dans les écouteurs d'un toxicomane
Un peu plus à l'écart

Derrière nos assiettes

Nous tremblions derrière nos assiettes de Limoges
Nous ne le savions pas
Nous étions de petites choses fragiles
De petits êtres qui faisaient saliver
La vie et ses sénateurs

Et le programme était clair
Il faudrait bientôt
Manipuler des couverts en plastique
Et trouver ça bien

lundi 21 novembre 2011

Pépé Paul

A bord de sa berline
Pépé Paul filait sur la cantonale
Il regardait droit devant lui
Il était sûr de son bon droit

Pépé Paul allait au marché
Ou en revenait
On ne savait pas au juste

Nous le regardions filer
Nos corps jeunes, malades et tapis
Au fond de notre véhicule surbaissé
Tentaient de ranimer nos mégots

Nos langues débusquaient les dernières gouttes de nos canettes
Puis nos yeux revenait sur Pépé Paul et son allure de bon droit

Nous pensions à son plan retraite
Nous pensions à ses efforts
A l'origine de sa droiture

Et puis nous accélérâmes
Et nous coupâmes Pépé Paul dans son élan
Nous cassâmes ses droites trajectoires
Nous l'éparpillâmes

Désossé sur la chaussée
Pépé Paul n'était plus au complet

Nous sortîmes de notre bolide déglingué
Nous prîmes nos bites dans nos paumes
Nous surprîmes le croisement jaune de nos urines

Pépé Paul, que n'avez-vous regardé
Dans le caniveau
Dans le fossé
Sur les bas-côtés

jeudi 17 novembre 2011

Wagon

Elle gueulait en italien dans son téléphone portable
J'actionnais un arrêt d'urgence
Je balançais son appareil hors du wagon

Maintenant un trépané parlait aux taupes
Dans le bruissement des feuilles mortes

Notre courage

Prenons notre courage à deux mains
Puisqu'il a peur
Puisqu'il se débat

Voici la voirie et ses stigmates

Organiser sa subsistance
Au pied d'un piquet à neige
Se réjouir de sa phosphorescence
À trois heures du matin
Dans les rugissements de la voirie

Lorsque le soleil sera haut sur l'horizon
Des empreintes dentaires circuleront
Au milieu de bâtiments d'acier
Dans les mains d'êtres frêles
Friands de cafés viennois
Ou de préparations tout aussi spectaculaires

En cheminant à l'extérieur de ces capsules
Nous repenserons à notre piquet à neige
Nous répondrons aux signes muets
D'un vieillard s'adressant à sa carafe

Nous préparerons
La transition
De l'incandescence à la phosphorescence
Ivres de l'absurde désir de commander aux flocons

dimanche 13 novembre 2011

Sapristi

Il se leva tôt
Il mit ses chaussettes neuves
Il enfila son vieux bonnet
Il laça ses chaussures épaisses
Ainsi équipé
Il était prêt à faire un usage fréquent
Dans les salons de thé de la ville
Du mot "sapristi"

samedi 12 novembre 2011

Outils

Je voulais désosser le ciel
Je chipotais devant ma boîte à outils

vendredi 11 novembre 2011

Les petits plats

- I will survive.
- Tu n'huiles rien du tout. Tu finis ton potage et tu files au lit.

11.11.11 à 11.11

Le monde se levait
Très parallèle
Très droit

Je foutais la merde
Je me penchais
Je me courbais
Pour te réveiller
D'un baiser

La chemise

Plonger dans cette chemise
Arrivée par courrier rapide
Et chercher ton parfum

Ensuite
Se mettre en route
Comme on traverse le désert pour de l'eau
Jusqu'à ton puits
Et la remplir de toi

Sortie

Nous piccotons

La porte s'ouvre
Pas même un grincement
Ralentie et silencieuse
Comme celle d'un sas
Le soleil lèche déjà
Le dallage
Bientôt
Il atteindra nos pieds
A nouveau

Nous piccotons

jeudi 10 novembre 2011

Les vautours

Les vautours ont découvert le Nord
Ils viennent haut sur le continent
Ils survolent nos pourrissements
Ils ont senti nos allées et venues putrides
Ils nous scrutent cachés derrière le climat

Les excités face au silence

Ils se mettent en tête
De croquer le silence

Qu'ils exercent
Plutôt
Leurs mâchoires
A le gober

Le cosmonaute et le touriste

Le cosmonaute
Prend la pose
Cherche la même image
Que ses semblables
Avant lui
Sur la Lune

Le cosmonaute
Comme le touriste
Devant les chutes du Niagara

mercredi 9 novembre 2011

Extractions

Durant l'été
Des bandes armées
A bord de voitures effilées
Interceptaient des véhicules surélevés

Principalement sur les voies rapides

Elles en extrayaient leurs conducteurs obèses
Avec l'agilité de la fourchette
Qui va cueillir l'escargot
Cuit dans sa sauce
Recroquevillé dans sa coque

Blocage

Ils ne pouvaient rien faire
Sans la racine de son numéro d'assurance vieillesse et survivants
Disaient-ils
En pressurant leurs compères-loriots sous leurs lunettes
Or donc
Elle allait devoir s'équiper
Pour sonder les couches bathyales
De l'administration fédérale

Du temps de la station Mir

Ils les entendaient rire
Elles s'échangeaient leurs bibis
Dans les cagibis
De la station Mir

Dans l'air

Je suis arrivé en retard
Il ne restait plus que l'odeur de tes cheveux
Elle flottait dans ce café
Comme des altocumulus castellanus
Elle annonçait un dérèglement

mardi 8 novembre 2011

Le congrès

Au moment des suprêmes de dindonneau aux chanterelles
L'aède renversa son verre sur le gilet du rhapsode
Le rhapsode se leva et bouscula le trouvère
Le trouvère rata son soufflet qui atteignit le troubadour
Le troubadour prit le griot sourd-muet à témoin
Le griot sourd-muet mima six sizains obscènes
Bref, ça dégénéra sévère
La sécurité menaça de sortir les sloughis

Dans la chambre à côté

Le monde est en fête
Le monde monte le son
Le monde piccole
Le monde baise

C'est difficile de se concentrer
Dans la chambre à côté
Alors qu'on essaie de mettre au point une fusée
Pour se barrer

Au train des blaireaux

On a roulé calmos
Puis on s'est saoulé
En ouvrant nos thermos

On est rentré à pieds
Puis à quatre pattes
Comme des blaireaux

Les chaussettes du sénateur

De jeunes anarchistes s'esquintaient les mains
Contre des vitrines d'un luxe international
Comme des guêpes, prisonnières d'une bouteille de soda
La passe est étroite pour sortir de là
Me disais-je en caressant mes chaussettes reprisées
De belles chaussettes ocres et cendrées
Des chaussettes de sénateur

lundi 7 novembre 2011

Le gnome et l'obscurité

T'es qui bouffon
Hurla le gnome sous sa casquette

Dans la nuit
Des rafales tracèrent des lignes
A sa rencontre

L'obscurité rappelait qu'il ne fallait
Quand même
Pas trop la prendre pour une conne

A l'horizon

Savourons ces pieds dans le sable
Savourons ces cheveux dans le vent
Savourons ces tartes aux fruits
Savourons ces navires qui nous font
Dirait-on
Des signes
Qui émettent quelque chose
Semble-t-il
En notre direction
Savourons nos poumons qui fonctionnent
Encore

Puisque
C'est bientôt à nous
C'est bientôt sur nous
Que ça
S'abattra
Dans un fracas
Silencieux et volupteux

Ils approchent

Audience

Sans raison
Le sarrasin se présenta
Sans raisin
Quelle audace

Pente

Les jaquettes s'affaissent
Ne ventilent plus comme avant
Du temps de la laine douce

Tirons sur nos inhalateurs
Avant les dépendances
Et leurs serrures compliquées

Virées nocturnes

Souventes fois
Dans la nuit noire
Il empruntait les petites routes
Franchissait les sauts-de-mouton

Arrivé chez la demoiselle
Il passait par les sauts-de-loup
S'introduisait dans sa chambrine
Retroussait son saut-de-lit

Et il la sautait
Tout simplement

Saurisserie

Elle aimait qu'il lui touche les seins
Surtout après ses heures à la saurisserie
Et qu'il promène ses cheveux poisseux
Sur son corps avide

A terre, elle vivait dans la famine de son marin
Elle se consolait sous les mains d'un technicien

samedi 5 novembre 2011

Son rappeur

Son rappeur sentait l'urine

Parti dans la grosse voiture de ses copains
Il avait dû pisser contre des palissades

Une pause quéquette dans leur quête du soleil
Celui qui disparaît vers seize heures l'hiver
Celui dont l'absence fait peur aux petits garçons

Solidarité face aux ténèbres
Son rappeur et ses copains
Gesticulaient beaucoup
Autour de leurs chopines

Souvent 
Aspirateurs à substances
Ils n'étaient pas suffisamment sûrs
De leurs dégaines d'épouvantails face à la nuit
Alors ils aspiraient

Son rappeur sentait l'urine

Lorsqu'il s'allongeait
Elle s'approchait
Dans la lumière qui remontait
Elle le reniflait

Rouge

Elle vernissait ses ongles de rouge
La promesse
D'un hiver supportable

Il lui tournait autour
Il bougeait
Il s'en émerveillait

Alors
Des odeurs de paille
S'échappaient de sa chemise épaisse

La fumée invisible
D'un hiver supportable