Le périmètre des carburatrices

mardi 27 décembre 2011

Drague

Il soulevait des gonzesses
Comme on soulève des taupinières séchées
Du bout de la botte
Les mains aux poches
Et très vite
Le regard posé sur l'horizon

mercredi 21 décembre 2011

Accrochés

- Mon Amour!
- Oui?
- Viens dans la salle de bain!
- Pourquoi?
- Parce que c'est l'heure!
- L'heure de quoi?
- On va s'accrocher à la tablette du lavabo.
- Ah bon? Pourquoi?
- La Terre se remet à pencher dans l'autre sens.

Un humain cassé

Un humain cassé
Se tient droit
Dodeline de la tête
Agite le majeur
Roule les yeux
Gueule parcimonieusement
Se drape de mystères

Mais il ne comprend rien
C'est un humain cassé

Le dictateur obèse

Dans son dernier souffle
Le dictateur obèse
Bava un peu
Sur son coussin blanc

Des demoiselles
Cinq ou six
A vue de nez
Froissaient leurs tuniques

Elles s'agenouillaient
Pour remettre un peu d'ordre
Dans les fleurs de lotus
Ebouriffées
Par les vents
Du dictateur obèse
Tout à son agonie

Il manquait des merles
Ou des rossignols
Des plumes et des mélodies
Diraient-ils dans les démocraties avoisinantes

Serait-ce

Serait-ce
Dans l'obscurité
Ou la pénombre
La mort

Serait-ce
Dans nos verres
Ou nos assiettes
Cette aversion soudaine
Pour les poissons sans tête
Pour le vin norvégien
La mort

Serait-ce
Sous les comptoirs
Cette hésitation
Ou ce renoncement
Pour les mains baladeuses
Pour les doigts randonneurs
La mort

Dans l'obscurité
Ou la pénombre

L'absence de nos corps
Dans nos gestes

Serait-ce
La mort

jeudi 15 décembre 2011

Les pièges à cons

- Que fabriques-tu dans ton bustier?
- Des pièges à cons.
- Il faut de la persévérance pour capturer des cons.
- Il faut du talent pour les rendre gaga.

Les scieurs

Il n'y a plus de temps
Comme il n'y a plus de sucre
Voici les végétaux
Dans la splendeur de leur âpreté

Allons scier quelques plots de béton
C'est une décontraction

L'heure du thé

S'éclipser dans un baiser
Et réapparaître à l'heure du thé
Le tout dans ces façons de cavalier
Est de ne pas oublier
Les petites cuillers

Sur les côtes

Les cheveux au vent
Debout dans sa Jeep Willys
Sur les côtes africaines
Il poursuivait le soleil

Surexcité
Il lâchait à intervalles réguliers
Des cris
Il tirait des rafales vers l'immensité et le néant

Voici ce que l'Occident produisait
Voici ce que les offices injectaient
Dans les révolutions
La transpiration déglinguée de débiteurs déracinés

Anévrismes

Il se concentrait sur ses anévrismes
Il espérait équilibrer les pressions
Engorger des secteurs
Noyer des sections
Assécher des zones devenues hostiles

Il se concentrait sur ses anévrismes
Surtout le soir
Lorsque la soupe envahissait les soupirails

Monsieur le Marquis
La forteresse est assiégée

Faites préparer mon aéroplane
Nous bombarderons depuis le ciel

mardi 13 décembre 2011

Agrippés à nos alcools

Campés sur nos hémisphères
Nos rentrées nocturnes sont bruyantes
Le tintamarre est féroce

Qu'ils arrivent donc
Bardés de lumières et de métaux
Depuis UDFy-38135539
Par-delà la constellation du Fourneau

Et qu'ils nous laissent pantelants
Agrippés à nos alcools

A poil, ça risque de gratter

Il vient
De l'océan
Du soleil
Et du vent

Alors forcément
Quant il l'ouvre
Vaut mieux être équipé
A poil, ça risque de gratter

Regardons-les gaspiller leurs libertés

Regardons-les gaspiller leurs libertés
Voyons ces minauderies
Ils courent se réfugier derrière des bottes de paille
Ils s'étourdissent
D'un oui et puis d'un non
De pieds et de mains
Ils chipotent devant leurs assiettes de fromages
Et ça crie devant la moisissure

Leurs visages claquent
S'ouvrent et puis se ferment

Regardons-les gaspiller leurs libertés
Comment ils se privent d'eux-mêmes

Alors qu'au fond de la vieille jungle
Princes et princesses
Otages
A qui des bougres ont pris la liberté
Comme on dérobe les trois dernières poires d'un étal

Alors qu'au fond de la vieille jungle
Disions-nous
Princes et princesses
Mettent au point des démocraties
Sans papeterie
Armés de leurs neurones

Ici donc
Regardons-les gaspiller leurs libertés
Et ce faisant
User de la suprême liberté
Qu'on échafaude
Dans les trappes tropicales

vendredi 9 décembre 2011

Sans visa

Se réfugier au creux de son cou
Demander l'asile à sa nuque
Exiger la protection de son odeur cambrée

Il l'aimait comme ça

Il pénétrait en elle
Avec une absence totale de visa

A la renverse

Tomber à la renverse
Sans gaspiller son lait chaud
Sans éparpiller ses tartines
Voilà qui permettrait
De redresser bien des situations

Lorsque l'espace aura des bureaux

Le système stellaire ADS16402
Foutait les chocottes
Nous nous rendions très bien compte
Que chez ces gens-là
Nous n'aurions pas intérêt
A paumer un numéro de dossier
Si d'aventure il nous prenait l'envie
De contester nos décomptes fiscaux

Escarpins

Devant elle
Nous avons fondu en larmes

Elle fut empruntée
Plus tard

Lorsqu'elle voulut adresser
A nos âmes dissoutes
La facture de ses escarpins
Tachés de nos sels minéraux

Répit

Pour l'instant, c'était rigolo
On rivalisait d'ingéniosité dans les marinades des travers de porc

Bientôt, tout ce qu'on avait envoyé
Croisera des trucs
Intersidéraux

Bientôt, du fin fond des voies lactées,
Des machins se pencheront sur notre cas

Il n'est pas sûr
Alors
Que s'accrocher au grill suffira

Jürg

Penchée au-dessus de la tignasse collée
De celui qui habitait le bout du bar
Comme sans cesse on repousse le matin
Elle laissa planer cette angoisse
Jürg, pense à ta mère
Elle a dû pousser pour te mettre au monde
Jürg, ne finis plus ton verre
Jürg, fous le camp
Jürg, si tu te démontes
La maintenance ne te remontera plus comme avant
Jürg, ces gens-là ont changé

jeudi 8 décembre 2011

Grands éclats

Parfois
Rire n'est pas disponible
Alors tapons-nous la tête contre les murs
Ou pissons aux culottes

mercredi 7 décembre 2011

ADMINISTRATIONS - Episode 10


- On est dans la merde, Pierre-François, on est dans une sacrée merde.

Au bout du fil, Monsieur le Conseiller général P., chef du Service de l'encaissement des contributions, effrayait Monsieur le Préfet W. Et comme toujours, lorsque la situation commence à faisander, c'est celui qui se trouve au milieu des carcasses qui ne se rend pas compte qu'il met sa hiérarchie dans l'embarras.

- Ecoute, Roland, qu'est-ce que tu veux que je te dise? Vos conneries ont déjà fait le tour des administrations. Il y a même une vidéo qui circule. Tu te rends compte, une putain de vidéo! Qu'est-ce que tu fous avec tes gens? Tout part en couilles, et ces connards ont encore le temps de faire des films avec leurs saloperies de portables.

Monsieur le Préfet W. était en train de procéder au recadrage de Monsieur le Conseiller général P. Selon une technique qui ne relevait pas du management participatif. Pourtant, lors des réunions de motivation du personnel préfectoral, il louait particulièrement ce mode de conduite, qu'il qualifiait de "collégial", "éclairé" et "moderne". Ici, en réalité, Monsieur le Conseiller général P. allait se faire virer et il ne semblait pas s'en rendre compte.

- Attends, Pierre-François, si tu crois que j'ai le temps de jouer au flic.
- Je crois surtout que t'en as rien à foutre, Roland. Tu as écouté ce qui se dit? Ces histoires de dossiers au placard? Et comme par hasard, ça concerne des ressortissants de la République démocratique de Z. Nom de Dieu, tu sais que j'ai toutes les associations de défense tiers-mondistes au cul, tu connais les chiffres, tu sais combien et comment c'est explosif! Et malgré tout, tes connards se lâchent!
- C'était des séances internes, des discussions informelles!
- Mais vous étiez sur écoute, merde! Le coup doit venir de putains de syndicalistes. Ou même, va savoir, si c'est pas cet enculé de Fabien, pour nous faire chier.

Monsieur le Préfet W. faisait allusion à Monsieur le Président T. de la Chambre de commerce et d'industrie. Ce dernier avait clairement fait savoir son intérêt à disputer la prochaine élection à la Préfecture.

- Ce ne sont pas des écoutes, Pierre-François, c'est hallucinant, c'est pas ça.
- Et que veux-tu que ce soit d'autre, pauvre con?
- Je crois que ce sont les murs.
- Quoi, les murs?
- Ils parlent. Ils se sont mis à parler.

Monsieur le Préfet W. se tut brièvement. Il reprit sa respiration, de manière relativement audible pour son interlocuteur.

- T'es cintré, Roland. C'est ça, ouais, je crois que t'as pété un plomb. Non, parce que là on frise même plus le code, on se torche avec!
- Ecoute, Pierre-François, j'étais là, merde! J'étais là! Les murs se sont mis à parler. T'imagine! On ne sait pas d'où ça vient! Tout risque de sortir! Et si ça s'est produit ici, pourquoi pas ailleurs? Pourquoi pas chez toi?
- Tu me menaces, espèce d'enculé? Tu me menaces? Putain, t'es vraiment un salopard.
- Arrête, je disais ça comme ça, on sait pas d'où ça vient.
- Je veux ta démission. Je veux ta putain de lettre. T'as assez déconné. Je vais t'envoyer Bernard, il prendra l'intérim et je te fous à la Direction générale du cadastre. Tu creuseras des trous et t'arrêtera de nous faire chier.
- Pierre-François, t'as rien compris, ce sont les murs. Bordel, les murs!

Monsieur le Préfet W. avait raccroché. Monsieur le Conseiller général P. n'arriva pas à  reposer précisément le combiné dans la petite entaille de plastique prévue à cet effet. Il se dirigea vers les vitres de la section "Contentieux Ouest" du Service d'encaissement des contributions. Un véhicule de pompes funèbres reculait dans une ruelle à l'opposé de la Place du Général D. Il allait prendre en charge la dépouille du forcené. Monsieur le Conseiller général P. aperçut au même instant le véhicule à cocarde de Monsieur le Conseiller aux Affaires économiques, Bernard R., traverser la surface bétonnée. Il venait le "relever de ses fonctions". 

- C'est ici la machine à café en panne?

Monsieur le Conseiller général P. se retourna.  Il aperçut un jeune homme en coupe-vent imperméable orange, frappé du logo de la société de maintenance Happiness is rising.

- Monsieur, c'est ici, la panne?

Fin

mardi 6 décembre 2011

Comme une crise de nerfs

Face au béton et face au verre
Nous étions hypernerveux

Les structures métalliques
Bruissaient de dossiers

Des cloques se formaient
Dans les mocassins
Des ressources humaines

Visions

Lorsque tu verras
Après tes visions de visons
Un eyra qui rira

Alors mon Ami

C'est que tu auras trop bu
Dans ton manteau de zébu

Crocodile

D'un coup de trique
Il requit l'attention
De deux charognards
De trois vautours
Et d'une paire de chacals sans queue

A moins que ce fût sa ceinture en crocodile austral
Qui stimulât les concentrations

Et il ne plaisantait pas lorsqu'il s'agissait d'ériger des acuités