Le périmètre des carburatrices

samedi 29 décembre 2012

Pain d'épice

Sa voix agissait
Comme une main velue
Répandue à travers
La maison de pain d'épice
D'Hansel et Gretel
Elle ramenait
Dehors dans la cour
En pleine lumière
Des sucreries
Qui fondaient au soleil

vendredi 28 décembre 2012

Tamis

Ses yeux
Tamisent le jour
Filtrent la lumière
Retiennent la pulpe de l'aurore
Et derrière eux
S'écoule le jus acide
Des possibles
Qui enivre son âme

mercredi 26 décembre 2012

Penché sur son amour

Je l'ai tant aimée
Dit-il
Il est penché
Comme à la recherche
De miettes
Qu'il faudrait
Reprendre au sol

Je l'ai tant aimée
Qu'il ne sait plus
Par où commencer
Puisque désormais
Il n'y a plus de début

C'est difficile
De se désintégrer
Et de faire tomber
Ses morceaux
À la verticale
Sans rien tacher

samedi 22 décembre 2012

Jus jaune

Sur leurs corps cloqués
Les malentendus
Approchent du four
Leurs têtes en beurre
Bientôt le jus jaune
Des désespoirs

Le vieil oiseleur

Il serait bien resté
Dans le noir capitonné
De sa chambre
Le vieil oiseleur

Il serait bien resté
Dans son coffre-fort
Que les lames de lumière
N'avaient pas réussi
A percer
Même au travers
Des persiennes condamnées

Il serait bien resté
A mâcher
Les bords foncés, durs et denses de la vie
Le vieil oiseleur

Il n'a pas entendu
A l'autre bout du logis
La porte principale
S'ouvrir
Il n'a pas entendu
Les appels
De son ami
Le vieil orpailleur

Il n'a pas pu
Défendre
Sa cage

mardi 18 décembre 2012

Grimpe

Tu rampes
Sous ta coque de cafard
Au milieu de la paroi de roche
Tu te retournes
Tu sens alors
Le sable et le vent
Et puis rien d'autre
A moins que
Le vent et le sable
S'amusent à te faire voir
Les visages
Que tu n'as pas su aimer
Plaque-toi vite
Tu n'es qu'à mi-parcours
Et les bourrasques
Deviennent imprévisibles

Les quatre heures avant la mort

Ecouter
Le jour
Tomber

Et s'émouvoir
De son robot ménager
Qui remet à l'endroit
Deux mandarines
Lacérées
De lumière capiteuse

Qu'il est agréable
De prendre
Le goûter
En attendant la fin

samedi 15 décembre 2012

Elle t'a dit

Elle t'a dit
De lui laisser ta chemise
Puisqu'elle prévoyait
De fendre
La pluie et la nuit
Armée de ton seul parfum

jeudi 13 décembre 2012

A tombeau ouvert

Sur sa route
L'amour qui file
A tombeau ouvert
Renverse
Des désirs
A court de carburant
Et des cadavres
Sans abri

mardi 11 décembre 2012

Lécher

L'aube est une chienne
Que nous dressons
A lécher les yeux du jour
Pour éclairer nos pas
Sur les chemins
De nos petites misères

mercredi 5 décembre 2012

Bras tendus

Alors que tu t'échappes
De cette ville et de cette foule
Ton cul
Me tend les bras
Dans la lumière mordorée
Qui pleut
Des marquises

mardi 4 décembre 2012

Oasis

Toi
À petites gorgées
Ne pas boire trop vite
Après le désert
Réapprendre
La douceur des hauts arbres
Porté par les lianes
De tes cheveux
Et donner une chance
A la vie
Au sommet des oasis

Ventres à terre

A travers les nuages
Qui foncent
Comme des chevaux noirs
Vers l'horizon
La lune
Tombe en glaives
Sur nos êtres désarçonnés
Nous passons
De la cavalerie
A l'infanterie
Nous vivons
Désormais
Ventres à terre

samedi 1 décembre 2012

Caprices

Notre joie
Saoulée de caprices
Ronflait
Après l'amour

mercredi 28 novembre 2012

A poings fermés

La nuit
Tient
Dans ses paumes
Notre sommeil
A poings fermés

Respirations

Les véhicules
Respirent
A la station-service
La nuit est paisible
Et traversée
Par les sangliers
De nos rages

vendredi 23 novembre 2012

Réveiller la nuit

Dans nos manteaux d'aube
Armés de nos couteaux d'aurore
Nous partions réveiller la nuit
Une expédition à la sauvette
Hérissée de crétins
Nous avions oublié
Que novembre
Gardait ses portes

Falaises

Longtemps, certains mots ont exercé un pouvoir naturel, solide et simple dans des espaces à leur mesure. Était-ce de l’arrogance ou de la suffisance ? Ils n’ont pas accordé suffisamment d’importance à ceux qui cognaient de plus en plus régulièrement aux frontières de leurs champs lexicaux. Venus parfois de loin, dans des costumes étincelants, presque aveuglants. Ceci est l’histoire d’une aube. Celle de la fin de leur règne.

On buvait de petites tasses de silence. On pompait, du bout de nos index, les miettes de nos pensées. Et c’est sorti.

- C'est une exhibition.

Il est arrivé avec ses navires de guerre. Ils battaient pavillons insulaires. Tout l'horizon était rempli de voiles. On ne pouvait pas les ignorer. Il s'est posé là. Il a levé son verre. Il a fait tinter les glaçons. Il a bu. L'autre paume bien posée sur la table de métal. Et de sa gorge rincée d'apéritif est sorti ça.

- C'est une exhibition.

Nous, trempés sur la côte. Il fallait que nous réagissions. Nous devions actionner les alarmes. Un choc devait se produire. Allait-on laisser les navires accoster? Nous sentions déjà les relents visqueux de leurs ponts. A nos narines affluaient les odeurs portées par ça.

- C'est une exhibition.

L'un d'entre nous monta sur une grosse pierre plate. Afin que tous puissent juger de l'éclat de son armure. Il se voulait rassembleur. Il a brandi son glaive.

- Comment dites-vous?

Voyez, maintenant, ça fume à l'horizon, ça s'agite sur les ponts. Des hommes montent aux mâts. On les distingue. Ils ont la taille de fourmis dodues. Leur marine a vu l'éclat de cette épée sur nos côtes.

- C'est... une... exhibition...

Des sons de corne de brume maintenant. Vous entendez? Il détache les mots. Les grands voiles se déploient. Qui sommes-nous pour les impressionner? Ils voudraient que nous les accueillions. Que nous les laissions fouler notre sol. Que nous nous ébahissions face à ça.

- Oui, c'est une exhibition.

Ici, l'armure a fait son effet. Chacun s'équipe. Bientôt, nos troupes seront massées sur les falaises. Les procédures, régulièrement entraînées, ont fonctionné. D'un glaive est née une armée. D'un glaive jaillit désormais un souffle.

- Vous voulez dire une démonstration?

Regardez les capitaines! Ils viennent à la proue. Les barreurs les ont appelés. Ils remontent quelques carrés. Les navires ralentissent. Oui, ils s'immobilisent. On distingue le reflet des verres des longues vues.

- Oui, enfin, c'est une exhibition.

Il rassemble ses mains sur la table. Les navires pivotent. Un bon tiers des trappes à canon s'ouvrent. Ils veulent imposer leur venue. On s'est opposé à leur élan. On a mis en doute l'usage de ça.

- Qui s'exhibe?

Nous avons donné l'ordre aux archers d'allumer leurs flèches. La nuit tombe et la falaise se met à scintiller. On entend sur la ligne d'horizon le roulement des canons qui viennent taper sur la coque en prenant leur position. Il maintient ça. Il maintient ce mot.

- Avec deux joueurs de ce talent, quelle exhibition ça promet!

Ils gueulent tous sur les ponts. Ils donnent de la voix. Maintenant, il penche le buste en avant sur la table. Ils veulent nous dire qu'on ne leur échappera pas. Il impose une complicité plénipotentiaire. Le débarquement n'est pas une option.

- Ah bon? Ils vont jouer nus? Ils vont faire les marioles?

Ici, les arcs sont bandés. Le bout brûlant des flèches dirigé vers le ciel. Il suffit d'un ordre.

- Qu'est-ce que vous me chantez-là?

Du côté des navires, on sait qu'il est trop tard pour remonter les voiles principales. On voit bien que tout peut s'enflammer. Nos yeux sont plantés dans les siens. Notre buste aussi prend possession du plateau de table.

- C'est une démonstration. Une exhibition, c'est autre chose.

Les officiers plastronnent tous sur les bastingages. Les couleurs de leurs uniformes se détachent. On ne voit plus qu'eux. Il y a un silence. Il n'y a plus que la mer. Il n'y a plus que les éléments.

- Oui, dans ce cas, on dit une exhibition.

Ils ne bougeront pas. Ils nous font bien voir que les canons peuvent très bien tirer contre les falaises et faire du dégât. Même si nous brûlons leurs voiles et qu'ils ne peuvent plus avancer. Ils veulent que nous nous soumettions à leurs coutumes. Que nous acceptions cet usage. Que nous accueillions ça.

- Une exhibition, tout simplement.

L'ordre est lancé. Les flèches sont parties. Elles lacèrent la nuit de rouge, de bleu, d'orange et de fumée. Elles se plantent dans l'horizon.

- Absolument pas. C'est un abus de langage. Vous dites exhibition alors que vous pensez démonstration.

Des matelots se jettent à la mer. D'autres se mutinent. Ils n'ont plus confiance en cet uniforme qu'ils ont embrassé parce qu'ils croyaient que l'art de la guerre et ses codes seraient mieux respectés. Qu'on ne déshabillerait pas des peuplades pour les affubler des atours de l'empire. Déjà nos arcs accueillent de nouvelles flèches. Son buste recule. Ses bras reposent sur les accoudoirs. Son regard se promène sur le sol.

- Oui, enfin, si vous voulez.

Les navires s'éloignent à la rame, avec ceux qui restent. Nos falaises ont tenu bon. Nos côtes ont affirmé leur indépendance. Nos procédures ont fonctionné. Il a fallu les éprouver jusqu'à leurs limites. Déjà, pourtant, l'horizon se charge à nouveau, déjà nos garnisons devront procéder à des marches forcées aux frontières de nos territoires, déjà il faut élaborer de nouvelles tactiques. Contre ce qui pointe. Contre ça.

- C'était en tout cas une bonne occasion d'échanger.

samedi 17 novembre 2012

Joie légère

Avec satisfaction
Nous avons appris
Que la minuterie de rotation
Des gobelets de café
Etait à nouveau
Opérationnelle

Avec satisfaction
Nous redéployons
Les intentions
De nos contacts clientèle

Ainsi
La joie monte
Avec la légèreté
D'un papillon
Dans notre secteur
De production

Au fond de son sourire

Au fond de son sourire
Il lui a arraché sa dernière dent
Puisque ça gênait
Le passage de la bouillie de pois
Et vous savez
Ma petite dame
Il faut prendre des forces
Avant la mort

Pelles

Limons nos pelles
Le trou à creuser
Pour toucher le fond
Est épuisant
Et nos tristesses
Ravinent sans cesse

Verrou

C'est la porte
Lorsque nous empruntons
Le chemin de l'Enfer
Qui pose problème
Puisqu'elle
Se referme de l'extérieur

mardi 13 novembre 2012

Il s'écoule

Il a perdu l'amour
Comme on oublie
Son parapluie
Après le déjeuner

Il a perdu l'amour
Il est livré
Aux rinçures
D'un ciel plongeur

Il a perdu l'amour
La ville est un évier
Le trafic brosse les rues
La végétation mousse

Il a perdu l'amour
Il suit
Quelques lentilles
Bouillies et désorientées

Il a perdu l'amour
Il s'écoule

lundi 12 novembre 2012

Tasse

Tendre sa tasse
Boire un peu de ciel
Avant qu'il ne soit
Complètement froid

samedi 10 novembre 2012

Ton corps

Ton corps
Est un immeuble
Désaffecté
Investi
Par des êtres
Perdus et défaits
Chauffé
Du souffle
De notre monde glacé
À tous les étages
Tu sens
La pisse, la merde, la came
Ta survie dépend
D'une note interne
Du Ministère

vendredi 9 novembre 2012

Cerises confites

Nous marchons
Dans la nuit
Nous évoluons
Dans sa légèreté de génoise
Nous cherchons
Sans cesse
Ses cerises confites
Qui pourrissent
Avec le jour

mercredi 7 novembre 2012

Jonglage

La vie
Est une chienne enragée
Et je jongle
Perché sur une chaise
Avec trois pommes sucrées

mardi 6 novembre 2012

En fuite

Notre amour
A perdu l'équilibre
Dans les escaliers
On a d'abord accusé
La conciergerie
Et ses encaustiques
Les gosses
Et leur bazar
Alors que nous étions
En fuite

Rues

Le soleil inonde les rues
Très vite après la pluie
Comme s'il voulait
Neutraliser
Nos traces visqueuses

samedi 3 novembre 2012

Dix centimes

Il est mort. Et pendant ce temps, je glissais des pièces dans un parcmètre. Et je pestais parce qu'il me manquait dix centimes. Et j'ai dit nom de Dieu. Parce que des piécettes dépendait le coupon. Parce que du coupon dépendait l'ouverture de la barrière. Parce que de l'ouverture de la barrière dépendait la fille aux chocolats. Parce que de la fille aux chocolats dépendait la fille qui les mangerait. Il est mort. Durant l'absence de dix centimes.

Convoi

La pluie
Tombe en caramels de mariage
Nous défions nos maladresses
Dans le sillage des berlines
Pourtant
Nous finissons les mains vides
A observer les autres
Jongler
Entre leurs doigts
Avec la lumière
En copeaux de papier

vendredi 2 novembre 2012

Se disputer

Elles se mettaient
Des queues de cerise
Dans les cheveux
Pour mieux
Se crêper le chignon

Rue de Grenelle

Elle l'avait retrouvé
Rue de Grenelle
Et puis le monde
Avait fait
Une rupture d'anévrisme
Ensemble
Ils devraient
Réapprendre
Aux vieux singes
La panoplie
Des grimaces
C'était un beau projet
Qui susciterait
L'enthousiasme

Aluminium

Il portait
Son amour
Comme on amène
Chez un voisin
Une tarte aux poires
Pour le goûter

Déjà un peu molle
Il avait recouvert
Le tout
D'aluminium

Chérie, tu viens?

Couché dans le vent
A écouter la terre à poils
Se balader dans le jardin
Bientôt
Elle viendra allonger
Son corps contre le sien
Raide comme tronc
Il n'ose pas lâcher
Chérie, tu viens?

mercredi 31 octobre 2012

Sa vie

Sa vie
Est un peu haute
Il ne touche pas les pédales
Sa vie
N'avance pas
Sa vie
Est privée
D'allume-cigare
Au fond de la route
Juste avant le virage
Des êtres fluorescents
S'animent
On dirait
Qu'ils lui font
Signe

mardi 30 octobre 2012

Tirelire

Quelle est cette tirelire
Silencieuse
Où s'écrase le soleil
Chaque soir
Comme un sou d'or
Quelle est cette tirelire
Invisible et sans fond
Si gourmande de lumière
Quelle est cette tirelire
Qui ne vomit jamais
Quelle est cette tirelire
Qui nous fait courir
Comme des dératés
Qui nous fait croire
Que l'horizon est une solution

Festin de choucas

Du plat de ses grosses mains invisibles
Le vent
A poussé
Les choucas
Pouilleux et survivants
Dans la forêt
Sombre et noire
Comme une gueule
Grande
Ouverte
Et carnassière

samedi 27 octobre 2012

Dentier

Le sol a bougé
Ainsi qu'une Mère-Grand
Rajuste son dentier
Le même mouvement
De mâchoires
Et tout reprend
Ses aises

Refuge

Descendre en rappel
Au creux de son oreille
Trouver refuge
Un pavillon
Pour l'hiver

mercredi 24 octobre 2012

Etages

Au-dessus du brouillard
C'est la rentrée
Ou un truc du genre
Nous sommes trois poivrots
Accrochés à notre télescope
Et nous avons vu
Il nous semble bien
Dieu mettre une nouvelle doublure
A son cahier des exceptions
Et se passer la langue
Sur la lèvre supérieur
Comme nous quand on a trop soif
Alors
A notre avis
Avec ce qui se prépare
Au-dessus du brouillard
Ici au-dessous ça va chier

Tremblements

Nous tremblons
Et plus rien n'est stable
Et tout se dérobe
Nous tremblons
Sans avoir
La légèreté
La portance
L'élégance
Des feuilles mortes

Bûcheron

Humer
Tes franges
Dessinées
Comme des écorces
Déportées
Dans la poussière et le bitume
Très en forme de juin
Et te parler
Du temps
Où j'exerçais
Le métier de bûcheron

Écouter
Remarquer
Distinguer
Ton désir
Pour les cure-dent
Taillés
À la hache

Tard

Il est plutôt tard
Enfin si j'en crois
L'auréole des réverbères
Ces bâtons de lumière
Dont nous avons pavé les ténèbres
Avant d'être transformés
En moustiques

mardi 23 octobre 2012

À bras le corps

Il fallait
Que nous nous ressaisissions
Nos mains
Pourtant
Glissaient
Sur nos corps lisses

Sans prise

Sous l'emprise
De sollicitations abrasives
Et personne
Pour nous jeter
Sur l'étang gelé
De nos amours

Cargaison

Il s'est décomposé
En petits containers
Il a laissé ses cargos
Fendre les creux
Jusqu'à elle
Dans ce pays
Où tous les grutiers
Ont été assassinés

jeudi 18 octobre 2012

Son désir

Son désir
Etait un cocker épileptique
Sur la table
D'un vieux vétérinaire
Fumeur de cigarettes au maïs
Et proche
Des milieux pharmaceutiques

mercredi 17 octobre 2012

Sonde

Voyager 1
Avec ses 722 kilos
A vitesse constante
Traverse le silence
Chez les autres
Qui existent
Ou pas
Tandis que nos corps
Perclus de sondes
S'alourdissent
Ralentissent
Pourrissent

mardi 16 octobre 2012

Avec Bob

D'abord
Avec Bob
On ne s'est pas douché

Nos corps et nos croûtes ont glissé
Directs
Rigides
Secs en surface
Humides dans les replis
Dans nos survêtements
En élasthanne

Nos haleines de vieilles tavernes
Ont rivalisé
Comme deux clébards ravagés sur un ring asiatique

Et après
Avec Bob
On a bien pété
Les rognons congelés
Que nous avait mitonnés
La voisine
Celle du 45 à la queue-de-cheval poisseuse
C'est Bob qui l'a touchée un jour

Et encore après
On a grimpé à deux sur le tracteur-tondeuse
Et on a légèrement rafraîchi
La longueur de  nos rêves

Et finalement
Avec Bob
Comme nous étions très fatigués
On s'est vautré sous l'avant-toit
On a essayé de siffler des nanas
Mais ces foutus rognons
Fouettaient toujours
Et empâtaient
Nos cavités buccales
Comme on dit dans les magazines

Alors on a décidé
D'aller manger des côtelettes

C'était une chouette journée
Avec Bob

Besogne

Dans l'antichambre de la pluie
Dernier contrôle de qualité
Sacré métier
Qu'affûteur de gouttes

lundi 15 octobre 2012

Sentinelle

Qui-va-là
Qui-vive
Sont nos deux
Puissants pur-sang
Lancés à toute force
Au milieu
Des mâchoires du temps

Leur amour

Leur amour
Est un chien incontrôlable
Qui se prend
Pour un renard
Dont la seule obsession
Est
De fracasser des portes de grange
Pour égorger des poules

Sur ses ruines

Sur ses ruines
Bien campé
Je veux dire par là
Equipé de tout le matériel nécessaire
Pour survivre un peu

Sur ses ruines
A croire que l'eau et les protéines déshydratées
Suffiront

Sur ses ruines
A moitié sourd
A moitié aveugle
A moitié fou
A moitié tout

Bref
Fendu en deux
Pas vraiment par le milieu
La coupe a été imprécise
Du travail de sagouin

Sur ses ruines
A ne plus distinguer
Le parfum de la puanteur
La mousse de la pourriture
Le solide du précaire

Sur ses ruines
Il fait rentrer
Dans ses narines
Les odeurs
De tout ce qu'on brûle
De tout ce qu'on précipite
De tout ce qu'on descend
Au loin

Il imagine reconstruire
Un monde
Avec quelques senteurs
Capturées au hasard du vent
Le fou

samedi 13 octobre 2012

Fouille

Le soleil
Perce la fin du jour
Et depuis l'horizon
Sa lame
Vient nous chercher
Au fond de nos vies
Elle nous ramène
Au milieu du monde
Du plat du couteau
Comme une part de tourte

vendredi 12 octobre 2012

Humidité

Au pays des cercueils
Je suis
Un carton
Qui a pris l'eau

jeudi 11 octobre 2012

Mains arides

Comme on s'abreuve
Elle s'est penchée
Au creux de ses mains
Elle a bu les lignes
De ses paumes
Elle y a récupéré
Ses larmes
Elle s'est assurée
Que rien ne repoussera
Sur ses terres
Désormais arides

Regarde

Regarde
Comme ils dansent
A se repousser
A foncer
L'un contre l'autre
Dans un mouchoir de poche
Elle qui fait des mines
Lui et ses airs boudeurs
Regarde
C'est le monde
Son mouvement
Premier et simple
Ils essaient de le cacher
Ils passent leur vie à ça
Pourtant
Regarde
C'est ce qui les perdra
Regarde
Mais regarde donc

mercredi 10 octobre 2012

Scier

Découper le vent
À la scie de nos arrogances
En dalles imprécises
Assez stables
Pour s'échapper
Vers le haut
Et sautiller
De pierre en pierre
Comme on le ferait
Dans un jardin
Boueux et ravagé
Par les inquiétudes
De l'écosystème
Que nous rejoignons

Hésitation

Elle a les yeux
Qui sentent
Les blés
Bousculés par le vent
J'hésite à sortir
Mes mains des poches
Mes mains de paysan
Celles des jours terreux
Celles qui déploient
Des mouvements amples
De moissonneuse-batteuse

mardi 9 octobre 2012

Sentiers

Le jour
Baisse
La nuit
Baise, viole, tue,
Lacère, piège, piste,
Attend, guette, trace

Désormais
Nous progressons seuls
Sur les chemins
Escarpés
De l'aurore et du crépuscule
Jusqu'à la lumière

Saison

Voici les matins
Qui accueillent
A leurs débuts
La langue glaireuse
D'une saison
Sur les montagnes

Parmi les glandes pulpeuses
Du monde d'en bas
Nous sommes de petites bactéries
Affairées dans nos cuisines
A nous prémunir du froid

samedi 6 octobre 2012

Par l'évier

Il aura suffi
D'une inattention
Légère
D'une maladresse
Succinte
Pour laisser filer
Les jours heureux
Au fond de l'évier

Prenons la bagnole
Fonçons
A la station d'épuration
Après quelques traitements chimiques
Dans les jus filtrés
Nous pourrons
Peut-être
Ressusciter quelque chose
Retrouver
Des mouvements
Des bribes
Des éclats
A nouveau comestibles

Zone détaxée

Avec
Son petit sachet
De cellophane
Il partait
A la chasse
Aux regards complices
Dans la zone détaxée
De l'aéroport
Il frôlait les gondoles
Il aimait les surprendre
Immobiles
Concentrés
Aimantés
Dans les scintillements
D'or et d'argent crus

C'est l'heure où

C'est l'heure où
La nuit s'avance
A grands coups
D'ailes de corbeaux

C'est l'heure où
Il convient de
Se tenir bien campé
Sur le pas de sa cambuse
Bardé de cartouches
La pétoire en mains

C'est l'heure où
Il convient de
Rythmer la pénombre
De mouvements de charge

C'est l'heure où
Il convient de
Déchausser
Le gris et le sombre

Car l'aube dort
Ici

Et nom de Dieu
L'obscurité
Ne passera pas
Ne touchera pas
A un seul
De ses cheveux
De lumière

mardi 2 octobre 2012

Lever la trogne

L'océan
A livré
Sa dernière cargaison
De bleus
Pour aujourd'hui
Les mouettes sont déjà
Affairées à y lâcher
Leur gouache grise
Avec ça
Il faudra faire
Rosir l'aube
Saoulée de lune
Effondrée
Comme chaque soir tropical
Sur l'horizon
Son lit d'algues puantes

Coïncidence

Une adolescente obèse
Capturait des méduses
Dans une eau saturée
De déjections chimiques
Alors qu'ils parlaient
Adoption
Avec les tenanciers
Du bar exotique

lundi 1 octobre 2012

Portail automatique

Au bout de la saison
Le brouillard et le vent
Ont précipité nos illusions
Qui s'amassent sur le sol détrempé
Qui bloquent de leur masse
Le portail de nos espoirs
Il suffirait d'un jardinier et d'un râteau
Pour que les automobiles
Puissent à nouveau actionner
La commande à distance
Et libérer
Le mécanisme d'ouverture

Hey!

Le symposium
Des programmeurs
Touche à sa fin
Les carcasses
De cochons de lait
Luisent
Dans le soleil couchant
Les chambres single
S'apprêtent
A changer
De catégorie
Le room service
Atteint un pic
De commandes
De cocktails tropicaux

dimanche 30 septembre 2012

Simplicité

Ce soir
Disent-elles
D'un commun accord
Nous nous habillerons
De la simple et pratique
Main
De nos petits copains
Sur nos culs
Elles flamboient
Semble-t-il
Et dans l'intervalle
Le mojito pourrait bien
Devenir une religion

Sur la plage

Alors que le soir
Rosit
Le disc-jockey
Lève les bras
Puis les referme
Par ce geste rassembleur
Il broie nos agitations
Ensuite il lève les yeux
Et soudain le ciel s'enflamme
Du coulis de nos inquiétudes
Dont il a barbouillé l'azur

samedi 29 septembre 2012

Respirer sans bouger

Nos peurs
Se débattent
Dans nos crânes
Et leur rythme
Est semblable
A la respiration épuisée
D'un papillon de nuit
Qui voudrait
Rejoindre l'aube
A travers une vitre

vendredi 28 septembre 2012

Oasis

Au milieu de la steppe
Hostile et aride
Sous la tonnelle
De ce qui s'apparente
À une hacienda
Ou une trappe à chasseurs
La voix de Michael Jackson
Dans "Man in the mirror"
Devient une oasis rassurante

jeudi 27 septembre 2012

Couvert et orageux

Des colonnes de nuages noirs
S'abattent sur l'île tropicale
A la manière de pilons de marbre
Et broient les consciences

Des êtres pris de spasmes
Errent au milieu de bouteilles
Piétinent des barquettes
Trempent leurs membres
Dans des sauces
Epaisses et gélatineuses

Encore en retrait
Des employés
Du gaz et de l'électricité
Redoutent déjà
L'heure où ils devront
Couper le courant

La vieillie hippie d'I.

La vieillie hippie d'I.
S'énerve
Ses lunettes de bois
Ne rentrent pas dans son étui
Ses doigts
Ne savent plus comment faire
Pour mener l'opération à son terme
Sa voix rabotée de chimie
Essaie de prendre l'ascendant sur le vent
Sud, sud-ouest
Etourdie de brumes
Ses yeux s'ankylosent
De ces troupeaux au ventre plat
Qu'elle et ses semblables
Ont laissé échapper
De leurs tuniques
De leurs rubans
Presque sortis d'un nuage de patchouli
La vieillie hippie d'I.
Ne sait plus
Comment se mettre à l'abri

Au milieu du désert

C'était une ville paresseuse
On y buvait beaucoup
On délaissait des parcelles
Rongées par les cactées indomptables

Les cités dépravées se distinguent
Par leur voirie lassive

Ce n'est pas un manque
D'organisation
D'infrastructures
C'est une fatigue
C'est une démission
Dans la prise en charge
Des suites de la fête

mercredi 26 septembre 2012

Rendez-vous

Faire des pieds et des mains
Pour décrocher un rendez-vous
Avec une fille à chignon
Et essayer des boissons à la menthe

Traces

Au milieu de la baie
Les jets-skis
Ronflent et grognent
Dans un bruit
De monstre marin
Tiré des profondeurs
A qui l'on ferait subir
Mille supplices
Sur la rive
Les egos restent attentifs
A ne pas faire couler
Des glaces à l'eau
Sur des seins compliqués

Marina

L'enseigne du restaurant rapide
Clignote sur le port
Elle nous rassure
Tandis que les braguettes des mini-shorts
Fendent la nuit
Bardées d'intentions multiples

mardi 25 septembre 2012

Éperdument

Sentir
À l'autre bout du monde
Partout
Son parfum
C'est peut-être ça
Devenir fou

Sieste

Le brouillard
S'enfonce dans la forêt
Comme une main lépreuse
Dans la tignasse
D'un géant assoupi

vendredi 21 septembre 2012

Apprivoisé

Elle caressait
Mes atomes
Dans le sens
Du poil

La piste au miel

La dame de la publicité
Pour barres énergétiques au miel
Est morte

On l'a crue endormie au fond de l'autocar
On n'entendra plus sa voix
Qui proposait à toutes et tous
De croquer la vie

L'établissement médico-social
Est agité
On déballe des barres chocolatées
Au riz soufflé
On tente de prolonger
La douceur obséquieuse
D'un slogan
On tente de ne pas oublier
La piste

mercredi 19 septembre 2012

Le milieu

Attendre
Le milieu du jour
Se réserver
Pour la pleine lumière
S'enfoncer
Dans la plus épaisse clarté
Comme on prend la mie
Comme on laisse la croûte

mardi 18 septembre 2012

Prendre la route

On a pris la route
On l'a bien agitée
On l'a fait tourner en l'air
On avait
Les nuages aux lèvres
Le soleil aux yeux
L'océan aux cheveux
On l'a lâchée
Elle s'est écrasée
En lisière de bois
On transpirait
On soufflait fort
Les mains sur les hanches
Et celui à la chemise rayée
A gueulé en direction des fourrés
"Et maintenant, connasse?"

dimanche 16 septembre 2012

Brouillard

Ce matin
Assez tôt
Sans réveiller le vent
Le ciel a éjaculé
Sur le paysage
Encore endormi
Il faudra bien un hiver
Pour qu'il réussisse
A se débarbouiller

Intentions

Nous avons eu
Un peu de peine
A parquer nos intentions
Il fallait manoeuvrer
Latéralement
Ce n'était pas évident
Puisqu'un horodateur
Venait créer
Une illusion d'optique
Nous avons craint
Durant l'opération
Mille frottements indésirables
Pourtant maintenant ça y est
Il ne reste plus
Qu'à verrouiller l'habitacle
Car il y a tant
De rôdeurs
Malintentionnés

vendredi 14 septembre 2012

Varech

J'ai les désirs
Emmêlés
Pire
Qu'un vieux filet de pêche
Je finirai brûlé
Sur un tas de varech
Léché par l'océan
Gourmand des larmes de ma carcasse

Caramels

Nous étions roux et nus
Nous sortions
De notre après-midi caramélisé

jeudi 13 septembre 2012

Pralinés

Il s'est penché sur le lit de celui qui allait mourir. Il a écouté ce qu'il voulait lui dire à toute force. Celui qui allait mourir se concentrait, alors que ses cellules s'éparpillaient comme une administration qui fuit devant l'ennemi dont elle entend les désirs mécaniques. Après avoir écouté trois phrases lépreuses, il a dit, près de l'oreille qui sentait l'ail et la pisse de celui qui allait mourir: "Tes phrases sont des barres de chocolat qui ont fondu lorsque tu t'échauffais avec tes gonzesses et tes voitures de sport. Elles ont repris leur consistance mais ça sable sur la langue et ça a un goût dégueulasse." Et il a changé d'oreille, il a pris l'autre qui ne sentait rien mais qui avait des croûtes, et il a ajouté: "Tu sais que je préfère les pralinés."

Nouvelles chenillettes

Tant et si bien que
A droite
Bel et bien
A gauche
Nous voici équipés
Des dernières chenillettes
Pour grimper sur les collines boueuses
Des pensées de peigne-cul

mercredi 12 septembre 2012

Location crépusculaire

Elle assiste à un monde
Qui s'effondre
Qui multiplie
Les requêtes inouïes
Pour louer un pied
A la journée
Jusqu'à ce soir au moins
Et descendre
Les poutres verticales
Récalcitrantes de pourriture

Au jus

Un vaisseau
A pété
Dans ma tête
J'ai des marins
Au jus
Plein le cerveau
Qui gueulent
Qui ont froid
Qui pour certains
Ne savent pas nager
J'essaie de les rassurer
En leur expliquant
Qu'une trépanation
Fait le même bruit
Qu'un hélicoptère
Au loin

mardi 11 septembre 2012

Le jour se lève ou pas

Il y a des matins
Qu'il faut aller
Chercher au fond des poches
Parmi les miettes de pains au chocolat
Qui n'existent plus
Au milieu d'un stylo
Qui a coulé
Qui a séché
Il y a des matins
Où il faut apprendre
A toute vitesse
La spéléologie

Les pilleurs

Les pilleurs
Se sont introduits chez nous
Ils ont progressé
Par la salle de bains
Ils ont fait les guignols
Avec nos eaux de toilettes
Ils ont emporté nos crèmes et nos gels
Ensuite dans la cuisine
Ils ont raflé les alcools
Ils ont laissé les vinaigres

Les pilleurs ont déclenché
Leurs appareils
Sur nos photographies
Sur celle en particulier
Où tu joues avec Lou
Sur cette plage
Et que vous essayez de retenir
Le soleil qui tombait dans l'océan
A grand renfort de jambes et de robes

En haut les pilleurs
Ont poussé les portes de nos chambres
Ils nous ont regardé
Ils ont pompé nos rires endormis
Il y aura sans doute
Quelque brocanteur
Pour les leur racheter
Et faire commerce de légèreté
Alors nous songeons
Devant nos repaires pillés
A d'impitoyables pugilats

jeudi 6 septembre 2012

Lueurs

Du marais sombre de l'humanité
Emergent des êtres
De vieux golfeurs
Aux dents blanches et éclatantes
Aux cuirs solarisés
Ils fendent l'air de leur club
C'est une agitation
Qui remplit les agendas
Qui donne
Un univers et une résonance
Aux flûtes et aux canapés

De bon matin

Il a sorti
Ses guili guili
Bien affûtés
Ses gouzi gouzi
Il s'est équipé
De sourires
Il a testé ses mines
Mains sur les genoux
Doigts qui font les asticots
Le voici
Armé jusqu'aux dents
Il part à la chasse
Aux secrétaires administratives

mercredi 5 septembre 2012

Restriction

La tristesse
Progresse dans nos vies
Comme un sanglier
Dans un champ de maïs
Cet hiver
Il faudra restreindre
Notre consommation
D'épis de joie mûre

Ivresses

Nos ivresses
Se livrent
Un pugilat
La première
A se retrouver
Epaules contre terre
Aura le droit
De reposer
Ses coudes
Pour éviter
De tout
Renverser

mardi 4 septembre 2012

Bar

Elle roulait ses yeux luisants
Elle les avait trempés
Comme des olives
Dans son apéritif
Il suffisait d'une étincelle
Pour que la conversation
Ne s'enflamme

lundi 3 septembre 2012

Retenir les monstres

Avaler le marquage central
De l'autoroute
Ne laisser passer personne
Retenir les monstres
Donner un peu d'avance
Aux nuages
Qui rampent sous l'horizon
Comme des chats sous des commodes
Leur permettre de fuir ce monde
Qui les course
Qui veut y enfoncer ses doigts
Qui porte
La bave aux lèvres

On ne sait pas très bien
Si c'est
Un gros rhume
La rage
Ou les stigmates de la déglingue
Alors
Avalons le marquage central
De l'autoroute
Comme un remède

samedi 1 septembre 2012

Les siestes grasses

Durant les siestes grasses
On perçait le ciel
De nos doigts gras potelés
Et ça ne pissait pas
Et ça ne daubait rien
Cependant
On sentait
Le vent piquant
D'une alternative

Adoptions

Regardez-les. Ils ont adoptés ces mots. Ces êtres difficiles et complexes. Qui s'ébattent dans les espaces verts des quartiers résidentiels. Ecoutez-les. Ils les prononcent avec une tendresse obèse et pataude. Bientôt, les adoptés demanderont d'où ils viennent, exactement. Là commencera le règne des systèmes d'alarme.

Son parfum

Son parfum
Le surprend
Et le cueille
C'est
L'odeur
Du fond
D'une boîte de nuit
De province
Alors qu'il s'est endormi
En bordure d'un champ

Son parfum
Lui donne la force
De reprendre
Le chemin de la mer

Danse

J'ai invité
Mon ombre
A danser
C'était bien
On se souriait
On chuchotait
Elle jetait
Par moment
La tête en arrière
C'était bien
Et après
J'ai essayé
De lui mettre
La main au cul
Et alors
C'était moins bien

jeudi 30 août 2012

Houle

Les rinçures
Lacèrent le bitume de la capitale
Les cuisines traditionnelles
Descendent les oesophages en rappel
Il s'agit d'un monde
A l'abri de la houle
Qui ne vomit pas

Plein les doigts

Nous étions plantés
Dans l'humanité
Comme un bâton
Dans une glace à l'eau
Progressivement
Les humeurs s'échauffaient
Les arômes coulaient sur la tige
Nous en aurons bientôt
Plein les doigts
Et il ne servira à rien
De secouer nos mains

Pénombre

Si seulement
La lumière pouvait
Baisser
Comme tu le fais
Avec ta culotte
Des précautions
Des regards
Des égards
Un sens du public
Une envie
De récit
Et de chapitrer la nuit

Hallali

Le vieux chasseur
Sur son lit de mort
Parmi les fèces et les moisissures
S'enivrait une dernière fois
De fourrures humides
Il écartait les narines
Il regrettait
De ne pas avoir été pêcheur
Pour comprendre les poissons
Et leurs branchies
Qui réussissaient à filtrer
Les saloperies du monde

mardi 28 août 2012

Mousse

Et maintenant
Enfonce-toi
Dans les bois
Comme une cuillère
Dans une mousse aux fraises

Peut-être qu'au fond
Tu y trouveras encore
Des jus
Des précipitations
Des reliquats
Des grumeaux
Des traces brutes d'une existence antérieure

Persiennes

Sa vie
Est un bloc déployé
De persiennes électriques
A capteurs automatiques

Le soleil se couche

Des moineaux
Ont élu domicile
A l'abri des parois métalliques

De part et d'autre
L'angoisse progresse

Dragueurs

Ils formaient un groupe
Soudés
D'une connivence musquée

Ils mettaient le feu à leurs mots
Leurs déclarations enflammées
Battaient les campagnes
Elles opéraient au couteau
Elles foutaient le feu aux âmes
Quand ça ne prenait pas tout de suite
Ils rajoutaient du gazole
Dans cette odeur de cramé
Tout y passait

Ils les regardaient dans le blanc des yeux
C'était du corps à corps

Les autres, ils séduisaient
Eux, c'était des dragueurs

vendredi 24 août 2012

La nuit et l'aube

Parce qu'on venait
Trop régulièrement
Pisser contre ses portes
De bois et de peinture vernie

Parce qu'on s'y tripotait
Avec ostentation
A l'abri de la voûte cochère

Parce qu'on y rendait en compote
Ce dont elle nous avait gavés

La nuit a fait remplacer ses portes
La nuit a fait installer
Des blindages
Un digicode
Une caméra thermique
Un mécanisme électrique

Maintenant ça s'ouvre
Précisément et sans bruit
Sur une berline
Qui conduit à sa besogne
L'aube
Encore assoupie d'avoir été tant possédée

mardi 21 août 2012

Avant les larmes

Il se noie dans tes yeux
Avec son gabarit de comprimé effervescent
Et toi
Tu bois ses paroles
Et toi
Tu finiras par les pleurer

Dentellière

Il arrive un jour où
La dentellière de tes songes
Préfère la tronçonneuse
A la navette de frivolité et au fil de soie
Pour tisser tes nuits

lundi 20 août 2012

Apéritif

L'ivresse s'est enfermée
Dans la salle de bains
Elle se maquille

La désinvolture patiente
Elle éclate quelques pistaches
Elle balance les coquilles vides
A la gueule de l'excitation

La soirée change
Son fusil d'épaule
Il faudra enfoncer la porte

Tôles

Dans un carrefour
On a froissé l'avant de nos vies

Tu arrivais fenêtres ouvertes
Le vent
Armé de ton foulard
T'a balancé une rouste
Et ça fait longtemps
Que je n'accorde plus la priorité

Alors on a esquinté l'avant de nos vies

Sur le bord de la route
On s'interroge
On tripote nos boîtes à gants

On a deux options
Le carrossier et les flics
Ou
On finit de se débarrasser
De nos pare-chocs
Qui pendouillent

Il nous manque à chacun
Un phare
A deux
On pourrait fouiller l'obscurité
Et courser nos peurs
Qui détalent comme de petits mammifères

Bon
Alors
Qui prend le volant

samedi 18 août 2012

Viaduc

Qu'il est bon
D'écouter le monde jaunir
Sur son autoradio
Et de filer
A l'ombre des montagnes
Sur une voie rapide surélevée

Au bas du viaduc
Un adepte de ski nautique
Fend ce qui reste de l'aube
Parmi les déchets de la nuit

vendredi 17 août 2012

Promenade

Il se levait tôt
Il sortait
Sa pute, son maquereau et son dealer
Il allait les faire pisser
Il les regardait
Se frotter à la ville
Il les observait
Se mordiller
Les peaux et les oreilles

Il aimait
Les tenir court
Sa pute, son maquereau et son dealer
Il fallait donner parfois
Près des parcs
Des petits coups secs sur le cuir
Il réagissait avant de se faire déborder
Il voyait leurs narines se dilater
Alors il savait

Des matins
Il croisait des gamins
Sur le chemin de l'école
Il devait redoubler de prudence
Expliquer patiemment
Oui on peut les caresser
Sa pute, son maquereau et son dealer
Mais pas de gestes brusques
Et un seul à la fois
Il tirait sur les laisses à ce moment-là
Un accident est si vite arrivé
L'inattention
C'est la nourriture
De sa pute
De son maquereau
De son dealer

Lorsque le soleil
Commençait à couler
Dans les rues
Il rentrait
C'était l'heure
Des gamelles

Les jours d'orage
Il avait de la peine à les tenir
Il choisissait alors
De les nourrir
A la main
C'était des instants complices
Avec sa pute, son maquereau et son dealer
Avant la pluie
Avant le rinçage de la ville
Avant le toilettage des consciences

jeudi 16 août 2012

Trottoirs

Il faudrait doter les mycoses
De petits rires maladroits
Ceux des vieux garçons à liquettes
Ainsi les trottoirs de nos mondes
Dans des convulsions mocassines
Couineraient
Sous les chatouillements de nos semelles
Ainsi la joie aurait son rouge à lèvres

Guichet

Au guichet de notre avenir
Le bouton
De la gestion informatisée de file d'attente
Est collé par une tache de soda
Impossible de passer au client suivant

Les magazines sur les tables basses
Contribuent au maintien
D'un présent climatisé

Des êtres
Aux dents blanches
Aux gencives saillantes et roses
Penchent leur buste
Les uns vers les autres

Il y a une atmosphère
De confidences
Il y a un goût prononcé
Pour frissonner
Pour prendre les postures du passé
Et rire
Et patienter

mardi 14 août 2012

Ressources humaines

Nos baisers
Nous ont adressé
Leur démission
Ils travaillent désormais
A d'autres destinées
Nos ressources humaines
S'amenuisent

Poursuite

J'ai poursuivi l'été
Au bas des escaliers
Le concierge m'a surpris
Avec mes sandales pleines de sable
J'ai dû parlementer
Une fois dans la rue
Il neigeait déjà

Chantier

Ta vie fait autant de bruit
Que le vent
Entre deux immeubles
Noirs, vides et percés

Ta vie habite
La brique, le mortier et le câblage

Ta vie sera bientôt recouverte
De plâtre, de silicone et de peinture

Ta vie entendra alors
Leurs existences s'ébattre
Dans des pièces de lumière et de chaleur

Quand le loup n'y est pas

La montagne rongée de sapins
Comme une peau de vérole
Les ruisseaux pissent épais
Ils ont été remontés
Par de gros dégueulasses
Les clairières craquelées
Ressemblent à de vieilles couilles

C'est comme ça
Quand le loup n'y est pas
C'est comme ça
Lorsque de son trot poilu
Il ne nous essouffle pas

samedi 11 août 2012

Blup

Apprendre à
S'évanouir
Dans le blup
D'une bulle de savon
Qui éclate
Avant d'avoir
Touché le sol

vendredi 10 août 2012

La pluie de tes chagrins

J'aimais récupérer la pluie de tes chagrins
Et abreuver mes espoirs burinés
Sous le soleil de nos maladresses

C'était avant que
Ne vienne le vendeur
De distributeurs automatiques d'eau

C'était avant que
Tu ne ruisselles entre mes doigts

C'était avant que
Je n'apprenne
Qu'après la mer
Il y a l'océan

jeudi 9 août 2012

Maragogype

Le vent tombait
Comme une petite cuillère
Dans une tasse de thé
L'orage s'amenait
Comme un nuage de lait
Et les filles d'à côté
S'enivraient de maragogype

mercredi 8 août 2012

Curiosity

Ses yeux teintait l'aube

Il expérimentait
Le principe de rotation
Au bout d'une brosse à chiottes

Et il imaginait les gestes minutieux
Que devait exécuter Curiosity
Tout là-bas
Sur la prochaine escale après la Lune

mardi 7 août 2012

Temps

Il s'attablait au présent
Parmi les apéritifs et les végétaux au vinaigre
Il riait dans ses coudes
Et il reprenait son souffle
Comme sur des montagnes russes

Il lui arrivait de se lever et de foncer vers le passé
Pour le lacérer à grands coups de trique
Comme quand la gnôle donne du courage
Pour aller secouer un clébard dans les fourrés de pays chauds

Il regardait vers le futur
Il lui lançait des ronds de fumée
Et il finissait par porter
Des verres plus foncés
Puisqu'il soupçonnait
Là-bas
Des robes inaccessibles
Qui dansaient sur les mélodies des gondoliers

lundi 6 août 2012

Dehors

Le ciel pompe nos têtes
Comme un géant
Muni
De compresses d'ouate

Nos imperméables

A Hélène Dassavray

Lorsque je pleurerai devant mes clés
Que je ne saurai plus descendre la dune
Que je n'aurai plus accès à la mer

Seras-tu là

Lorsque je tremblerai sans avoir peur
Que la nuit m'aveuglera
Que mes pas auront oublié nos chemins

Seras-tu là

Lorsque j'aurai laissé les fenêtres ouvertes
Que ton parfum se sera échappé
Que le vent aura effacé l'empreinte de ton odeur

Seras-tu là

Lorsque j'aurai perdu la raison
Que mon coeur se sera attardé ailleurs
Que mes mains n'y verront plus rien

Seras-tu là

Et penseras-tu à nos imperméables

Descente

J'ai croisé le Diable. Et j'ai été vachement déçu. Je l'ai vu sortir d'une voiture toute pourrie. Vraisemblablement assemblée dans le sud de l'Asie. Un moteur hybride, un truc de tiède. Il avait une mèche grasse qui lui collait sur le front. Le vernis de ses cornes avait pété et ça craquelait par endroit. Il avait troqué son cuir pour du coton équitable. Il a quémandé du feu à trois ados pour griller un machin biscornu qui avait dû ressembler à une cigarette. Il avait déteint. J'ai croisé le Diable. Et j'ai été vachement déçu. Pour une fois que je me baladais avec mon chéquier.

La vieille chanteuse anglaise

Hier ou avant-hier

Qu'importe
C'était vers 19 h
Après la fermeture des commerces

L'humanité avait les gestes
D'une vieille chanteuse anglaise
Qui chipote sur ses priorités

Elle hésite
Entre
Serrer davantage les lacets de ses bottes de cuir
Et
Saisir son verre de rosé niçois

Citadelle

Tes baisers
A l'assaut de mon cou
Au milieu de l'après-midi
Lorsque plus personne
Ne défend la citadelle
De nos amours

vendredi 3 août 2012

L'orage avançait

Dans les rétroviseurs
L'orage avançait
Précédé de sa cour agitée
De poussières
De brindilles
De bourrasques en robes

Sur le museau de ma voiture
Trois guêpes insouciantes et voraces
Continuaient à se régaler
De cadavres de moustiques
Ecrasés sur le pare-buffle
Dans les rétroviseurs
L'orage avançait

jeudi 2 août 2012

Pièges au lard

Tu savais
Attirer les certitudes
Tu connaissais
La qualité du lard
Pour les faire venir
Tu avais la technique
Pour fondre sur leur corps trapu
Dès qu'elles se présentaient
A ta portée
Et pas une de ces connes
Ne songeait à rebrousser chemin

Paume

Il avait cru capturer
Le monde et ses bestioles
Il croyait les tenir
Dans sa paume
Il les sentait gigoter
Ses doigts échelonnaient
Son étreinte
Il était fier de sa prison
De ses barreaux de chair et d'os
Et il ouvrit la main
Il n'y avait rien
Il s'était monté la tête
Comme on construit
Un château de sable
Dos à la mer
Sans voir venir le gros temps

Le vent dans nos hêtres

Dans nos sandales
Avant l'orage
Secoués comme des hêtres
Nous dansions
A la manière d'un vendeur de gaufres
Qui a envie de pisser

mardi 31 juillet 2012

Corsage

Il promettait beaucoup
A la manière de celles
Qui ouvrent à demi leur corsage
Dos à la foule

Cavalcade insensée

Parce qu'elle déboule comme une dératée
Quelqu'un lui a mis des oeillères
Parce qu'elle a éjecté ses cavaliers
Elle est impossible à débourrer
Ne contrarions pas l'humanité
Dans sa cavalcade insensée

samedi 28 juillet 2012

Fileyeur

Il regardait sa vie
Comme un pêcheur

A l'arrière de son fileyeur
Il tirait sur son mégot
Il savait qu'en bas
Grâce à la traction
Diesel Baudouin
Les filets se remplissaient
Et ça grouillait

Et au fond de l'horizon
Le soleil disparaissait
Comme un oeuf au plat
Qu'on laisse glisser
En inclinant une assiette

jeudi 26 juillet 2012

Manège

Bientôt
On arrivera au sommet
Bientôt on s'immobilisera
Un bref instant
Ensuite on entendra
Le bruit du clapet de sécurité
Qui libérera la nacelle
Et on plongera
Et les cris commenceront
Et les organes s'agiteront
Et l'humus se rapprochera
Et tout ce manège finira

Le temps d'un pastis

Le temps d'un pastis
Assister
Au spectacle
De ses désirs
Qui grimpent
Au sommet des hauts platanes
Pour foutre une branlée
Aux cigales

Désinvolture

Il passait
La marche arrière
De deux doigts
C'était sa façon
D'appliquer
La désinvolture

Les escaliers de la fin du jour

Retrouver
Les escaliers
De la fin du jour
Les descendre
Puis les remonter
Quatre à quatre
Indiquer
Que le temps presse

Bétonner la nuit

Il bétonnait
Les structures
De métal
De la nuit
Il attendait le jour
Pour s'y promener
Et se réjouir
Des rêves
Qu'il avait figés
A grandes giclées
De ciment
De sable
De gravier
Et d'eau

vendredi 20 juillet 2012

Scie sauteuse

Limer nos vies
Y apposer du vernis
Et finir par se couper les phalanges
En taillant la charpente de nos existences
A la scie sauteuse

Attraper la lumière

Sur cette table de prairie
Les papillons cognaient
Nos lampes-tempête

Avec la même obstination
De nos mains sur nos vies

Elle s'étira
Elle leva loin ses bras
Elle dérida son être
Pour attraper le jour
Qui s'échappait par le haut

Occupée à saisir les dentelles de lumière
Elle oubliait
Que je m'intéressais
Aux parfums de la nuit
Sur ses seins

Les boyaux du soir

Les boyaux du soir
Libéraient
Des chiens
Aveugles et puants
Qui partaient
Bouffer de la nuit
En évitant les fèces
Des rapaces
Qui digéraient leurs yeux
Là-haut
Sur les talons du jour

mardi 17 juillet 2012

Le peignoir de la fin du jour

Il réalimentait ses yeux de bleu
En regardant le soir s'installer
Au-dessus des montagnes
Insensible à la fin du jour
Qui tentait de le faire rosir
Encore un peu
En ouvrant son peignoir

Comme les fauves

Un beau jour, même les fauves les plus agiles, sur les surfaces étendues des savanes ancestrales, repèrent au loin la luminescence du porte-bagages d'un véhicule tout terrain. Ce beau jour-là, avant qu'ils ne puissent se tapir, ils ressentent la fléchette à plume rouge picoter leur flanc. Un autre beau jour, il faudra bien se rendre compte qu'on a uniformisé les procédures.

vendredi 13 juillet 2012

A chacun sa pente

A chacun sa pente
Parmi les jambes nues
Les nuques révoltées
Les cartes de crédit coincées

A chacun sa pente
Le nez dans la moquette d'un hôtel
Les mains qui n'adhèrent plus au réel
Les mammifères se dérobent

A chacun sa pente
Les caresses ne sont pas un atout
Les gifles rasent les toits
Fermons les fenêtres

A chacun sa pente
En bas
C'est un tas de pieds nus

La civilisation

Elle me dit vous
Elle lui dit tu
C'est ça
La civilisation

jeudi 12 juillet 2012

Son regard bleu

J'aimais son regard bleu quand nous partions capturer des mâles et des femelles. D'abord il y avait les crépitements. Je veux dire par là celui de la lame sur nos barbes devant les éviers. Et celui du couteau sur les biscottes. J'émergeais dans la lumière bleue de ses yeux. Je pensais aux mâles et aux femelles qu'on allait prendre. Je pensais à leurs activités, là-bas, au fond, au loin, ailleurs, au moment de notre rasage et de nos biscottes, ici, tout près, maintenant, à table. Ensuite il y avait la sortie dans l'air âpre du matin et qu'on aimait goûter du plat de la langue. J'aimais suivre son regard bleu qui fouillait jusqu'aux limites de l'horizon. J'aimais son éclat lorsqu'il débusquait, enfin. J'aimais sa façon d'épauler son fusil à filet. J'aimais le voir s'élancer dans le ciel. J'aimais le voir retomber sur les mâles et les femelles. J'aimais constater que son regard bleu avait bien estimé la distance. J'aimais quand nous partions capturer des mâles et des femelles.

Plein été

L'intensité du vert
Avait atteint
Sa vitesse de croisière

C'est désormais
Ta robe
Qui faisait la loi
Qui commandait
A la faune locale

mercredi 11 juillet 2012

Les pies

A la suite d'une confusion
De gestes ravisés
Une des deux pies
Dans le feu d'une chorégraphie
Sur le bitume
A été aplatie
D'un trait de pneumatique

Dans l'habitacle
Au bénéfice
D'une climatisation automatique
Des airs de samba
Accompagnaient
Des esprits vagabonds
Qui prenaient leur envol
Vers d'autres destinations

La nuit médiane

La nuit médiane
Levait haut les talons
Restait prudente
Elle portait ses rêves
Comme on tient des apéritifs sur un plateau
Les feuilles muettes trempaient
Dans le silence de nos questions

mardi 10 juillet 2012

C'est grand et c'est bétonné

C'est grand et c'est bétonné
Tu aimes t'y limer les dents
C'est la vie sous nos latitudes

Surfaces au sol

Dans le grand restaurant du centre commercial
Nous nous abritons sous les arches climatisées
Nous recherchons la protection des murs
Nous nous tenons tranquilles
Nous observons nos semblables
Les odeurs de leurs cheveux gras
Ne parviennent pas encore jusqu'à nous
Bientôt
Il faudra se lever
Rejoindre la procession
Bientôt
Il faudra s'acquitter de son dû
Et sourire
Ou faire un geste inoffensif
En direction des forces de sécurité
Bientôt
Il faudra passer l'expertise
De nos bonnes volontés
Et de leurs surfaces au sol

samedi 7 juillet 2012

La joie des bosons

Dans les flûtes
Elancées de plastique
Dansaient les bosons
Tout à leur joie
D'enivrer les barbus
Qui leur avaient chatouillé la panse

Le survivant

Nos humeurs
Foncent contre nos vies
Nous les avons marquées
De pastilles
Fixées sur leurs intentions névralgiques
Nous verrons bien
Si à bord de l'une d'entre elles
Un désir a survécu

Ses cheveux

Il respirait
Ses cheveux
Comme on traverse la pluie

Matinée

Les tractions intégrales
Fendent les lumières
Que les quartiers
Laissent échapper
Des canines de leurs gratte-ciel

Sur les cuirs intérieurs
Des familles tranquilles
S'adonnent à des jeux vidéo
Et visionnent des dessins animés
Des animaux fluorescents
Distribuent des accolades

La matinée est paisible
Et son silence recouvre
Les hurlements
De l'herbe qui pousse

mercredi 4 juillet 2012

Les îles de nos chagrins

Creuser en rectangle
Et profond
Y mettre la nuit
Et ses épouvantes
Fossoyeur des relents du jour
Et s'essayer au port de ballerines
Sur le pont d'un brigantin
En quittant les îles de nos chagrins

mardi 3 juillet 2012

A un fil

Il était très embêté
Sa vie ne tenait qu'à un fil
Et ses bras trop courts
N'arrivaient pas à atteindre
La paire de ciseaux
Dans sa poche arrière gauche

lundi 2 juillet 2012

Cette nuit

Cette nuit
Flotte comme un désir
De guitares électriques
De crèmes corporelles

Il faudra bien ça
Pour rivaliser
Avec les cris stridents
De l'aube

Ta gorge

Depuis le sommet de ta gorge
J'ai sauté dans tes rivières
Et j'ai surpris
Trois castors poilus
Qui fabriquaient un barrage

Les fouetteurs de crème

Elle était venue
Du pays où on écrase
Les framboises à la fourchette
Du pays où on étale
Les framboises sur des petits sablés

Elle était venue
Avec sa panoplie de couverts
Bien décidée
A faire chier
Les fouetteurs de crème

La pince

Cette nuit
Les nuages volent en pince
Quelques poivrots imbéciles
Donnent le statut de perle à la lune
Tu préfères y voir
Ce qui nous attend
La lumière grimace
Sous les assauts
De l'obscurité

samedi 30 juin 2012

Tes jambes nues

Tes jambes nues
Suffisent
A rappeler à l'été
Qu'il n'est que
Le technicien de la splendeur

Vésicules

Nous testons des mines humides et chaudes
Nous sommes de petites vésicules
A la membrane tendue et fragile
Nous roulons sans carte
Dans une inconscience abrasive

vendredi 29 juin 2012

L'attente

Tu sens
Ce cacao
Qui se mélange
Au bois chaud

L'odeur d'un couvre-feu
Dans la fraîcheur
D'une cuisine d'été

En attendant
Les chars d'assaut
Et les motos râblées
En attendant
Que l'humanité
Lacère le jour par le milieu

Accoster

Il s'accoudait au bar
Et c'était un accostage
La quête
De cliquetis
De lumières
De corsages
De corsaires
Se tenir droit dans la nuit
Comme en pleine houle
Recourir au bastingage
Et c'est un rythme qui nous échappe

jeudi 28 juin 2012

Hâte

La lumière progressait
Sur les quartiers résidentiels
Et les insectes multiples
Acheminaient de la nourriture
A leurs semblables

Les propriétaires
Actifs dans la chimie invasive
Ne seraient de retour
Qu'au crépuscule
La hâte
Donc
Se généralisait

Pissoir

Il tendait son pastis
Hors de la toile
Et il estimait
A voix haute
Que nous étions
Sous cette pluie
La mouche bleutée
Au milieu d'un vieux pissoir
Sur laquelle on se libère
Dans un désir ivre de précision

Pendant que tu te promènes

Cacher ta chemise de nuit
Et confisquer
Un peu de ta douceur

Tandis que la forêt
Reste seule récipiendaire
De tes caresses

mercredi 27 juin 2012

Ton visage

Ce soir
Le ciel
A la même couleur
Que ton visage
Posé sur ton poing

Le géant

Trouver un géant
Qui sera d'accord
En échange de quelques pâtisseries
De nous broyer entre ses mains
Et d'éparpiller nos poussières
D'une contraction de joues

Les jours de pluie

La pluie bave
Les forêts bleuissent
Les peuplades
D'êtres vivants
Doivent se resserrer

Les nuages
En bancs
A notre hauteur
Nous leurrent
On dirait bien
Les navires
A bord desquels
Nos passions
Avaient embarqué
Dans la chaleur et le vent
A la recherche
De chaque nouveau monde

samedi 23 juin 2012

Nos chapeaux percés

Pourquoi nous
Nos pieds ensablés
Nos mains confuses
Tendues vers des angoisses
Qui tombent en lianes
Dans une jungle infestée
De désillusions affamées
De larmes militarisées
De grammaires inconnues
Pourquoi nous
Nos chapeaux percés

vendredi 22 juin 2012

L'air du soir

Tandis que les milans
Venaient claquer des bisous aux cygnes
Et leur arrachaient parfois un oeil ou deux

Il répondait aux sollicitations de son clébard
Il faisait éclater en l'air quelques pralinés

Dans l'atmosphère saturée
L'écoeurement pouvait enfin rivaliser
Avec la lumière incertaine qui succède généralement
Au coucher du soleil

Entre tes seins

Au crépuscule
La météo
Sur ton cou
Demeure incertaine

Je choisis
Alors
De circuler
En décapotable
Entre tes seins

Esquisse

Tu essaies de te calmer
Tu rassembles tes esprits
Comme on dit
Au matin
Au chevet des grands ducs
Et de ta lente articulation
On déduit que tu cherches
A bousculer des cerises
Pour les forcer à rougir

jeudi 21 juin 2012

Total priapisme

Soûlé de faims
Il engamait ses désirs
Il peinait à ériger ses envies

Alors il s'agitait
Comme un rappeur trapu
Qui abrite un loir dans son caleçon

Alors il donnait des coups de pieds
Comme un voisin en socquettes
Qui n'arrive plus à démarrer sa tondeuse

Proposition

J'aimerais être ta soif
Et connaître l'apaisement des marées
Au fond de ta gorge

Solstice

Les grands plats de nos désirs
Et ses vastes plaines
Penchent dans le sens inverse
De l'horizon

Au fond de nos guérites
Nous avons préparé la soupe
Le soleil fourbu de déclin
Viendra s'y abreuver
Il réchauffera nos peurs

mardi 19 juin 2012

Au bord de l'eau

Fais nager des asticots
Reproduis
L'ancestral traquenard

Réjouis-toi de l'onde troublée
Oublie
Le calme sous ta panse

Eponger la pluie

Nos semelles
Cherchaient
A éponger
La pluie

Assez vite
La vie
S'est résumée
A ça

Derrière elle

Il courait derrière elle
Comme on gueule
Dans un manoir vide
A devenir fou
A ne plus savoir
Qui du vent ou des hommes
Aiguise les vieilles pierres

Un poignard à travers la campagne

Il se hissait à travers la campagne
Il remontait les champs
C'était un poignard
Qui rayait le soir métallique

mardi 12 juin 2012

Il a dit que l'amour

L'amour, il a dit que d'abord, c'était qu'on s'arrêtait. Pour prendre de l'essence. Alors que déjà on était pressé. Alors que déjà on aimait voyager seul dans des berlines puissantes. Et que ce faisant, à la station-service, on jouait avec des allumettes. Et ensuite, voilà qu'on prenait feu avec plus ou moins de vigueur. Les flammes dépendaient de comment ton corps et ton âme faisaient preuve de combustion. L'amour, il a dit qu'enfin, c'était quand tout ça brûlait bien, fort et haut. Et qu'on n'arrivait plus à mettre la main sur l'extincteur.

Etat d'alerte

Respirer
La pluie et le feu
Après leurs étreintes

Tenir prêt
Au fond de sa cabane
L'outillage
Capable de riposte

Alors que le sol
Hésite
Entre trépidations
Et tremblements

lundi 11 juin 2012

Rater une mouche à sa portée

Les jours de grosses éclaircies, tu as un verbe, un sujet et des babioles qui suivent, comme des compléments, des objets, tout un fourbi. Et toi, dans ton brouillard, tu n'arrives rien à en faire. Ce n'est pas que ça fait mal. C'est plutôt un épais désespoir. Aussi évident que de rater une mouche à ta portée. Aussi déprimant que de ne pas pouvoir attraper le sel et le poivre, sur une table, sans te lever, à cause de ton gros ventre. Parfois, tu attends, avec tout ce bazar devant toi. Et le jour décline. Et si tu réussis à ne pas faire de bruit, ta fée peut sortir de l'obscurité et remettre un peu de jus dans toutes tes frusques.

L'ouest vaste et incertain

Dans ces villes de l'ouest vaste et incertain, elle a laissé ses empreintes. Elle a parcouru les rues larges et hautes. Elle y a laissé son parfum. Elle a accroché le reflet de son pas, les battements de son regard sur les vitrines. Elle a croisé briques et bitumes à travers la nuit. Elle a levé la tête pour un rien. Ou si. Au moins défier les étoiles, l'univers et n'oublier personne. Les battements de son coeur traversaient les plaines, les montagnes, les vallées, les détroits et les océans. Ils se transformaient ici en coups sourds, ils tambourinaient sur les crânes de nos vies. Elle respirait la route en pleine lumière, elle dansait avec les poussières. Dans ces villes de l'ouest vaste et incertain, nous avons suivi ses empreintes. Dans ces villes de l'ouest vaste et incertain, nous ne la trouverons jamais. Elle s'est envolée. C'est notre peine. C'est notre drame. C'est notre vie.

samedi 9 juin 2012

Deux chats pouilleux sur une place de parc

La nuit noire cette fois-ci
Deux chats pouilleux sur une place de parc

Les feuilles des platanes
Agacées par le vent
Lui-même exaspéré par le faux silence de l'obscurité
Lacèrent la gorge de la pénombre

Dans les vagues des draps
Hantés par l'empreinte d'un corps
Mes mains naviguent seules
A la recherche du vaisseau
De conquistadors sublimes
Evanouis à la faveur d'une houle épaisse
A l'abordage duquel je me suis maintes fois lancé

C'était le temps des découvertes
Désormais les pirates croisent çà et là
Probablement sur la piste
De deux chats pouilleux sur une place de parc

jeudi 7 juin 2012

Réveil

L'aube me retenait
Dans ses draps de pluie
En pleine clairière
La lumière érigeait le jour
En plantant ses clous de silence

Mes yeux s'ébrouaient
Dans ton parfum de nuit
Distillé de la vapeur de nos désirs
Semblables à des ipomées

mercredi 6 juin 2012

Peu après 15 h 30

Peu après 15 h 30
Les premiers salariés en costumes
Ont commencé à tomber
Ils s'affaissaient
Comme lorsqu'on retire sa main d'une marionnette

Peu après 15 h 30
Nos montres se sont arrêtées

Cabane

Du fond de sa cabane
Il assistait
Au soir qui s'abattait
Sur ces bois giboyeux
Comme une chouette fauve
Sur des lézards endormis

Abri

Sous les frondaisons
Gorgées de pluie
Sur les pavés de vapeur
Immobile dans cette strate terrestre
Il s'abritait
Des gesticulations de Vénus
Qui passait devant le Soleil
En petite tenue

vendredi 1 juin 2012

Franz

Avec Franz, on avait déjà descendu une demi-douzaine de bouteilles de vin de l'intérieur des terres. On les avait flinguées en tirant sec sur les goulots. Au moment de l'addition, on avait essayé de fourrer notre langue dans la bouche de la patronne qui nous avait cuisiné un kilo d'escalopes de veau. Mais Franz était tombé sur moi et ensuite je me suis affalé sur le bois du sol. Et on est resté là. A rire par rasades. Ensuite on a fini par se lever car on avait besoin de sortir la chauve au col roulé pour humidifier la nuit et désodoriser le soir rempli de talons de multiples tailles qui claquaient sur le bitume. Pendant qu'on tirait sur nos braguettes en les prenant pour des trombones à coulisse, Franz aperçut de la lumière au fond d'une échoppe. On n'a pas eu besoin de se regarder sous les réverbères pour décider de s'y glisser. C'était une sacrée trappe à dégénérés. On s'est mis à parler italien et anglais. On toisait sec. On avait beau ne pas bouger et ne pas faire de bruit, on n'entendait rien bouger dans les culottes des bonshommes. Pourtant, deux jumelles jouaient les dresseuses de serpents. A croire que nous étions les seuls, Franz et moi, qui parlions au nom de l'empire des rampants. Et du côté des bois morts, au fond, ça s'est vite remarqué. Tout le monde voulait qu'on montre nos espèces tropicales. Mais nous, on voulait pas trop, les jumelles avait de grosses mains et avec le vin de l'intérieur des terres qui nous grimpait au cerveau comme un crotale, elles nous paraissaient géantes. Alors on a préféré se tirer. Dehors, la lune écrasait les nuages de lumière. On avait encore du temps avant l'aube.

jeudi 31 mai 2012

Au bout de la route

Au bout de la route
Les pieds dans la poussière
Les semelles faméliques
Le visage devient cet océan sans eau

Au bout de la route
Aucune portière n'est intacte
Les pneus dodelinent
On tient la roulotte du vendeur de petits bruits

Au bout de la route
Les visages disparaissent
Comme un agrume au fond d'un soda
Dans l'effervescence de nos silences

Au bout de la route
C'est peu
C'est clair
C'est espacé

Au bout de la route
La lumière vient d'en bas
Les champs sont des danseuses
Les perspectives se sédentarisent

Au bout de la route
On se couvre de sol
On ne sait plus si les jambes se démontent
On se berce de vent

Au bout de la route
On perçoit le fracas des machines
Au-delà des collines
De ceux qui bitument plus loin

mercredi 30 mai 2012

Boucan

Il a dit buvons un coup
On a bu un coup
Et on n'a pas entendu
Frapper à la porte
C'était le livreur d'obus

Cendres

Avec ce vent
A l'allure de nos flammes
Nous serons bientôt
Des cendres

Le soir

La chaleur du soir montait
Comme la vapeur se répand
Dans les vastes demeures
Après les ablutions vespérales
Des maîtres de maison

Le soir
Grand seigneur
Montait dans les étages

Les nuages
Mordorés
Offraient des oreillers époustouflants
Creusés et burinés

Des visages gigantesques
S'y laissaient tomber
Comme on plante le nez au ciel

mercredi 23 mai 2012

Avec Luc et Marc

Au début
La joue chaude sur mon carrelage glacé
Je ne voulais rien

Luc et Marc avaient d'abord sonné
Ensuite ils enfoncèrent la porte
Et leurs bières légères éjaculèrent

Ils ont attrapé les restes de ma joie
La carcasse de mes rires
Les ombres de ma paix

Luc et Marc m'ont attiré dehors
Dans les éclats de cuillères tournantes
Comme on dégote une truite

Et puis on s'est effondré sur des sofas
Dans des odeurs arides de fin de parcours
Nos doigts marquaient l'air

Nous étions des chars de bois
Lourds et précaires
Tirés par nos yeux de sang

Jusqu'à ce que la voix, le parfum et la pose
En travers et fendant le sombre
Domptent nos élans

Nous haletions
Dans leurs paumes sucrées
Et nous les salions de nos joues moites

Le saut

Il s'est détaché de la vie
Comme on lâche une liane
Pour s'écraser dans l'eau
D'une rivière habitée
D'une peuplade discrète

samedi 19 mai 2012

Foule

Parmi les fumigènes, les cordes et le métal
Leurs âmes jumelles
Chinoisaient
Au lieu de courir l'une vers l'autre
Comme des dératées
Et choisir la vie
Dans les délices de ses abysses

Voie rapide

De manière progressive
La vie ressemble
A un blaireau raide
Percuté et couché sur le côté
Au bord d'une voie rapide
Mitée de nids de poule

mercredi 16 mai 2012

Convoitises

Les cadres en moteurs d'appoint pour robotique de pointe
Sortirent simultanément
De leur mallette de tissu synthétique
Une brique de jus de mangue velouté
Présentant un taux minimal de conservateurs

En vue de son écrasement en bout de piste
La journée avait déjà passablement pris son élan
Sa marque dans le sable suscitait déjà les convoitises

Sur sa barque

Ses organes donnaient
Des signes
Des soubresauts
La fatigue et l'usure s'y mélangeaient
Comme du kérosène dans de l'eau salée

Ses organes devenaient les rives
Auxquelles il tournait désormais le dos

Sur sa barque
L'homme du Nord
Fondait comme un glaçon
Dans les mers du Sud

L'horizon

La ligne de l'horizon
Fumait
Comme les contours d'une bûche
Au matin
Devant laquelle
L'humanité saoule
N'avait pu garder
Les yeux ouverts

mardi 15 mai 2012

Ai

Attendu que son parfum revienne
Alors que son empreinte avait disparu

Agacé une princesse en lui agitant
Un brin de blé sauvage sous les narines

Sourcillé du genou
En réapparaissant dans cette ville

mardi 8 mai 2012

Chenils

Dans les viscères de la nuit
Le cri d'un volet
Comme un aboiement
Qui se referme
Sur la chair
De nos chiennes de vies

Serviette

Sur les pavés
La serviette de papier doux
Chargée de stigmates
Roulait comme un gymnaste
Vers une destination incertaine
Qui l'éloignait toujours plus
De l'agile souplesse
D'une langue qui l'avait fascinée
Jusqu'aux épousailles

Le gosier

Le ciel a le gosier en pente
Ce soir
Les nuages glissent à toute allure
Derrière l'horizon
Dans le ventre des montagnes
Au milieu de ce festin
Nos désirs se font cerfs-volants

samedi 5 mai 2012

Les papillons étanches

Dans la friture de la pluie sur les bagnoles endormies, on a levé les yeux vers le lampadaire. On s'est douché sous ces gouttes qui avaient connu leur gloire fugace dans le halo du réverbère. Humides de succès évanescent, ruisselants de renommée éphémère, nous nous rêvions en danseurs populaires, dans des habits de papillons étanches. Lorsque l'aube est arrivée, nous avions pourri, trempés de friture.

jeudi 3 mai 2012

L'acrobate

Sa langue était une acrobate
Elle donnait aux mots de ces élans
Parfois ils semblaient en suspension
Des intonations au bout d'un fil
Elle disparaissait au fond de sa gorge
Dans la nuit du chapiteau
Elle réapparaissait au bord des lèvres
Dans l'intimité du pavillon auriculaire
Chargée de légèreté qu'elle avait décrochée
Au-dessus de nos têtes
Au fond de son être

Fragile

Il a oublié le pain
Et elle l'a trouvé fragile
Comme un rocker
Qui remonte sa braguette

Les friandises

Avant, quand il ne changeait pas de sous-vêtements tous les jours, quand il rotait à chaque fois qu'il pliait trop rapidement les jambes. En fait, quand toute flexion entraînait des ronflements et des sifflements de viscères qui irradiaient depuis l'intérieur de son tronc. Ouais, avant. Quand il attendait toute la nuit dehors pour tirer sur des belettes et qu'il brûlait ses engelures en craquant des allumettes pour passer le temps. C'était cette époque. Il rentrait et lançait ses chaussures d'une ruade contre les parois jaunes et fumées de l'igloo. Donc en ce temps-là,  il gobait les yeux des phoques à même la bête. C'était avant qu'il ne rencontre la dame, celle à qui il aimait tout enlever pour renifler ses étoles fines et parfumées avec des trous raffinés. Maintenant, pour elle, il les enlève de l'animal et il les lui offre dans un petit sachet de peau de ruminant. Comme des bonbons, les yeux des phoques. Sinon, c'est trop attendrissant, elle lui a dit, et elle mange pas les friandises, il a constaté.

Au fond des yeux

Elle a plongé son regard dans le sien
Elle a tapé sa rétine
Comme un bolide dans une borne autoroutière
Et maintenant
Il y a comme un bruit

mercredi 2 mai 2012

Brumes

A la frontière de nos brumes
Nous pistons les humus
Et nous respirons ce calme
Qui appelle
Les grands navires

samedi 21 avril 2012

La mélodie vient ensuite

- Quand tu me parles, j'ai l'impression qu'on danse le sirtaki sur mes couilles.
- Laisse-moi d'abord t'en arracher quelques poils pour équiper ma guitare électrique.

L'ultime chasseur

Le monde est devenu un tel piège
Qu'au fond de nos taupinières
Enivrés par les reflets des plastiques vermeils
Nous devisons
A nous en faire peur
Sur l'existence
Toujours plus précaire
De l'ultime chasseur

La couleur de la nappe

Venir aux choses
Avant qu'elles ne viennent à nous
Et que nous ne puissions plus avoir
Le discret avantage
De choisir
La couleur de la nappe

Comme un choucas

J'aurais voulu vous parler
Seulement voilà
J'étais le choucas
Qui n'avait pas calculé
Que sur cet immeuble
On ne pouvait atterrir
Convenablement

Comment quoi va où

A vous regarder
Vous débattre
Avec vos feutres, vos crayons et vos stylos bille
A ne plus savoir comment quoi va où
A hausser le ton pour savoir
Comme si l'écho de vos vies faisait envie
A jouer vos airs de fanfares humaines
A vous inventer un écrin pour y pisser
A nul autre pareil
Vous excellez à merdiquiser nos espaces

mardi 17 avril 2012

Les dents

On lui disait Jack
Je crois
Ses dents clignotaient
Et elles
Ne savaient plus dans quelle direction tourner leurs yeux
On aurait dit des biches
Écouter du Ravel

Si

Si j'étais Président
Je t'attendrais en bas de l'usine
Et dans ma forêt de gardes du corps
On jouerait
Au loup et au petit chaperon rouge

samedi 14 avril 2012

Rencontre

Tu sors à l'aube
Tu vendanges sous tes pieds
Des gouttes de rosée

Alors que mes chaussures
Titubent
T'évitent
Racontent des alcools
Dans le sourd fracas des violettes pilées

Tympans

Sonner
A la porte des nuages
Parler à l'autre en queue de pie
Adopter des postures menaçantes
Puis les rendre
En dédaignant leurs fonctions obsolètes

C'est de haut en bas
Que les claquements de portes
Nous font exploser les tympans

vendredi 13 avril 2012

Le fleuve

A coups de rames
Remonter un fleuve
Comme je suis
Le cours de tes pensées

Bientôt
Les canots à moteur
Seront à portée de tir

Camion-poubelles

Percuter un camion-poubelles
Comme un chien fou
Et s'étourdir
Des obsessions humaines
En suspension
Dans le frais de l'aube

mercredi 11 avril 2012

Comestible

Combien d'espoirs faut-il broyer
Pour saupoudrer la vie de tristesse
Et réussir à la croquer à pleines dents

Munition

Son rire partait en rafales
Ainsi
Dans les soupers fins
Il faisait une consommation effrénée
De dentiers

Entre le pouce et l'index

Elle se comportait avec lui
Comme on cueille des groseilles
Elle tenait
Le destin d'un monde pressurisé
Entre le pouce et l'index

Dans nos tignasses

On fouillait
A l'aveuglette
Dans nos tignasses
On se tirait le jus
De nos furoncles
Dans la satisfaction des motards
Qui dégotent une station-service
Sur les routes chaudes
Des après-midi déserts

Pas de précipitation

Recroquevillée sur la cuvette
Les jambes serrées dans un jean délavé
Comme des tulipes par un vieux magazine
Elle pissait
Sans sourciller
Et pendant ce temps
Dans la musique du filet
Lui tirait sur son cigare
Et la cendre se tenait tranquille
Ni l'un ni l'autre
Ne se précipitaient

Bien accroché

Les yeux plantés
Dans la carcasse
De sa daurade
Il attendait
Que l'océan viennent le reprendre
Il était bien accroché

samedi 31 mars 2012

Rinçage

Rincer mes hémisphères
Que leurs trottoirs fument
Juste après l'aube
Regarder la nuit perdre ses gants
L'observer se lamenter
Alors qu'ils se font dévorer
Par une bouche d'égout
Friande de nos reliquats

Du fond des bois

Ses yeux
Suivaient sa robe
Avec la raideur et la fureur
De deux sangliers
Lancés à pleine vitesse
Du fond des bois
Vers une clairière

S'accorder au souffle

Sur les balcons de nos addictions
Nos mains
Semblables à des carrosseries froissées
Ne savent plus danser
Dans le rythme
Du souffle de nos mots

Nos tombes

La nuit venue
Allons creuser nos tombes
Installons-y des spectacles de marionnettes
Et recueillons le fracas de la vie
Parmi le tulle et les baguettes

mardi 27 mars 2012

Saufs-conduits

La nuit délivrait des saufs-conduits
A tes mains
Plus rien n'entravait
Ton trafic
Rapide et puissant
Inatteignable
Par les forces de l'ordre
Sur mon corps

La nuit était en chantier

Tu es revenue sur ta phrase
A la manière d'une pelle mécanique 
Tu l'as ouverte par le milieu
En épargant l'eau, le gaz et l'électricité

Dans la béance de nos élans
Tu a entrepris d'amonceler les fourchettes

La nuit était en chantier

L'aube
A grande vitesse
Pressée d'intentions multiples
N'en saura rien

Tes poignets

Tes poignets
Sentaient les fraises
Cachées
A l'ombre du ballet des libellules

L'été avançait
Il claquait ses savates de paille
Contre le marbre sombre
Du palais de nos désirs

lundi 26 mars 2012

On ne pourra pas se déplacer très loin

On ne pourra pas se déplacer très loin
Mon ami
Faire les fiers
Comme tous ces trous du culs et ces trous de bite
Burinés et poilus
En schlapettes
Qui ont tout rasé et bâti des guinguettes
Aux quatre vents
Et qui sourient
Et qui plastronnent
Et qui aveuglent loin à la ronde

On ne pourra pas se déplacer très loin
Il faudra que le vide intersidéral vienne à nous
Qu'importe
Il y aura un vieux bassiste et un batteur sénile
On fera danser l'air
Et peut-être même
Mon ami
Que quelques jolies femmes
Nous offriront des rocks puissants

Tarte aux prunes

Parfois
La force de continuer
Tient
Dans une tarte aux prunes
Lorsque ton épaule s'est dénudée
Et que ta manche y trempe

Devant la sonnette

Il n'a dit à personne
Qu'il se trouvait là

Toutes les conditions
Sont ainsi réunies
Pour recevoir de la visite

Il patiente
Devant la sonnette

Les directions liquides

Il ressort
La poussière
Le vent
Les bas-côtés
Les sodas tièdes
Les cartes roussies
Et Bruce Springsteen

Il s'en fait un grand manteau de vent
Un peu comme l'autre
Avec ses bottes de sept lieues
Qui foutaient les foies

Et il se casse
Dans des directions liquides

Rouvrir la baie

Rouvrir la baie
Dompter la lumière
Pour en faire un piège

Ainsi du dallage
Comme un geiser invisible
Montera son parfum

Et peut-être
Si nous nous tenons
Tranquilles, immobiles, vaguement graciles
Aurons-nous moins envie
De mourir
Vers midi

jeudi 22 mars 2012

L'esprit et les lieux

Il remonta ses manches. Il fit quelques pas dans le silence de ses chaussures de nubuck fauve. Il agaça ses cheveux dans des assauts de doigts gras. Enfin, empli d'air, il expira la notion d'état d'esprit. Alors il fut repris, il fut neutralisé par les analystes des incidences fiscales. Il fut soumis à la notion d'état des lieux. Dehors, les primevères s'échauffaient.

Insouciance

Cassons-nous
Sautillaient les pimprenelles
Sans s'inquiéter
Des services et des bureaux
Qui se chargeraient
De leur recollage

vendredi 16 mars 2012

Tricoter un chandail

Il est en route
Peut-être s'accordera-t-il
Une pause-café
Une turbo-sieste
Peut-être se passera-t-il un disque
Mais il est en route
L'astéroïde 2012DA14
Enfin bref
On sent qu'on s'intéresse à notre sort
Là-haut
Là-bas
Sur l'autoroute des géocroiseurs
Tricotons
A tout hasard
Un chandail
En écoutant siffler les pierres

Avec qui

Avec qui a-t-elle foutu le camp
Avec qui roule-t-elle vite vers les mers et les océans
Avec qui détache-t-elle ses cheveux
Avec qui porte-t-elle ses sandales à la main
Dans la brise et les promesses
Avec qui
Est-ce avec ton parfum
Est-ce avec la pénombre fruitée de ta nuque
Que la définition de l'espoir s'est barrée du dictionnaire

Sur les sentiers

Chemin faisant
Sur les sentiers ridés de nos vies
Chassant à coup de baguettes souples
Les vendeurs et les démarcheurs
De crèmes et de cosmétiques
Nous faisons preuve
D'écoute et de patience
Tandis que des dorées et des argentés
Stimulent leurs humanités
Comme on tire sur un gros biceps

Les merles

Farfouiller sans bruit
Trouver le bon module
Pour ne pas effrayer la douceur
Qui réapparaît
Tremblante et encore mouillée
Elle revient de la nuit
Elle s'est esquintée
Tendons la main et ne bougeons plus
Même si les merles
Eux
Ne peuvent s'empêcher de faire les cons

Il y en a des

- Il y en a des. Ouais, il y en a des. Ouais, ouais, ouais, il y en a sacrément des. Ceux-ci-là qui sont blancs comme de la nacre, pas forcément gros, mais qui donnent de l'épaisseur au plaisir des doigts. C'est ceux-ci-là les des que je parle. Qu'elles mettent dans des dentelles qui nous font aimer l'habit de deuil des soirs omnivores.  Des qui désintègrent les mains au cul.
- Des qui donnent envie de créer des formulaires pour déposer une demande.
- Des comme ça, mon Jacky. Exactement des ceux-ci-là comme ça.
- Des qu'il faut demander la permission pour les toucher.
- Des comme Mireille quand elle nous sert nos Suze-réglisses.
- Des qui nous font croire qu'on est à Casablanca alors qu'on est à Montauban.
- Des pareils. Parfumés du dedans.

Le malheur

Pied au plancher
Nous foncions
Sur l'autoroute de l'ailleurs
Une fois à notre hauteur
Le malheur
Semblable à un contrôle mobile de la vitesse
Nous flashait
Nous piquait les yeux
Nous l'avions vu trop tard
Comme toujours
Lorsque nous sommes
Dans l'excitation
Dans l'infraction
Dans la déglingue organique

mardi 6 mars 2012

Nos espoirs

Le ciel ressemblait
A une plaque d'aluminium

Epaisse

Nos espoirs
Portés par nos yeux
Dressés comme des bâtons de pluie
Cognaient à en crever
Ce plafond ténébreux
Affamés de lumière

samedi 3 mars 2012

Diablesse

Il humait le parfum de cette diablesse
A pleines narines
Dans des râles
De souffleuse à foin
Il s'en étourdissait
Il vacillait
A l'apothéose de sa cacosmie

A l'automate

Ses doigts
Prévus pour le tango
Ont dansé la valse

Dès lors
De l'automate
A jailli
Une bouteille d'eau
Parfumée au thé vert menthe
Sans arôme artificiel
Sans édulcorant

C'était pourtant une satisfaction
Il aurait souhaité
Que sa vie
Prenne cette direction

Vent chaud

Sur ce quai de gare
Dans ce vent chaud
On aurait dit que la plaine ronflait

Petits acariens
Nous trottinions sans bruit
Vers nos destinations
Fuyant les cinglées et les queutards

mardi 28 février 2012

La planète HD 209458b

Soudain
Tout là-bas
Il apparut
Que quelqu'un
Laissait la lumière allumée
De manière intempestive

Une bringue
Une baby-sitter apeurée
Un apéritif dînatoire
Sur HD 209458b
Le domaine des possibles
Semble muni de guitares électriques

Espace

- Aujourd'hui, il faut sortir!
- D'où?

Complicité

Dans un désert
Une route
Au bord
Une masure
Avec
Un ponton abrité
Dessus
Un buriné penché
Sur une canette de soda

Il attend
Là au milieu de tout ça
Que la dernière bulle
Dans la chaleur, la poussière et le vent
Expire

Les rapaces limitent leur déplacement d'air
Comme de la complicité

Sur son visage

Ses doigts passent
De ses rouflaquettes douces et anorexiques
A sa peau tendre et parfumée

Assez vite
On reconnaît le caractère exceptionnel
D'un périmètre

Grand ouvert

Comment ne pas la réveiller
Comment ne pas exiger sa vie, ses rires et ses souffles
Comment ne pas tout allumer
Comment ne pas foutre de la musique
Comment ne pas sortir les côtelettes et rentrer le ventre

Dans ce peu de temps qu'il me reste
Agitons nos corps
Dansons
Buvons
Pétons
Rotons
Appelons l'aube
Réveillons l'aurore
Qu'elles se radinent hirsutes
Parce que nous avons tout chambardé

C'est beau la vitesse
Mais tout passe rapidement
Avec elle