Le périmètre des carburatrices

mardi 31 juillet 2012

Corsage

Il promettait beaucoup
A la manière de celles
Qui ouvrent à demi leur corsage
Dos à la foule

Cavalcade insensée

Parce qu'elle déboule comme une dératée
Quelqu'un lui a mis des oeillères
Parce qu'elle a éjecté ses cavaliers
Elle est impossible à débourrer
Ne contrarions pas l'humanité
Dans sa cavalcade insensée

samedi 28 juillet 2012

Fileyeur

Il regardait sa vie
Comme un pêcheur

A l'arrière de son fileyeur
Il tirait sur son mégot
Il savait qu'en bas
Grâce à la traction
Diesel Baudouin
Les filets se remplissaient
Et ça grouillait

Et au fond de l'horizon
Le soleil disparaissait
Comme un oeuf au plat
Qu'on laisse glisser
En inclinant une assiette

jeudi 26 juillet 2012

Manège

Bientôt
On arrivera au sommet
Bientôt on s'immobilisera
Un bref instant
Ensuite on entendra
Le bruit du clapet de sécurité
Qui libérera la nacelle
Et on plongera
Et les cris commenceront
Et les organes s'agiteront
Et l'humus se rapprochera
Et tout ce manège finira

Le temps d'un pastis

Le temps d'un pastis
Assister
Au spectacle
De ses désirs
Qui grimpent
Au sommet des hauts platanes
Pour foutre une branlée
Aux cigales

Désinvolture

Il passait
La marche arrière
De deux doigts
C'était sa façon
D'appliquer
La désinvolture

Les escaliers de la fin du jour

Retrouver
Les escaliers
De la fin du jour
Les descendre
Puis les remonter
Quatre à quatre
Indiquer
Que le temps presse

Bétonner la nuit

Il bétonnait
Les structures
De métal
De la nuit
Il attendait le jour
Pour s'y promener
Et se réjouir
Des rêves
Qu'il avait figés
A grandes giclées
De ciment
De sable
De gravier
Et d'eau

vendredi 20 juillet 2012

Scie sauteuse

Limer nos vies
Y apposer du vernis
Et finir par se couper les phalanges
En taillant la charpente de nos existences
A la scie sauteuse

Attraper la lumière

Sur cette table de prairie
Les papillons cognaient
Nos lampes-tempête

Avec la même obstination
De nos mains sur nos vies

Elle s'étira
Elle leva loin ses bras
Elle dérida son être
Pour attraper le jour
Qui s'échappait par le haut

Occupée à saisir les dentelles de lumière
Elle oubliait
Que je m'intéressais
Aux parfums de la nuit
Sur ses seins

Les boyaux du soir

Les boyaux du soir
Libéraient
Des chiens
Aveugles et puants
Qui partaient
Bouffer de la nuit
En évitant les fèces
Des rapaces
Qui digéraient leurs yeux
Là-haut
Sur les talons du jour

mardi 17 juillet 2012

Le peignoir de la fin du jour

Il réalimentait ses yeux de bleu
En regardant le soir s'installer
Au-dessus des montagnes
Insensible à la fin du jour
Qui tentait de le faire rosir
Encore un peu
En ouvrant son peignoir

Comme les fauves

Un beau jour, même les fauves les plus agiles, sur les surfaces étendues des savanes ancestrales, repèrent au loin la luminescence du porte-bagages d'un véhicule tout terrain. Ce beau jour-là, avant qu'ils ne puissent se tapir, ils ressentent la fléchette à plume rouge picoter leur flanc. Un autre beau jour, il faudra bien se rendre compte qu'on a uniformisé les procédures.

vendredi 13 juillet 2012

A chacun sa pente

A chacun sa pente
Parmi les jambes nues
Les nuques révoltées
Les cartes de crédit coincées

A chacun sa pente
Le nez dans la moquette d'un hôtel
Les mains qui n'adhèrent plus au réel
Les mammifères se dérobent

A chacun sa pente
Les caresses ne sont pas un atout
Les gifles rasent les toits
Fermons les fenêtres

A chacun sa pente
En bas
C'est un tas de pieds nus

La civilisation

Elle me dit vous
Elle lui dit tu
C'est ça
La civilisation

jeudi 12 juillet 2012

Son regard bleu

J'aimais son regard bleu quand nous partions capturer des mâles et des femelles. D'abord il y avait les crépitements. Je veux dire par là celui de la lame sur nos barbes devant les éviers. Et celui du couteau sur les biscottes. J'émergeais dans la lumière bleue de ses yeux. Je pensais aux mâles et aux femelles qu'on allait prendre. Je pensais à leurs activités, là-bas, au fond, au loin, ailleurs, au moment de notre rasage et de nos biscottes, ici, tout près, maintenant, à table. Ensuite il y avait la sortie dans l'air âpre du matin et qu'on aimait goûter du plat de la langue. J'aimais suivre son regard bleu qui fouillait jusqu'aux limites de l'horizon. J'aimais son éclat lorsqu'il débusquait, enfin. J'aimais sa façon d'épauler son fusil à filet. J'aimais le voir s'élancer dans le ciel. J'aimais le voir retomber sur les mâles et les femelles. J'aimais constater que son regard bleu avait bien estimé la distance. J'aimais quand nous partions capturer des mâles et des femelles.

Plein été

L'intensité du vert
Avait atteint
Sa vitesse de croisière

C'est désormais
Ta robe
Qui faisait la loi
Qui commandait
A la faune locale

mercredi 11 juillet 2012

Les pies

A la suite d'une confusion
De gestes ravisés
Une des deux pies
Dans le feu d'une chorégraphie
Sur le bitume
A été aplatie
D'un trait de pneumatique

Dans l'habitacle
Au bénéfice
D'une climatisation automatique
Des airs de samba
Accompagnaient
Des esprits vagabonds
Qui prenaient leur envol
Vers d'autres destinations

La nuit médiane

La nuit médiane
Levait haut les talons
Restait prudente
Elle portait ses rêves
Comme on tient des apéritifs sur un plateau
Les feuilles muettes trempaient
Dans le silence de nos questions

mardi 10 juillet 2012

C'est grand et c'est bétonné

C'est grand et c'est bétonné
Tu aimes t'y limer les dents
C'est la vie sous nos latitudes

Surfaces au sol

Dans le grand restaurant du centre commercial
Nous nous abritons sous les arches climatisées
Nous recherchons la protection des murs
Nous nous tenons tranquilles
Nous observons nos semblables
Les odeurs de leurs cheveux gras
Ne parviennent pas encore jusqu'à nous
Bientôt
Il faudra se lever
Rejoindre la procession
Bientôt
Il faudra s'acquitter de son dû
Et sourire
Ou faire un geste inoffensif
En direction des forces de sécurité
Bientôt
Il faudra passer l'expertise
De nos bonnes volontés
Et de leurs surfaces au sol

samedi 7 juillet 2012

La joie des bosons

Dans les flûtes
Elancées de plastique
Dansaient les bosons
Tout à leur joie
D'enivrer les barbus
Qui leur avaient chatouillé la panse

Le survivant

Nos humeurs
Foncent contre nos vies
Nous les avons marquées
De pastilles
Fixées sur leurs intentions névralgiques
Nous verrons bien
Si à bord de l'une d'entre elles
Un désir a survécu

Ses cheveux

Il respirait
Ses cheveux
Comme on traverse la pluie

Matinée

Les tractions intégrales
Fendent les lumières
Que les quartiers
Laissent échapper
Des canines de leurs gratte-ciel

Sur les cuirs intérieurs
Des familles tranquilles
S'adonnent à des jeux vidéo
Et visionnent des dessins animés
Des animaux fluorescents
Distribuent des accolades

La matinée est paisible
Et son silence recouvre
Les hurlements
De l'herbe qui pousse

mercredi 4 juillet 2012

Les îles de nos chagrins

Creuser en rectangle
Et profond
Y mettre la nuit
Et ses épouvantes
Fossoyeur des relents du jour
Et s'essayer au port de ballerines
Sur le pont d'un brigantin
En quittant les îles de nos chagrins

mardi 3 juillet 2012

A un fil

Il était très embêté
Sa vie ne tenait qu'à un fil
Et ses bras trop courts
N'arrivaient pas à atteindre
La paire de ciseaux
Dans sa poche arrière gauche

lundi 2 juillet 2012

Cette nuit

Cette nuit
Flotte comme un désir
De guitares électriques
De crèmes corporelles

Il faudra bien ça
Pour rivaliser
Avec les cris stridents
De l'aube

Ta gorge

Depuis le sommet de ta gorge
J'ai sauté dans tes rivières
Et j'ai surpris
Trois castors poilus
Qui fabriquaient un barrage

Les fouetteurs de crème

Elle était venue
Du pays où on écrase
Les framboises à la fourchette
Du pays où on étale
Les framboises sur des petits sablés

Elle était venue
Avec sa panoplie de couverts
Bien décidée
A faire chier
Les fouetteurs de crème

La pince

Cette nuit
Les nuages volent en pince
Quelques poivrots imbéciles
Donnent le statut de perle à la lune
Tu préfères y voir
Ce qui nous attend
La lumière grimace
Sous les assauts
De l'obscurité