Le périmètre des carburatrices

mardi 2 décembre 2014

Soufflé

J'ai mis
Mes yeux dans les tiens
Comme on met
Les petits plats
Dans les grands
Avec la maladresse
De celui qui n'a jamais
Fait un soufflé
Et qui confond
Le mode d'emploi du four
Et le livre de cuisine
J'ai mis
Mes yeux dans les tiens
Et tu m'as dit
Et si
On allait
Manger dehors

lundi 1 décembre 2014

Ronger nos capuches

N'était-ce pas
Un grand mouton
Sali de boue et de feuilles
N'était-ce pas
Ce gros animal
Qui tirait
Brouillards et brumes
Qui ramenait
Le ciel sur la terre
Comme seul un herbivore
Sait procéder
Avec sa langue et ses dents
Pour trier
Le pissenlit de la dent-de-lion
N'était-ce pas
Un grand mouton
Sali de boue et de feuilles
Qui prenait possession
De l'hiver tout affairé
A ronger nos capuches

lundi 24 novembre 2014

Ombres indociles

Il en est, du silence et de la solitude, comme d'une paire de chiens de traîneaux. A ne pas les entraîner à fendre le blizzard et les météos capricieuses, à oublier de les nourrir, ils ne distinguent plus l'aube du crépuscule. Ils finissent par vous dévorer, vous laisser là, votre carcasse aux prédateurs, et à errer sans fin dans des bois profonds, neigeux et abyssaux, jusqu'à disparaître, en ombres indociles.

Un oiseau noir gardait le gris du jour

A Thomas Vinau, en hommage à "Au froid de l'aube"

Un oiseau noir gardait le gris du jour. Il retenait la terre de ses serres, pourtant ridicules ainsi plantées dans l'ampleur du monde. Il l'empêchait de s'égoutter comme on retient un drap qui profite de la nuit pour glisser et s'enfuir. Plantés dans nos bottes, nous fumions nos cigares, nous éructions, nous nous grattions l'entrejambe. Nous lui opposions une frime maximale. Et ça faisait des petits chuintements lorsque nos cendres s'effondraient sur les sols détrempés. Il n'y avait pas beaucoup d'autres bruits par ici. Imperméables, nous considérions le volatile. Nous avions l'impression qu'il allait nous dévorer d'un rire. Nous nous gargarisions de nos frissons. Nos petits sursauts nous galvanisaient. Nous restions ainsi dans le froid, l'humidité et la pénombre perpétuelle, à opposer un rempart à l'oiseau noir qui gardait le gris du jour. Nous savions que nous pourrions compter un jour ou l'autre sur la relève. Nous savions que les migrateurs rapporteraient la lumière.

mardi 4 novembre 2014

Le jaune et le gris

C'est une aube au milieu de laquelle le jaune et le gris en viennent aux mains. Ils livrent le spectacle d'un pugilat de fin de fête. Chacun cherche à marquer l'autre avant de s'enfoncer dans l'hiver comme on regagne la banlieue. Il y a pourtant quelque chose de plus, qui appuie de tout son poids. Voici venir l'équarrisseur. Et ses sacs de jute. Et ses sacs à rognures. Qu'il s'emploie à remplir de minerais d'automne. L'écume aux lèvres, la tête en une fumée, nous nous lancerons à sa poursuite, nous irons récupérer ce combustible pour cramer nos heures sombres.

lundi 27 octobre 2014

La fureur, la rage et la faim

La lumière s'est cabrée. Elle a profité d'une brèche à l'horizon. La lumière s'est redressée. Soudain. Comme un malade depuis son lit voit la porte de sa chambre s'ouvrir sur une présence menaçante. La lumière s'est mise à hurler. Le jour ne laissera pas la nuit marcher sur son corps sans hurler. Sans livrer bataille pour chaque flammèche avalée par l'ombre. Le jour écharpera le crépuscule comme si la lumière ne devait plus jamais éclore. Le jour l'a déclaré. Il se laisse posséder par la fureur, la rage et la faim.

dimanche 19 octobre 2014

Raisins

Les insectes se posaient sur le silence et mitaient l'air. Des êtres pressés étalaient quelques mètres supplémentaires de bitume avant l'hiver. Du fond des forêts, une hâte venait taper, comme un écho, le fond des villes. Et toi, tu avançais tes mains vers mes cheveux, comme on enfonce ses doigts dans un plat de raisins, en quête du grain satisfaisant, lisse et mûr.

samedi 18 octobre 2014

Epopées

Ils arrivent
Ils font du bruit
Ils poussent leurs mécaniques
Ils arrivent
Pour tout casser
Nous nous sommes appliqués
A ramasser
Avec méthode
Les miettes sur la table
Dehors
Sous le porche
Ils arrivent
Nous plaçons alors
Notre confiance
Dans cet automne
Qui s'abat sur nous
Saura-t-il
De son bleu et de son feu
Les écraser
Peu importe
Si c'est à quelques mètres
De notre petit porche
Nous n'aurons pas peur
Je crois
Nous saurons supporter
Le petit bruit
De leurs squelettes
Ainsi rabougris

vendredi 3 octobre 2014

Et soudain tu pleures

Les quinquagénaires
Et leurs petits chocolats chauds
Les matins frais
Tandis que dehors
Des moineaux
Et des merles
Agonisent
Et le soir
Les adolescents
Qui se battent
Pour passer au niveau supérieur
Du jeu télévisé
Et le lendemain matin
Les quinquagénaires
Et leurs petits chocolats chauds
A nouveau
Et tout ça
N'en finit plus
Sauf lorsque tu te mets
A pleurer
Le monde est obligé
De vomir
Devant tant de beauté
Simple et légère

Prise de contrôle

Elle a laissé
Venir l'océan
A ses pieds
Comme on laisse
Un molosse
Qui a tué un des siens
Approcher ses bottes

C'était remarquable
Cette patience
Ce calme
Ce silence
Qu'elle développait
Devant
Toute cette flotte salée

Un jour le molosse
Habitué à l'odeur du caoutchouc
Ne distinguera plus l'odeur du revolver

Un jour l'océan
Ne sentira pas
La chimie
De son usine
A elle
Le pénétrer
Comme on prend le contrôle
D'un réseau d'artères

Nous n'aurons même pas existé

De rage et de fureur
Courir et fendre
L'obscurité
Planter
A deux mains crispées
Son petit couteau
Le canif qui nous sert
De misérable compagnon
L'enfoncer
Dans le gros ventre
De la nuit
Sans même
Prendre le temps
De viser
Pas à la sauvette non plus
Agir d'un trait frêle
Le geste des faibles et des désespérés

Elle rira bien
De grosses secousses d'obèse
Nous n'aurons pas atteint
Ses entrailles
Juste l'épiderme
Un peu endommagé
Un bon jour là-dessus
Et la nuit prochaine
On n'y verra plus rien
Nous n'aurons
Même pas existé

mercredi 17 septembre 2014

Il y a un saucisson

Il y a un saucisson. Il se trouve dans un placard. Au sec, au frais, à l'abri de la vermine. C'est un programme apaisant de faire de ce saucisson le but de sa journée. Après le soleil, la pluie et les éléments. Penser au saucisson durant les aventures du jour. Et puis rentrer. Et aller contempler le saucisson. Au calme. Il n'a pas bougé. Ou si peu. De toute façon, c'est invisible à l'oeil nu. Dans un intérieur de peu d'électricité, se réjouir du moment où on amènera le saucisson sur la table. On le découpera. Pas lentement mais tranquillement. Dans un halo de lumière minimal. Japperont au fond du domaine les bruits mélangés de la ville et de la faune qui descendent vers la nuit. Ensuite, on aura envie de penser à des choses peu compliquées qui amèneront une vision du monde plus vaste. Large comme la traversée d'une prairie verte et fraîche les pieds nus. Loin du verre pilé, des boîtes de conserve abandonnées et des restes de l'humanité. Enfin, après avoir placé une pomme à la place du saucisson, on ira se coucher. Au-dessus d'une obscurité métallique comme une langue sur un couteau.

mardi 2 septembre 2014

Petit rongeur

La joie
Est un petit rongeur
Qu'il faut poursuivre
De la cave
Au grenier
Et ramener
Près de soi
Puisque nous aimons
Que nos êtres
Se fassent
Grignoter

Viens

L'aube
Avançait vers lui
Elle semblait suivre
Un sentier invisible
A l'odeur
Comme un chien
Sorti
Des encens mordorés
D'un Fra Angelico
L'aube venait
Lui lécher les pieds
Elle semblait savoir
Qu'il se tenait
Toujours
Pieds nus
Dans ses sandales
Sur son banc

lundi 1 septembre 2014

Ebouriffés d'aube

Des êtres vivants
Jetés dans le matin
Ebouriffés d'aube

La nuit
A la manière
D'une grosse prostituée
Les a serrés
Dans ses bras sombres
Elle a laissé
Sur leurs cheveux
Des odeurs
De papouilles
Des parfums
De poitrine

Et puis
Elle les a envoyés
Affronter la lumière
Sans les recoiffer
La gorge sèche
Sans salive
Pour se redonner
Un peu d'allure

lundi 25 août 2014

Caresse

La voiture
De police
Etait
Un doigt lumineux
Elle progressait
Sur le bitume
En glissant
Sur les coutures
De la ville
Tressaillant
De rouge
De bleu
Et de blanc
Au loin
On ne savait
Plus très bien
Sous cette caresse
Qui
Des rues
Des banlieues
Ou des fugitifs
Frissonnaient

jeudi 21 août 2014

Les doigts qui craquent

Cette ville
A les doigts qui craquent
Elle semble promise
Aux rhumatismes
Courir vers l'eau
Ne sera
Bientôt
Plus possible
Sans assistance

Suivre et poursuivre

D'abord
Suivre l'été
D'une démarche
De badinage
De début de soirée
L'esprit rosé
Ensuite
Puisqu'il ne répond pas
Presser le pas
Lui tourner autour
En mobylette
Comme il se dérobe
Faire ronfler le moteur
Gonfler l'air de gaz
Enfin carrément
Le poursuivre
Exiger des choses
A haute voix
Se donner en spectacle
Parler d'amour
Alors que nous dégageons
La baise
Alors que nous exigeons
Le petit coup de soleil
Pour se cramer
Vite fait

mercredi 6 août 2014

Ton rire est un ogre

Ton rire
Est un ogre
Qui te dévore
Les joues
A même
Le visage
Et puis
La serviette
Autour du cou
Comme le drapeau taché
Des assaillants galvanisés
Il poursuit
De son pas lourd
Nos oreilles
Puisque ses dents
Ont faim
De nos cartilages

Jus

La nuit
Ressemble
Au jus
D'une cerise
Ou d'un sorbet
Qui coule
Entre les doigts
En attendant
Que l'aube
Respire
Même
D'un souffle
Le dernier
Pour sécher
Tout ça
Et le rendre
Indélébile

mardi 8 juillet 2014

Caprice

Pendant que tu dormais
Je suis rentré dans ta chambre
J'ai pris une chaise
Je me suis assis face à ton sommeil
Avec mes gros godillots
Mes pantalons épais
Mes mains gercées
Posées sur mes genoux écartés
Et j'ai procédé
Avec la méthode
Que requiert
Toute effraction officielle

A une rafle

De tes gestes
De tes souffles
De tes soupirs
J'ai fermement
Menotté et embarqué
Ton sommeil

Je ne savais pas encore
Que loin de toi
Il se fanerait
Comme un arbrisseau
Il s'éteindrait
Comme un petit animal
Qu'on a déplacés
Pour en faire
Un caprice

C'était un matin jaune

Nous avions passé
La nuit
A moudre nos ombres
A contester
Aux réverbères
La paternité
De la lumière
Nous nous sommes
Endormis
Contre nos sacs
De sable sombre
Et nous avons raté
L'arrivée
Depuis le fond
De l'avenue
De ce matin jaune
Sur lequel
Surfeuses insoumises
Vous déferliez

mercredi 2 juillet 2014

Couture

Et si elle essayait
De coudre
Les paupières
De sa nuit
Et si elle y mettait
Un peu du sien
Pour éviter
Qu'il ne foute le camp
Et qu'il aille
Se faire enduire
De lumière
Là où l'aube
Se balade
En petite tenue

lundi 30 juin 2014

Excursion

Un jour, vous êtes deux et vous décidez de prendre la route du col. Vous décidez ça parce qu'il fait un peu chaud dans la plaine et qu'en haut, il doit vraisemblablement y avoir davantage de fraîcheur. Vous arrivez après quelques heures de marche dans une cabane qui est une chaumière sans style, propice à ne pas gêner la trajectoire des êtres jetés en elle. Là, vous découvrez, sans l'avoir forcément cherchée, une vieille boîte de thé, encore garnie de feuilles. Vous procédez à l'ébouillantage de l'eau et à la répartition du liquide dans les tasses. Ensuite, vous laissez floconner les feuilles. C'est à ce moment que l'un de vous deux s'absente. Il quitte la cabane. L'attente est inhabituelle. Lorsque l'autre revient, vous songez à porter à vos lèvres les tasses de thé. Vous découvrez alors, très précisément, que dans l'intervalle, vous en avez bu, du thé, en grande quantité. Pourtant, vous êtes persuadé, puisque vous en avez le sentiment clair, que vous n'en avez bu qu'une tasse. Ensuite, le reste de l'excursion est assez rapidement consacré à approcher une définition de ce qu'est l'amour d'une vie.

Vieux dragueur

L'orage
S'est tiré
Il nous a laissé
La pluie
En rideaux
Mous et gris
L'orage
Est parti
Gueuler
Plus loin
En gruger
D'autres
Avec
Ses lumières
Ses éclats
Ses grognements
Sa voix
De vieux dragueur
Ici ça pisse
Et on chiale
En regardant
L'horizon
Clignoter
Sur d'autres corps

jeudi 26 juin 2014

Pomme

Lorsque tu regardes
Un orage avancer
Une encre
Prendre possession
Petit à petit
Du ciel
Avec la détermination
D'une substance toxique
C'est agréable
De couper une pomme
En quartiers
De lui enlever la peau
Avec toi
Sur mes genoux
En sandalettes
Les jambes nues
Toi qui rêvasses
Toi qui regardes
Dans une autre direction
Toi qui t'en fiches
De la possession du ciel
Dont même la visite
Ne t'intéresse pas
D'ailleurs
Et après l'avoir
Bien coupée
La pomme
C'est une satisfaction
D'aligner les morceaux
Sur la crudité
D'une table en zinc
Ensuite
Il faut hésiter
Ou faire un peu semblant
Avant de les manger
Un à un
En accueillant
Les gouttes

mardi 24 juin 2014

Tout cru

La nuit
A avalé
L'orage
Tout cru
Sans rien
Mâcher
Des éclats
De lumière

On titubait
Dans l'obscurité
On s'enivrait
De ses rots

A l'aube
Au-dessus
De nos têtes
Le ciel
Avec ses petits nuages
En miettes
De mignardises
Ne s'était
Visiblement
Pas brossé
Les dents

lundi 23 juin 2014

Apparition

Lorsque j'ai
Relevé la tête
Tu n'étais plus là

Tu ne t'es pas montrée
Lorsque ma voix
Ferraillait
Avec
Le vent
Les flots
Les cordages
Tout ce qu'il faut
Pour tirer nos corps

Et j'ai cru t'apercevoir
Oui c'est ça
Je crois
De dos
Ta tête
Au milieu de la foule
Aussitôt avalée
Comme un homme à la mer
Ou un évadé en quête de rivage
On ne sait jamais vraiment
Lorsque ça souffle en grains
Et que ça pleut en lames

Seulement voilà
Ma voix s'est enraillée
Comme une fusée de détresse
Mouillée

jeudi 19 juin 2014

Tes cheveux

J'aime plonger
Dans tes cheveux
Car ils sentent
La chute
Depuis une falaise
Tropicale
Ils ont la couleur
D'un arrière-pays
Oublié des vacanciers
Ils sont frais
Comme le regard
D'une amoureuse
Ils rendent fou
Comme la violence
D'une migraine
A ne plus distinguer
La douleur
Du délice

mercredi 18 juin 2014

L'ancien du moto-club

L'ancien
Du moto-club
Maintenant
Prend le train
Avec sa canne
Et son chien tranquille
Dans ce silence
De campagne
Qui précède
L'arrivée
Des locomotives
Il persiste encore
Une odeur de gasoil
Tandis que le chien
Au pied bot de son maître
Garde au fond
De leurs âmes
A tous deux
Comme une poire
Pour la soif
Le suc
Des vrombissements
Des derniers instants
De gloire
Lorsque le train
Ne passait pas encore
Par ici

Gestes simples

Des gestes simples
Dans la maison à l'écart
Un programme
Sans envergure
Champ libre
A l'arbre ancien
Qui rythme tout
Un soir avant la pluie
Il est venu
Ecouter les feuilles
Et puis
La nuit la reprit
A nos gestes simples

Clous

Elle avait
Un sac avec des clous
Dessus
Des chaussures
Et une ceinture
Cloutées
Alors
Avec ma gueule de bois
C'était risqué
De venir
Faire le mariole

Collet à chien

Saisir le monde
Avec un collet à chien
Comme un animal
Errant, perdu et plein de puces
Et l'embarquer
Dans une camionnette
Qui pue et qui bringuebale
Lui faire voir
Ce que la captivité
A de dégueulasse

vendredi 6 juin 2014

Claudiquer

Apprendre
A mon visage
A marcher
Jusqu'au creux de tes mains
Il est pieds nus
Tête en l'air
A sortir en guenilles
Dès le matin
Eperdu
De ton aube
Et avec tout ça
Le chemin
Rugueux de gabions

Une gare

Une gare
Petite
Plantée
Comme un bout
De météorite
Dans une campagne
Penchée
Courbée
Avec des cloques
Une gare
Irriguée
De tranchées
En béton
On dirait
Un champ de bataille
Vide et refleuri
A creuser un peu
On y retrouverait
Des os et du métal
A bien écouter le vent
On entendrait
Des râles
Des pleurs
Le malheur
Tout à ses grandes manoeuvres

Vieux

Tu me manques
Parce que je suis vieux
Comme la fin
D'un quai de gare
Griffé par la pluie
Vieux parfumé
Aux rognures
De poussière
Vieux comme
Un soupir
Lâché en mer
Tu me manques
Je me souviens
Tu arrêtais les trains
Chorégraphe
De particules en suspension
Matelote
Sans jamais vomir

mardi 3 juin 2014

Soudain

Elle le regardait
Comme on se demande
Ce qui se passe
Là-bas
Tout au fond
Au pied du clocher
Au bout de la plaine
Dans L'Angélus
De Jean-François Millet

Elle le regardait
Puisque c'était un miracle
De l'avoir retrouvé

Aussi inespéré
Qu'un camée perdu
Récupéré au milieu
Des herbes folles
A se demander
Comment il avait résisté
A la météo
Au temps
Aux machines
Aux godillots
Qui éreintent
Les prairies
Pressés de gagner
Des surfaces
Dures
Et sans mystère

Tomate

Une vie
A prendre
Avec un couteau
Comme une tomate
Tombée d'un panier
Une vie dont on enlève
La peau
Les pépins
Une vie qu'on dégorge
Une vie qu'on trafique
Pour lui faire
Tout à fait
Rendre son goût
Pour être sûr
Qu'aucune saveur
Ne filera
Dans l'évier

Béton

Elle sentait
Comme
Une maison fraîche en été
Elle avait les cheveux
Attachés de nuit
La lumière
Collée sous ses pieds nus
Ranimaient
Nos couloirs
Privés
De rires et de cavalcades
Lorsque parcourions
Les campagnes
Lorsque nous lacérions
Le pays
De giclées de béton
Acceptera-t-elle
Désormais
De nous abriter

lundi 19 mai 2014

Fouiller le jus

Elle mettait
Ses bras
Au cou
Du gros animal
Elle se suspendait
Tandis qu'en bas
Des êtres
Plus timides
Fouillaient
Le jus
Du gazon
Hâché
Fin et avec force

Carcasse abandonnée

La nuit
Est
A marée basse

Nous
Que l'obscurité
A rejetés
Allongeons nos mains
Vers le ciel
De sable bleu

Nous tentons
D'atteindre
La lune 
Qui est 
Plantée là
A demi
Ensablée

Voici qu'un chien
Tend la gueule
Et semble attendre
La vague incolore
Promise
A toutes les souillures
Du royaume des ombres

Celle qui donnera
A cette lune
Si bon goût
Celle qui suscitera
L'envie de la déterrer
D'une patte
Et de la ronger
Comme on cherche
Le goût de la viande
Sur une carcasse
Abandonnée

dimanche 11 mai 2014

Les nuages en jupe

Ce matin
Les champs
Portent
Les nuages en jupe
Nous allons
Nous planter
Au milieu
Au-dessous
Et guetter
L'éclaircie
Tandis que
La possibilité
D'une averse
Nous donnera
Des frissons

L'éclat des gouttes

Il avançait
Comme la pluie
Prend possession
Des landes
Il marchait
Partout
Avec
Cette assurance
Portée en rafales
Elle sentait
Sa caresse
Ses doigts de bourrasque
Juste avant
Qu'il ne lui échappe
C'était son gaillard
Elle l'aimait
Trempée
Jusqu'aux os
Elle l'aimait
Comme on déteste
Les parapluies
Sans pouvoir
Se passer
De l'éclat des gouttes
Sur leurs tissus

Lapereau

Bouche bée
Comme
Un lapereau
Jeté en apesanteur
Dans les parages
De Kepler-186f
Alors
Ne me demande plus
Avec ou sans sucre
A la caisse
Du restaurant
Rapide

lundi 5 mai 2014

Sanglier

Désormais
Nous étions
La lumière
Qui fonçait
Brutale
Comme un sanglier
A travers les céréales
A ne pas voir
A ne pas entendre
A ne pas sentir même
Les mécaniques
Des moisonneuses batteuses
Désormais
Nous étions
Un trait
Frontal et borné

A trop pleurer

Son visage
A elle
Sentait
Entre ses mains
A lui
La forêt trempée
Immobiles
Ils étaient promis
A moisir
Dans un silence
Lacéré
De choucas
C'était ainsi
A trop pleurer
Et
C'était ainsi
A ne pas savoir
Comment faire façon
Des eaux
Déboussolées des barrages
Qu'ils avaient
Fracassés

mercredi 16 avril 2014

Sur la pente de toi

Sur la pente de toi
Livrée aux bourrasques
Imprévisibles
J'aime le soleil
Qui tombe
En angles éclatés
La masure est séculaire
Elle répond
A un vieux cerisier
Qui fleurit
Systématiquement
Deux semaines
Supplémentaires
Sur la pente de toi
J'aime accueillir
La pluie
Qui n'a pas encore
Trouvé la combine
Pour remonter

L'aube, par-dessous

Nous avons plongé
Dans l'orée
Nous avons nagé
Sous les buissons et les ronces
Nous posions en apnée
Pour voir passer l'aube
D'en bas
Pour regarder
Sous sa robe
Le jour
Et son fracas de lumières
Ruisseler
Entre ses jambes

dimanche 6 avril 2014

Le râteau et le renardeau

Le râteau du jardinier
Met un son sur l'après-midi
Et balaie
Nos projet de sieste
Comme un rapace
Crève les yeux
D'un renardeau joyeux

samedi 5 avril 2014

Épi

Il aimait
Ses caresses
A deux doigts
Comme on remonte
Un épi de blé

Fouiller

Fouiller leurs vies
Comme on retire
D'un chantier
Irrigué d'échafaudages
Quelques ouvriers
Semblables
A des pelotes
De fil de fer
Fouiller leurs vies
Avec l'éclat minutieux
D'une lampe de poche

jeudi 3 avril 2014

Robe de chambre

En robe de chambre
De soie
Poursuivre
Des pigeons
Au sol
Et reprendre
Confiance
Dans son potentiel
Footballistique
C'est un projet doux
Comme un gant
En cuir de veau

Vases

Arrache
Toutes les fleurs
A peine écloses
Du chemin
Si ça te chante
Mais
Reviens
Ici
On fait de la musique
Avec des vases
D'eau croupie

Monastère

Et puis
La porte
De la discothèque
S'est ouverte
Une langue de lumière
Est venue
Lécher
Le comptoir
Les verres
Et là
On s'est aperçu
Que rien
N'était net

lundi 31 mars 2014

Cavalcades

C'était le jour
Que nous poursuivions
A perdre haleine
A tous les étages
De la nuit

En silence ou presque

Elle n'a pas su
Elle ne l'a pas entendu
Personne ne le lui a dit
Elle n'était pas au courant
Il est mort

Comme une feuille
Emportée par le vent
Avant de toucher le sol
Même pas la décence
D'être broyé
Par le râteau et la pelle
D'un cantonnier

Ce n'était pas en silence
Mais vu le peu d'attention
Que l'espèce porte
Aux petits bruits
C'était presque en silence

Elle n'a pas su
Elle ne l'a pas entendu
Il est mort
Comment retrouver
Qui que ce soit
Dans l'humus
Dans la pourriture
Dans les tas
Dans les bottes
Dans les monceaux
Personne ne le lui a dit
Elle n'était pas au courant

Gastro-entérite

Nous étions
Des colibacilles
Nous nous enfoncions
Très profondément
Dans les entrailles de la nuit
Et nous réussissions
Avec persévérance
A la faire
Se plier en deux
Et se tordre de douleurs

Tasse levée

Quand tu bois ton café
Tu es aussi belle
Que le pépiement
D'un oiseau retardataire
Au crépuscule
Qui a reporté son vol
Qui a laissé partir le groupe
Et qui donne la première note
Sa tentative
Pour accorder la nuit

lundi 24 mars 2014

Bitume

Nous regardions
La pluie
Faire frire
Le bitume

jeudi 20 mars 2014

Vers l'avant, vers l'arrière

Au fond
De l'église
A droite
Ils priaient
Pour la paix
Dans le monde
Devant des luminaires
Dont les flammes
Sous un souffle
Indéterminé
Vacillaient
Vers l'avant
Vers l'arrière
Comme
Des petits rappeurs
D'or

Pièges à loup

Avec la ferraille
Des pièges à loup
Que tu places
Dans notre lit
Je te sculpterai
Des boucles
D'oreille
Et s'il reste
Un peu d'acier
Je te construirai
Un appareil dentaire

Anémone

Leur amour
Etait
Fragile et dangereux
Comme la varappe
Sur la paroi extérieure
D'un pétale d'anémone

Regain

Elle a estimé
Qu'il fallait
Se retourner
Elle a choisi
De poser
Les yeux
Sur lui
Comme on rajuste
Une compresse souillée
Sur une entaille boursouflée
Ce regain
Avait l'amertume
D'un reflux gastrique
A empoisonner
Les plates-bandes
A espérer
Une expectoration
A attendre
Comme la fin
D'un tourment
La pluie dans le caniveau
Pour emmener loin
Cette bile rance

Deux vases et des tulipes

Elle est revenue
Dans sa vie
Pour casser
Les deux vases
Et arracher
Les pétales
Des tulipes
Qu'il avait
Sortis
Prématurément
Et placés sur la cheminée
Après l'incendie

Elle est revenue
Dans sa vie
Juste après les pompiers
Pour agiter la suie
Et se faire
Des sabots de cendres

vendredi 14 mars 2014

Sous le rétroviseur

Ses étreintes
Etaient
Des pattes de lapin
Juste sorties
De chez le taxidermiste
Nous accrochions
Notre joie
Au rétroviseur
De nos caresses

Tes cheveux

J'aimerais
Revoir
Tes cheveux
Goûter le vent

Va

Va
Par les ruelles sombres
Et ramène-moi
L'odeur de l'obscurité
Une fois que la nuit
Aura bien transpiré

mercredi 12 mars 2014

L'avenue

Elles remontaient
L'avenue
Comme des saumons

L'instinct farouche

Nos grosses mains
D'ours
Allaient
Nous servir

mardi 11 mars 2014

José

José a mis des pantalons propres
Il a accroché à sa ceinture
Son poignard d'ivoire et de lumière
José s'est parfumé
José s'est préparé à sortir
Il a pénétré le crépuscule
Sombre et encore chaud
José était bien décidé
A éventrer l'imprévisible
D'une lame sèche
Et observer
Quelles directions
Prendraient boyaux et intestins
Répandus sur le sol tiède
De cette ville agitée

Tissus et chiffonniers

Elle a attrapé son regard
Comme on retient
Un désespéré
Qui projette
De se jeter
Sous le train
C'était une histoire
De tissus
Et de chiffonniers

Passagers

Il a souri
Comme un lionceau
Poursuit sa queue

Les passagers
Augmentaient
Il pensait
A des miettes
Soudaines et incontrôlables
Fines et insaisissables

Il a souri
Sans voir la vitre
Comme le moineau
Tout à sa joie

vendredi 7 mars 2014

Pelotes

Notre mélancolie
Nous jetait
Des pelotes de laine
A la figure
Et nous ne savions pas
Tricoter

Renard

Son charme
Est un renard
Qui creuse
Devant un poulailler

Réveil

Le sommeil l'a quitté
Comme un morceau de bois
Rongé par un chien
Mal relancé par son maître
Disparaît
Au bout du courant
D'une rivière

Brume et crachin

Elle a posé sur lui
Ses yeux
Tricotés de brume et de crachin

Puits de lumière

Nos pas dans l'obscurité
Ces flèches
Pénétraient la nuit
Avec la profondeur
De puits de lumière
Nos pas dans l'obscurité
S'enfonçaient
Sur le chemin de nos désirs

mardi 4 mars 2014

Urbanité 3

Il a trouvé ce bar
Comme un marin
Pêche un loup
A la ligne
Solitaire
A force de peine
Alors qu'il n'attendait
Plus rien ni personne
Dans le silence de la haute mer
Il a trouvé ce bar
Il a échoué
A bonne latitude
Pour se noyer

Urbanité 2

La tranche lumineuse
De cet hôtel
Restait plantée
Dans notre âme
Et les souvenirs
Faisaient
Acte de pourriture
En bonnes bactéries

Urbanité 1

La neige s'accrochait
Au sommet
Des taupinières
Comme nous revenions
Avec mille prudences
Sentir cette ville

mardi 18 février 2014

Pince à sucre

Elle l'a embrassé
Comme on largue quelque chose
Au fond de sa tasse
A l'aide
D'une pince à sucre

Notre nuit

Notre nuit
Cet estomac
De lotte
Acide 
A nous emporter
Dans ses profondeurs
Geôles de lumière
Notre nuit
Effraie les marins

Inoxydable

Parmi les ours
Parmi les sosies
Parmi les pompes à chaleur
Tu tournais
De façon gracieuse
Sans manière
Ta cuillère inoxydable
Dans ton café
C'était
Ton genre et ta contribution
Pour lutter
Contre l'empire nauséabond
Du latte macchiato

jeudi 13 février 2014

Une main

Elle lui a mis
La main aux fesses
Comme on descend
A la cave
Accroché à une lanterne
Plongeant
Dans l'odeur de terre roussie
Redoutant
Ce qui pourrait surgir
De cet univers
Sombre et immobile
Sous ses pieds
Habitués
A évoluer
Sur des surfaces claires
Habitués
A danser
Avec la lumière

Rideaux de pluie

A force de traverser nu
Les rideaux de pluie
Il avait une averse
Qui lui collait
A la raie du cul

samedi 8 février 2014

C'était un rire

Des profondeurs musquées
De ton être sinueux
Comme un petit oiseau tropical
Franchit les limites de la forêt
Débouche dans le vide
Doit retrouver son équilibre
Hors des lianes et des aspérités
De tes profondeurs
Oui
Surgit quelque chose
C'était un rire

vendredi 7 février 2014

Oué!

Sa joie était
Une charrette
Remplie
De pots de confiture
Et elle cheminait
Tirée par un vieux boeuf
Sur un ancien chemin
Rongé par les pierres

jeudi 6 février 2014

Poches percées

Ils se sont mis en tête
De tuer le temps
Dans une ruelle
A l'orée du crépuscule
Par un soir
Sombre
Comme une Saint-Barthélemy

Mais

Il leur a filé
Entre les doigts
Il a emprunté
Un itinéraire
Qui passait
Par leurs poches percées

Ces fous
Ivres de leur équipée
Avaient oublié
De les refermer

mercredi 5 février 2014

Les directions de l'aube

Ramasser l'horizon
Comme on plisse un drap
Puisqu'une fois sorties
De notre nuit
Nos routes
Seront différentes
Au loin
Le point de fuite
Ne suffira pas
A nous réunir

mardi 4 février 2014

Lichen

Le matin est en mousse
L'aube était de pluie
Nous sommes la verdure
Nous sommes la nourriture
Des gens des bois
Qui viendront
Nous arracher
De leurs mains
Epaisses
Parcourues d'engelures
Ils nous assoupliront
De quelques coups
De langue
Nous sommes la verdure
L'aube était de pluie
Les plus vigoureux
D'entre nous
Rêvent
Du pays
Du lichen

lundi 3 février 2014

Devant les bois

Il habitait la plaine
Devant des grands bois
Il attendait
Jusqu'à ce que
Quelque chose
En sorte
Il n'a pas vu
Que les chars
Ont donné l'assaut
Par le côté

dimanche 2 février 2014

On vieillit

Ne crépite pas
Flambe
Ne ruisselle pas
Inonde
Ne parfume pas
Empeste

On vieillit
Et on a payé
Pour un sons et lumières
Sans entracte

Alors bien sûr
Ne murmure pas
Hurle
Et puis
N'éructe pas
Vomis

Jetés dans le jour

L'aube
Est arrivée
Plus vite
Que nous ne l'avions prévue

Elle a confisqué
La possibilité
De nos langues

L'aube nous a jetés
Dans le jour
Comme un videur

Je commençais juste
A m'enivrer de toi
Mais je tenais encore
Debout
Je ne faisais pas d'esclandre
Sur le pavillon feutré
De ton oreille

Philip Seymour Hoffman est mort, chargeons le vent

Charger le vent
Avec nos dernières larmes
Tenter la noyade
Par surprise

Charger le vent
Qui nous a pris
Jusqu'à ton odeur
Et que nous n'avons pas su abuser
Avec des eaux de toilettes
Capiteuses

Charger le vent
Lui enfoncer
Notre tristesse
Au fond de la bourrasque

Charger le vent
Et alourdir de nos pluies intérieures
Son royaume
Pour en faire
Un marécage

Charger le vent
Pour qu'il se sente
Chez nous
Bien dégueulasse
De boue

vendredi 17 janvier 2014

Je suis ton cendrier

Ton regard
De braise
S'est éteint
A force
De trop
Tirer dessus
Il n'en reste
Que des cendres
Et moi
Je suis ton cendrier

Le ciel a traversé le plancher

La pluie
A tout fait pourrir
Au-dessus
Le ciel a traversé
Le plancher
Il s'est écrasé
Sur nos vies
Déjà elles-mêmes
Très effondrées
Sur nos corps
Déjà eux-mêmes
Très tassés
A ne plus savoir
De la poussière
Ou des nuages
Qui faisait le plus
De brouillard
Qui semait davantage
De confusion

mardi 14 janvier 2014

Tamanoir

Nous buvions
Des crèmes de soja
Nous étions
Déjà morts
A jouer
Les prédateurs
De végétaux
Nous étions un peu
Le tamanoir
Qui laisse sécher sa langue
Pour que les fourmis
En fassent un toboggan

samedi 11 janvier 2014

Mèche de feu

Ma main
Tente
De remettre
En place
Une mèche de feu
Derrière ton oreille
Comme un vieux rocker
Raccroche son micro
Avant de se lancer
Dans quelque chose
De plus mélancolique

Les viandes

Il les avait vus
Et leurs véhicules
Commerciaux suréquipés
Il les avait observés
Et leurs vêtements matelassés
Leurs vies progressaient
A vitesse constante
Il évoluait
A l'affût
Il savait
Qu'il ne faudrait
Pas faire de bruit
Les viandes
Perdent de leur beauté
Une fois stressées

Petit papier

La joie
Ce papier
De bonbon fin
Avec une si grande
Prise au vent
Une fois dépouillé

vendredi 10 janvier 2014

La paupière du jour

Elle s'est endormie
Entre l'aube et la lumière
Sous la paupière du jour
Qui faudrait-il faire pleurer
Pour la réveiller
Et la tirer de là
A grands coups de larmes

Fragiles

La lumière
Se répandait
Comme ton parfum
Et je jouais à être le jour
Et tu jouais à être la nuit
Et nous étions aveugles
Seules comptaient
Les possibles caresses
Déployées dans nos désirs
Avec la fragilité
D'un bateau dans une bouteille

jeudi 9 janvier 2014

Inflammation

Le soleil
Enflammait
Le quartier
Résidentiel
Et préfabriqué
Le trafic s'écoulait
Sur la voie rapide
C'était paisible
Une exacte sensation
De nos conditions

Si nous collions 
Nos oreilles
Au sol
A la manière
Des anciennes peuplades
Qui nous ont engendrées
Si nous nous couchions
Sur la terre
On pourrait
Probablement 
Entendre
Le début du roulis
Des chariots
Dans les supermarchés 
Saisis au réveil

Tandis que
Le soleil 
Poursuivait
Son inflammation

mercredi 8 janvier 2014

Aimanter le gravier

L'ombre portée
Du gravier
C'est mon effort
Pour te retenir
Mais tu es
En chaussures
De sport
Et rien
Ne t'aimantes
Au bitume
Je ne rattrape
Que des salissures
Que des vomissures
Et parfois
Des chaussures
Vides
Jamais
De matière vivante

mardi 7 janvier 2014

Une absence

Cette année
Est vierge
De toi
Il n'y aura pas
De réponse
Ce que c'est sordide
Une absence
Une fois que les murs
Sont repeints

Partie

L'ombre a gagné
Des parts
Sur la lumière
On a assisté
A ça
On était ceux
Qui ne comprennent
Rien aux jeux de cartes
Mais qui aiment
Les moquettes
Profondes et vulgaires
Des casinos

Imminence

Les jeunes chanteurs
Agitent beaucoup
Leurs petites mains blanches
Incarcérées de cigarettes
Des gens calmes et cérémonieux
Parlent souvent
De petites fleurs
Il semble aussi
Que le luxe
Se démocratise
Tout ça sent
Loin à la ronde
La guerre
L'étripage en règles
Inexorables

L'aube titube

L'aube
Est un vieil alcoolique
Rose et rouge
Aux haleines
D'ombres macérées
En fin de nuit
Elle a cette dignité
De ne pas vomir
A nos pieds
Et de disparaître
On ne sait trop où
Parce qu'au fond
On ne veut pas chercher
Avant midi