Le périmètre des carburatrices

lundi 27 octobre 2014

La fureur, la rage et la faim

La lumière s'est cabrée. Elle a profité d'une brèche à l'horizon. La lumière s'est redressée. Soudain. Comme un malade depuis son lit voit la porte de sa chambre s'ouvrir sur une présence menaçante. La lumière s'est mise à hurler. Le jour ne laissera pas la nuit marcher sur son corps sans hurler. Sans livrer bataille pour chaque flammèche avalée par l'ombre. Le jour écharpera le crépuscule comme si la lumière ne devait plus jamais éclore. Le jour l'a déclaré. Il se laisse posséder par la fureur, la rage et la faim.

dimanche 19 octobre 2014

Raisins

Les insectes se posaient sur le silence et mitaient l'air. Des êtres pressés étalaient quelques mètres supplémentaires de bitume avant l'hiver. Du fond des forêts, une hâte venait taper, comme un écho, le fond des villes. Et toi, tu avançais tes mains vers mes cheveux, comme on enfonce ses doigts dans un plat de raisins, en quête du grain satisfaisant, lisse et mûr.

samedi 18 octobre 2014

Epopées

Ils arrivent
Ils font du bruit
Ils poussent leurs mécaniques
Ils arrivent
Pour tout casser
Nous nous sommes appliqués
A ramasser
Avec méthode
Les miettes sur la table
Dehors
Sous le porche
Ils arrivent
Nous plaçons alors
Notre confiance
Dans cet automne
Qui s'abat sur nous
Saura-t-il
De son bleu et de son feu
Les écraser
Peu importe
Si c'est à quelques mètres
De notre petit porche
Nous n'aurons pas peur
Je crois
Nous saurons supporter
Le petit bruit
De leurs squelettes
Ainsi rabougris

vendredi 3 octobre 2014

Et soudain tu pleures

Les quinquagénaires
Et leurs petits chocolats chauds
Les matins frais
Tandis que dehors
Des moineaux
Et des merles
Agonisent
Et le soir
Les adolescents
Qui se battent
Pour passer au niveau supérieur
Du jeu télévisé
Et le lendemain matin
Les quinquagénaires
Et leurs petits chocolats chauds
A nouveau
Et tout ça
N'en finit plus
Sauf lorsque tu te mets
A pleurer
Le monde est obligé
De vomir
Devant tant de beauté
Simple et légère

Prise de contrôle

Elle a laissé
Venir l'océan
A ses pieds
Comme on laisse
Un molosse
Qui a tué un des siens
Approcher ses bottes

C'était remarquable
Cette patience
Ce calme
Ce silence
Qu'elle développait
Devant
Toute cette flotte salée

Un jour le molosse
Habitué à l'odeur du caoutchouc
Ne distinguera plus l'odeur du revolver

Un jour l'océan
Ne sentira pas
La chimie
De son usine
A elle
Le pénétrer
Comme on prend le contrôle
D'un réseau d'artères

Nous n'aurons même pas existé

De rage et de fureur
Courir et fendre
L'obscurité
Planter
A deux mains crispées
Son petit couteau
Le canif qui nous sert
De misérable compagnon
L'enfoncer
Dans le gros ventre
De la nuit
Sans même
Prendre le temps
De viser
Pas à la sauvette non plus
Agir d'un trait frêle
Le geste des faibles et des désespérés

Elle rira bien
De grosses secousses d'obèse
Nous n'aurons pas atteint
Ses entrailles
Juste l'épiderme
Un peu endommagé
Un bon jour là-dessus
Et la nuit prochaine
On n'y verra plus rien
Nous n'aurons
Même pas existé