Le périmètre des carburatrices

samedi 24 décembre 2016

Les baisers chauves

Il l'aimait
Comme on passe
Sa main dans ses cheveux
Il prenait possession
Des territoires hirsutes
En quelques coups de paume
Il avait l'allure au poing
Il redonnait de la décence
Aux fins d'après-midi d'été

Jusqu'à ce que le tempo
De leurs fougues ébouriffées
S'essouffle en baisers chauves

Désormais
Ils se rendent
Chez le coiffeur

Retenir la lumière

Retiens
Comme tu peux
Le jour
Distrais-le
Raconte-lui
A peu près
N'importe quoi
Utilise ses propres ruses
Enfume-le
Sors le matériel pyrotechnique
Avec le faux brouillard
Barre la sortie à la lumière

Pendant que tu gagnes du temps

Ici nous amenons des camions-citernes
Nous déversons du kérosène
Sur des bâtisses en ruine et du bois mort

Nous allons tout faire flamber

Nous nous enivrerons de notre propre jour
Nous boirons notre propre lumière
Nous apercevrons
Dans les braises, dans leurs danses, dans leurs ascensions
Tout ce que le jour nous a pris
Tout ce que nous avons tant aimé

mardi 29 novembre 2016

Clapotis

C'est la lumière
De nos journées à l'océan
Ramenée à la petite cuillère
Posée au milieu d'une lanterne famélique
Filée au plafond du vieux palais
Sur le bord de l'avenue poissonneuse

C'est une clarté
C'est une proposition qui s'enfuit
Aux trousses de laquelle
Nous avons lancé
Mille chiens insuffisants

C'est par cette lumière
Que nous voulons être inondés
Pauvres galériens
Qui tambourinons
A la porte du palais
Pauvres fous
Qui estimons
Notre équipement adéquat
Pour assiéger
Les surdités assoupies
Des vieux concierges

Pendant que nos guetteurs
Se font abuser par les bruits d'eau
Venus du fond de l'avenue
Par des clapotis
Que des années de guenilles
Au royaume
Gorgé de foule
Où tu n'es pas
Réussissent à déguiser
En houle

dimanche 9 octobre 2016

Le projet

Avec des gestes
Avec des mines
Avec des silences
Je racontais
La patience
La persévérance
La minutie
Toutes ces émotions
Muselées
Pour envoyer
Des petits modules
Là-bas
Au fin fond
De l'univers
Qui n'a rien d'une fin
Ni d'un fond
Et je poursuivais
Avec l'attente
L'angoisse
De ne pas savoir
En réalité
Très exactement
Ce qui pouvait
Gripper la manoeuvre
J'argumentais
Sur la fureur de l'espace
Sur cette audacieuse conquête
Et tu me dis
Que tu travaillais
A la même chose
Que tu te penchais
Sur des plans similaires
Tu me dis
Que tu avais le projet
De te pencher sur moi
De m'embrasser
Et de m'emmener

Le tilleul et la feuille

Pas vraiment tôt
Pas vraiment tard
Non plus
Dans le jour
Encore en habits de nuit
Le tilleul
En bas de la route à droite
Le sentinelle
De nos allées et venues
Le tilleul
A perdu une feuille

Nous l'avons regardée

Nous avons observé
Sa chute qui dansait
Et nous avons pensé
A sa vie, à son moment
Aux orages
Qu'elle avait subis
Tapie dans l'épais feuillage
A l'agitation de l'été
Qui était venue tapiner au pied
De son tronc
Nous nous sommes souvenus
Des essaims de volatiles
Qui assourdissaient
Les branchages
Qu'ils quittaient
Comme des désespérés
Lâchent un comptoir

Nous nous sommes remémoré
Tout ce raffut
Et nous avons goûté
Le bruit du silence
De cette feuille
Qui s'écrasait
Dans l'humidité
Et pour qui s'ouvrait
Désormais
Le royaume
Des fouisseurs

jeudi 15 septembre 2016

Le bar

Le bar
Ouvert sur la pluie
Lumineux
Comme des grandes dents
Profond
Comme une bouche
Ouverte jusqu'à la glotte
A ne pas savoir
Au juste
Ce qui en sortira
Ce qui y rentrera
Le bar
Comme une balise
Un battement électrique
Au milieu d'une tempête
D'enrobés bitumineux

Les proies

Le matin
Nous a saisis
Le matin
Nous a volés
A cette nuit
Qui nous appartenait
Il a battu des ailes
Jusqu'à très haut
Et puis il a ouvert ses serres
Et il nous a regardés
Nous écraser
Dans ce qui restait d'aube
Nous décomposer
Dans des odeurs de brutes

mercredi 14 septembre 2016

Grillades

Rôtir
Quelques espérances
En éponger le suc
Avec la mie
De nos souvenirs

vendredi 12 août 2016

Cavalcade

Nous laissions
Filer notre vie
Comme un chien rapide
Sur la plage déserte
Entre eau, sel et sable
La bête cherchait
A prendre l'océan
De vitesse
Excitée par le sol
Humide et mobile
Qui se dérobait sous ses pattes

Nous laissions
Filer notre vie
Nous la regardions
Disparaître
Dans les embruns
De l'entre-saisons
Il y avait ce frisson
De savoir
Si et quand
Elle réapparaîtrait

Nous laissions
Filer notre vie
Nous la regardions
Revenir
En cavalcade puissante
Et il nous semblait
Qu'elle tenait quelque chose
Dans la gueule

mercredi 20 juillet 2016

Disparates

Tu as pris ton regard
De gorille qui termine les mégots
Et tu as troué de cendres
La peau de nos envies
La chaleur de l'été a rendu tout ça
Collant et puant
Et puis c'était fini
Il ne restait plus de nous
Que des traces de suie
Disparates

Se précipiter vers le jour

Attendre le jour
Se précipiter vers lui
Et puis
A grandes mains échevelées
Lui faire promettre
De ne plus jamais
Nous abandonner
Et puis
L'entendre rire
A faire peur aux étoiles
Enfin
Après une journée
Dans l'ombre de la lumière
Se soumettre
Aux sommations
De la nuit
Les mains sur la tête

Les petits territoires

Parce qu'il s'était dérobé
Parce qu'il t'avait mis
En cale sèche
Tu as essayé
De retenir l'océan
Comme on saisit
Un drap
Comme on se dispute
Pour de petits territoires
Promis à devenir
Les rampes de lancement
De nos voyages inaccessibles
T'inquiète
Il reviendra
Il t'emportera
Il noiera tout

jeudi 9 juin 2016

Reprise

J'ai envie
Que la nuit me reprenne
Oui mais la nuit
N'a pas
La tête à ça
Elle ne veut pas
De toi
Elle ne reprend pas
Les occasions manquées

mercredi 8 juin 2016

Taxis

Comme si tu revenais
D'un long voyage
Toi
Comme un avion
Qui s'appuie sur l'air
Semblable à un vieux coude
Qui cherche à se poser
Sur un accoudoir
Je me souviens
De ton tempo
De tes taratatas
De la vie
Avec toi
Haute et exposée
Que j'ai pleurée
Que j'ai attendue
Comme une carte postale
Après l'avoir laissée filer
Je me souviens
Et on dirait

A échanger nos taxis
Que c'est
Comme si tu revenais
Que tu vas me raconter
Ton long voyage

mardi 7 juin 2016

Cordes

Le ciel
Compact et sombre
Comme une coque de paquebot
Il pleuvait des cordes
Et personne ici
Pour s'accrocher à elles
Et monter à bord

lundi 6 juin 2016

Siphon

L'un a haussé
Les épaules
Et ensuite
L'autre a haussé
Les sourcils
Grâce à cet appel d'air
L'un a pu siphonner
Un peu de tristesse
Au fond de l'autre
Et faire redémarrer
Le tank
Du vieux dictateur
Jusqu'à la prochaine guerre

Sentinelles

La forêt
Et ce qui restait
De vent
A la va-vite
Ont brassé
Quelques feuilles
Qu'ils ont appliquées
Sur le silence
Un grimage maladroit
Censé le soustraire
Aux fracas
Des tronçonneuses
Restait l'odeur de l'essence
Au sombre dessein
Lancée dans l'air
A l'assaut des sentinelles des bois

Arcs et flèches

On a voulu
Atteindre
Avec nos arcs et nos flèches
Les trois étoiles
Les plus lumineuses
Celles qui donnaient
Le signal de départ
A la nuit
A nos courses effrénées
Dans l'obscurité

On a espéré
Qu'elles s'effondreraient
Un peu plus loin
Dans la forêt

On a imaginé
Envoyer nos Weimar
Les cueillir

On s'est réjoui
De pouvoir les moudre
Fin
Au pilon
D'en faire de la poudre

On s'est monté la tête
Sur les vertus de ce talc
Sur ses pouvoirs
D'adhérence
Dans les passes obscures

Dérobade

Retiens-toi au jour
Ce n'est pas que
La nuit se dérobe
Sous tes pieds
C'est que
La ville est visqueuse
Certains n'ont pas réussi
A garder leurs entrailles
Au fond de leurs joies

Pacotille

Mal équipé
Dans la précipitation
J'avais oublié
Piolets et mousquetons
Dans ma remise
Celle des ascensions
Ratées et estropiées
Mal équipé
Parti
Le poitrail
Saisi des vigueurs de l'aube
J'ai tenté
De passer
De la base de ton cou
Au sommet de ta nuque
Et je me suis fait emporter
Dans l'avalanche de tes cheveux
Estourbi dans ta chute de reins
Comme un aventurier
De pacotille
Qu'aucun hélicoptère
Ne remarquera
Tellement inanimé

Wombats

Il a souhaité
Entamer l'été
Alors que d'autres
Saisissent un couteau
Affûtent des lames
Il a souhaité
Entamer l'été
A dos de libellule
En dresseur de wombats
Il a souhaité
Aligner la lumière
En petits wagons
Son désir d'horizon
Comme seule
Locomotive

mercredi 4 mai 2016

Vague

Comme une vague
Venue du fond de l'horizon
Pour noyer nos matins
Salis de désirs
A qui on a ouvert le ventre

Comme l'océan
Venu faire la loi
Lancé en campagne hostile
A l'assaut de la terre
Encore assoupie

vendredi 15 avril 2016

Reliques

Regarde
On voit
Ton sécateur
Qui luit dans le sombre

J'attends l'aube
Je me prépare
J'irai cueillir le jour
Et je lui arracherai
Un à un ses pétales

Et après

Et après je laisserai
Tout en plan
Comme
Un festin sec
De prédateur
Comme
Les reliques
D'une sauvagerie

Regarde
On voit
Ton sécateur
Qui luit dans le sombre
Range un peu ça
Ne te donne pas
En spectacle
Ne sous-estime pas
La lumière
Et ses ruses

lundi 11 avril 2016

Livrée

Le livreur
De vins fins
Est venu
Amener
Sa tristesse
En petits cageots
Devant la porte
De bois rouge
Importé d'une île
Lointaine et défigurée

Celle qui tirait
Des bières
S'est arrêtée
De tirer des bières
Ils ont parlé
De ses kystes
Qui lui donnaient l'air
D'un vieux crocodile
Le livreur
De vins fins
A eu droit
Ensuite
A un peu de blanc
Servi dans un verre trapu
Qui ressemblait à sa démarche
De souriceau obèse

Celle qui tirait des bières
S'est remise
A tirer des bières
Le livreur
De vins fins
S'est mis
A parler un peu tout seul
"On y va", lançait-il
A des chevaux
Invisibles et miniatures
Sur le comptoir
"Bon", ajoutait-il
Comme un ancien dresseur
De chiens

Puisque les voix
Dans les hauts-parleurs
Ne lui répondaient pas
Il a traversé
Dans l'autre sens
La porte de bois rouge
Importé d'une île
Lointaine et défigurée

Il a laissé ses petits cageots
De tristesse
Il reviendra demain
Il les chargera dès l'aube
Il sait qu'il n'en a pas l'utilité
Puisque la nuit a promis
De lui masser l'épiderme

Celle qui tirait des bières
A pris soin
D'ailleurs
De les mettre de côté
Afin que personne
Ne trébuche

lundi 4 avril 2016

A bout portant

Tirer à bout portant
Dans les genoux de l'après-midi
Regarder l'ennui
Couler, s'étaler
Comme un dégazage
Et trouver une place
A bord d'une fourgonnette 
Où les soupirs sont
Serrés et patibulaires 
De vrais soldats de régime sanguinaire
Croire
Après avoir soumis
Les dernières heures du jour
Qu'on peut partir 
Maintenant à l'assaut
De la nuit
De ses citadelles excitantes
Croire qu'elle nous laissera
Même approcher
Respirons encore
Car nous n'entendrons pas
L'obscurité
Ses grands mouchoirs
Serrés dans ses grosses mains
Nous ne l'entendrons
Même pas
Nous étouffer

dimanche 20 mars 2016

Papillons rôtis

Regarde-les s'éparpiller dans la nuit, regarde-les se déconcentrer au contact du vent. Nous allons au devant de beaucoup de tristesse en multipliant nos gestes pour extraire les papillons du ventre du crépuscule. A s'obstiner à les faire rôtir. Ensuite. L'obscurité ne se cabrera pas avec délicatesse, elle ne soupirera pas avec profondeur sous nos papouilles. Il y aura des cloques. Plutôt. Irrégulières et gorgées. Lorsque les après-midi de pluie ne chantent plus sous nos caresses, il y a quelque chose de brisé. Au sens du vent.

vendredi 4 mars 2016

L'aube suivante

Ce matin
Le jour
Est un chien mouillé
Tu hésites à le faire rentrer
Tu sais que nous serons
Hypnotisés par son odeur
Tu sais qu'à peine rentré
Il se précipitera sur nous
Tu sais que
Nous nous laisserons attendrir
Nous nous lancerons à l'assaut
De cette féroce humidité
Tu sais que ce sera
Lumineux
Pourtant
Tu préfères
Attendre la nuit
Et plier des linges
Jusqu'à l'aube suivante

Raffut

La nuit
A refermé
Ses mâchoires
Sur nous

Elle nous a avalés
Tout cru
Nous voici
Dans des entrailles
Sombres et visqueuses

Et toi qui me dis
Nous sommes encore vivants
Et toi qui me dis
Nous ne sommes pas morts
Et toi qui me montre
Nos violons
Et nos musiques à bouche

Notre raffut
Viendra cogner
Comme une bête
Aveugle et surexcitée
Contre les parois
De ces profondeurs acides

mercredi 2 mars 2016

Assaut

Tes cheveux
Sont
La Camargue
De mes désirs

Mes mains
Sont
Des chevaux
Lancés
A l'assaut
De toi

Fendre la nuit

Tu es le seul
A fendre la nuit

D'autres ont voulu
Ils ont montré
Les dents
Ils ont
En vain
Cherché leurs couteaux

Tu es le seul
A découper
Les couches
De nos solutions hasardeuses

Lorsque l'aube
Met de la lumière sur tes mains
Tu regardes
Des traces
Des lignes
Les petits chemins de poussière
De tous ces espoirs
Venus du fond des ventres
Que la nuit a moulu
Fin
Avec la force
De papouilles sombres

Tu es le seul
A fendre la nuit
D'autres ont voulu
Ils se sont
Perdu en chemin

lundi 29 février 2016

Dans les parages de l'horizon

L'orage
Se tricotait
Au-dessus de l'océan
Dans les parages de l'horizon

Et nous démêlions
Sur notre bande herbeuse
Les filets des chalutiers
Laissés par
Ceux qui
Nous avaient
Si bien
Fait l'amour
Hier
Et avant-hier aussi
Dans l'oubli des gouvernails

Ceux qui
Maintenant
Chevauchant d'autres houles
Etaient écrasés
Par les poitrines opulentes
Du gros temps
Là-bas au fond
Dans les parages de l'horizon

vendredi 26 février 2016

Taxi

Entre la fin de la nuit
Et le début du jour
Réussir à capturer
Un taxi
Et le chauffeur qui nous dit
Si vous voulez
Je vous emmène loin
D'abord par là

Et partir

Et parler
Des prédateurs
Des roselières
Et regarder la Beauce
Et ne pas réussir
A tisser des liens exacts
Entre eux
C'est la fin de la nuit
Et le début du jour
Juste au milieu des deux

Et la police qui roule vite
Vers l'horizon
Comme à son habitude
Et toi qui a encore un peu
De tabac propre
Pour ceux qui ont tout arrêté
Tu me dis
Comme une précision
Et la police qui fait
Du vent dans nos cheveux
En roulant vite
Comme à son habitude

On est une échappée
On pose nos yeux
Hors d'atteinte
Sur le haut des arbres
La cime
Tu me dis
Comme une précision
Et nos corps
Se tiennent tranquilles
Au milieu
Entre le début du jour
Et la fin de la nuit

mardi 12 janvier 2016

Flambée

Tu as claqué
Les portes
Tu as déboulé
Dans le séjour
Comme un corsaire
A l'abordage de tous les possibles
Et tu as empoigné nos destins
Qui n'avaient plus trop servi
Tu les as frottés et tapés
Les uns contre les autres
De tes mains féroces
Comme des silex
Et tu as fait un feu immense
Nous avions oublié la chaleur
Nous avons adoré ça
Et on s'est mis à chercher
Ce qu'on pourrait y lancer
La frénésie
Gagnait du terrain
Sur l'agitation
Et puis il y avait aussi
Les cris
Venus du fond des ventres
On ne pouvait plus s'arrêter
Et on aimait beaucoup ça

Ta main, s'il te plaît

Laisse-moi
T'accompagner encore
Nous irons voir
Partir les trains
Nous attendrons longtemps
Sans regarder les horaires
Laisse-moi
Me tenir en embuscade
Avec toi
Laisse-moi venir
Avec mes petits outils
Moissonner le temps
Plonger nos mains nues
Dans les minutes et les secondes
Nous sentirons leurs odeurs
Celles qu'elles dégagent
Lorsqu'on les observe assez longtemps
Laisse-moi te prendre la main
Quand le convoi s'éloignera
Laisse-moi t'écouter
Raconter les vies
Qui ont pris le train