Le périmètre des carburatrices

vendredi 21 juillet 2017

Conditionnel

On dirait
Que tu serais
Un vieux roi
Et que tu ne pourrais pas
Cuisiner
On dirait
Que tu serais
Un vieux roi
Qui irait
Alors
Au restaurant rapide

mercredi 12 juillet 2017

Les nageurs de la nuit

Immergés
Dans l'obscurité
A recevoir
Des vagues sombres
Dans le nez et les yeux
Les nageurs de la nuit
Croisent
Clignent
Et sifflent
Ils embrassent
Ils battent des jambes
Ils guettent
Le cou tendu vers l'aube
Qui se répandra
En huile et en taches
Après l'ivresse agitée
Des embruns

Près de la rivière

Des enfants humides
Escaladent
La rivière
Des femmes penchées
Construisent un feu
La forêt est un couvercle
Sur cette petite bande qui mijote

Et les hommes
Qui ne sont pas là
Qui trafiquent ailleurs
Auxquels on ne croit plus

Surtout ici
Parmi les galets et les brindilles

Les hommes
Qui sont partis
S'écharper
Mettre le feu ailleurs

Qui reviendront peut-être
Un bras
Une jambe
En moins
A les confondre
Dans l'odeur
Touffue et confuse
Des broussailles
Avec des sangliers

Des hommes estropiés
Qu'on étouffera
Avant de les avoir
A nouveau
Embrassés

Qu'on étouffera
Comme le bruit d'une menace
Couvert par le clapotis
Des enfants humides
Qui escaladent
La rivière

Carcasse

Le silence
A fait un petit bruit
On aurait dit la carcasse
D'un lion mort
Les poils
Le son maigre d'un cadavre
Allez savoir ce qui bouge exactement
Lorsque la terre chuchote
Quelqu'un tombera bien dessus
Au hasard
Pour l'instant la brise et le soir
En cortège funèbre
S'occupent de son sort
Tandis que des safaris
S'organisent
Et que déjà
Les boissons fraîches
Réveillent les gosiers
Le silence
A fait un petit bruit
C'est déjà fini

mardi 6 juin 2017

L'étreinte

Il aurait souhaité
Une étreinte
Violente et mouillée
A la manière du ciel
Qui s'abat sur la terre
Et se mêle d'aller voir
Quels sont les invités
A la table des taupes
Là-dessous
Au bas de nos vies

Il aurait souhaité
Un baiser
Qui prenne
Totalement
Possession de son corps
A la manière du vent
En visite au fond de ses entrailles
A la manière du vent
Qui saccage
Les portes pourries
D'un château déglingué

Il aurait souhaité
Qu'elle vienne contre lui
Comme une tempête
Qu'on attend
La maison barricadée
La météo enclenchée
Qu'on attend
A coup d'alcools et d'ennuis

mercredi 3 mai 2017

Le camion à ordures

Ils attendaient
Le camion à ordures
Cette petite grappe de vieux
De loin j'aurais dit
Une flétrissure vivante
Une boule de laine réenroulée
Qui respirait
Avec un chuintement
Et le camion à ordures
Était en retard
Des sacs récalcitrants
Probablement
Dans d'autres coins
Avec d'autres vieux
Essayaient-ils de dire
Mais ils n'arrivaient pas
A saisir cette pensée
Qui longeait l'air
Comme un poisson
Ils ont craché
A tour de rôle
C'était comme un concours
Et ça passait le temps
En attendant
Le camion à ordures
C'était l'antichambre
D'une distraction


Rongeuse

La lumière
File en rats
Grignoter
Ce que l'aube
A volé
A la nuit
La lumière
Rongeuse
Comme
On fouille
Dans le sac à main
D'une vie songeuse

mercredi 5 avril 2017

Protocole

Puisqu'il arrive par saccades
Comme une quinte
Puisqu'il repart pour gérer ses glaires
Puisqu'il revient avec une voix rincée
Claire comme l'autre rive après la pluie
A laisser entrevoir le stentor d'autrefois
Puisqu'il vient comme il toussaille
Nous nous sommes réunis
Bien compacts
En rang par deux
Le doigt sur la couture
Au portail de la propriété
Nous portions
En étendard
Une grosse laine
Et nous avons accueilli
Comme un vieux colonel lourdement décoré
Le printemps

mercredi 1 mars 2017

Rincer la nuit

Secouer nos bouteilles
Bien fort
Et les montrer au ciel
Comme on l'a fait
Avec nos anciens monstres
En brandissant contre eux
Des sabres d'épicéa
Secouer nos bouteilles
Pour rincer la nuit
Et espérer embarquer
Dans des bulles et de la mousse
Pour la lumière
Au fond du panier des galaxies

mardi 28 février 2017

Noyade

Seule tristesse
Parmi la rigueur
Des cailloux
Seul galet
Plat
Cette main
Viendra-t-elle
Saisir
Lancer
Faire ricocher
Loin
Très loin
Enfin
Le plus loin
Possible
Jusqu'à ce que tout coule
Sous son propre poids
Jusqu'à ce que les larmes
Soient hors de portée
Des bouées de sauvetage

dimanche 15 janvier 2017

Les trappeurs

La hutte
Des trappeurs
Fume

La hutte
Des trappeurs
S'agite

La hutte
Des trappeurs
Bouillonne

Ils ont attrapé
Un peu de joie

Ils la lacèrent
Consciencieusement

Ils la dépècent
En lacets
Qu'ils tanneront
Avec application

Ainsi équipés
Ils relanceront
Une partie

Ils s'élanceront
A la poursuite
Du bonheur
Ils l'étrangleront
Avec leurs petits lacets
De joie
Finement tannés

La hutte
Des trappeurs
Frémit
De préparatifs

A tout rompre

La lumière
S'est glissée
Entre l'aube
Et le matin
Comme la pelle du boulanger
Va
Farfouille
Tout au fond du four
Retire des parts de réconfort
Tente de mieux les répartir

Viendront alors les travailleurs du jour
Avec leurs grosses mains
Viendront ces ravisseurs
Et leurs voix
Affamées
Féroces
A tout rompre

Millefeuille

Il y a
Pourtant
Cette même chaleur
Même si la saison
Est en ruine

Il y a
Un peu de mousse
Eparse
Des senteurs
Aux couleurs
Passées

Quelques tas de pierres
Semblent retenir
L'écho
D'anciennes voix
Le bruit sourd et usé
De désirs
Qui avaient annoncé
Leur intention de fuir
Et qui avaient tenu parole

Ensuite

Nos regards
Portés au ciel

Nos regards
Arrêtés par un plancher
Sur lequel de nouvelles danses
D'autres séductions
Diverses trajectoires
S'ébattent

Nos regards
Pris dans ce millefeuille
Au vieux goût de chaleur

Nos regards
Condamnés
A écouter