Le périmètre des carburatrices

mercredi 8 novembre 2017

En route

Ton parfum dans le soir
Descendait jusqu'à la nuit
En route
Nos mains s'égaraient
Nos gestes s'égayaient
Des derniers assauts de lumière
D'un jour
Qui tombait en riant
De se précipiter dans l'obscurité
A gorge déployée

dimanche 22 octobre 2017

Doudounes

Il y avait celui
Qui retournait les cadavres
Pour leur ajuster la chemise
Il y avait celle
Qui aimait le pourpre
Pour retenir le jour
Il y avait celui
Qui regardait son corps transpirer
Pour accueillir des sanglots complexes
Des espressos circulaient
La nuit progressait à son rythme de croisière
Il n’y avait aucun excès
Juste des intentions abruties
Prêtes à en découdre
Avec des reflets incertains
Et des menaces de synthèse
Ici
On sursautait
Dans des doudounes

Pugilat

Ta tristesse
Approchait
Je l’ai vue venir
Au coin du bois
Par le chemin
D’or et de feuilles
Dans un bruit de boucle
J’ai lâché mon dépit
A grandes foulées de salive
Il a fondu sur elle
Dans un pugilat
De lumière poussiéreuse

Blindage

Sois sombre
Sois opaque
Sois feuilleté
Et retiens les balles
Ne les empêche pas
D’atteindre nos disputes
Empêche l’horreur
De s’attaquer
A nos sauvageries
Laisse-nous
Dévorer
Nos peaux nues
Préserve ce silo de silence
Afin que nous entendions
Nos chagrins
Mastiquer
Notre haine

Nous habitions la nuit

Nous habitions la nuit
Nous descendions
Dans ses entrailles glacées
Chercher des victuailles
A saupoudrer
De grains de lumière
Qui ne pesaient pas lourd
Dans les caddies du jour
Nous habitions la nuit
Sans laisser d’adresse
Nous habitions la nuit
Et nous souhaitions
Recevoir ses caresses
Nous habitions la nuit
De souffles indomptables
Et nous frappions aux portes
De nos colocataires
Et personne ne répondait
Nous habitions la nuit
Et le bruit aveugle de l’agitation
Nous servait
De seule piste
Pour faire atterrir l’aube
A espérer qu’elle saurait
Nous approcher
Sans apeurer
Nos grosses mains
Pétries d’ombres salies
Perpétuelles orphelines
Des crépuscules baroudeurs

dimanche 17 septembre 2017

Sentinelles de poussière

L'aube
Puisqu'elle avait forcé
La façade est
A l'assaut des persiennes
Donnait
A la poussière
Des allures de sentinelles
J'aurais aimé
Que tu prennes
Le commandement
De ce petit équipage de lumière
J'aurais aimé
Que tu viennes m'arrêter
Lorsque je prenais la fuite
J'aurais aimé
Que tu m'escortes
Alors que je me jetais
Dans le guet-apens du jour

Embuscade

Le vent
Serrait la nuit
A la gorge
Nous attendions
En embuscade
Afin de dépouiller
Ses poches sombres
Des éclats de jour
Qu'elle avait ravis
A nos heures de joie

Maison de pluie

Il habitait
Une maison de mauvais temps
Faite pour la pluie sombre
Habillée d'eau montée en mousse
Il habitait
Une maison
Rabougrie de lumière
Dans laquelle on priait
Pour que les nuages
S'amoncellent
A nouveau
Rapidement
Au-dessus de la cheminée
Une maison
Qui aidait le ciel
A appeler l'obscurité
Une maison
Qui se chauffait
En faisant flamber
La clarté taillée en bûches

dimanche 13 août 2017

Flaques

Ce matin
Est un poignard rouillé
Au travail dans le ventre du jour
Alors que la nuit
Digère encore
Des étoiles à peine entamées
Se répandent
Dans les flaques

Taxidermie

Ici
Lorsque leurs mains
Atterrissent sur les comptoirs
Elles renversent quelques verres

Pas qu'on ne sache pas atterrir
Ici
On n'en fait simplement pas
Tout un cas
On ne cherche pas
A se retenir
A quoi que ce soit

L'important c'est de se poser
Et de saisir à nouveau
Ce qui ne tangue pas
L'important
C'est de s'immobiliser un peu

Ici
Les pyromanes ont tout brûlé
A quelle branches
Voulez-vous donc
Que ces mains s'accrochent

Si vous tentez
Quelques sifflements d'oiseaux
Vous aurez peut-être la chance
De les voir s'animer un peu
En rase-motte
Et de raconter des aventures
Pelées et malingres

De celles qui nous amènent
Ici

De celles après lesquelles
Il ne faut pas courir bien longtemps
Pour les voir s'essouffler
Pour les ramener sur nos épaules
Et les tanner ensuite
Leur maquiller une splendeur
Qu'elles n'ont jamais eue

De celles qui
Accrochées au dessus de la porte
Nous aident
A passer l'hiver sans histoire

L'arbre

Se déchausser
Risquer nos pieds
Hors de l'ombre ronde et tempérée

Les offrir à la morsure instantanée
Du soleil obèse

Les ramener à l'intérieur
De l'ombre
A force
Décollée sur les côtés

Se passer
Fraîcheur
Sur le visage
Ce mot ravissant

Poussière

Ainsi
La poussière
Qui éclate en nuages
Reste de la poussière

Ce n'est pas un équipage
Lancé à l'assaut
De notre périmètre intact

C'est d'abord
De la poussière
Qui éclate en nuages
Dans les parages de l'horizon

vendredi 21 juillet 2017

Conditionnel

On dirait
Que tu serais
Un vieux roi
Et que tu ne pourrais pas
Cuisiner
On dirait
Que tu serais
Un vieux roi
Qui irait
Alors
Au restaurant rapide

mercredi 12 juillet 2017

Les nageurs de la nuit

Immergés
Dans l'obscurité
A recevoir
Des vagues sombres
Dans le nez et les yeux
Les nageurs de la nuit
Croisent
Clignent
Et sifflent
Ils embrassent
Ils battent des jambes
Ils guettent
Le cou tendu vers l'aube
Qui se répandra
En huile et en taches
Après l'ivresse agitée
Des embruns

Près de la rivière

Des enfants humides
Escaladent
La rivière
Des femmes penchées
Construisent un feu
La forêt est un couvercle
Sur cette petite bande qui mijote

Et les hommes
Qui ne sont pas là
Qui trafiquent ailleurs
Auxquels on ne croit plus

Surtout ici
Parmi les galets et les brindilles

Les hommes
Qui sont partis
S'écharper
Mettre le feu ailleurs

Qui reviendront peut-être
Un bras
Une jambe
En moins
A les confondre
Dans l'odeur
Touffue et confuse
Des broussailles
Avec des sangliers

Des hommes estropiés
Qu'on étouffera
Avant de les avoir
A nouveau
Embrassés

Qu'on étouffera
Comme le bruit d'une menace
Couvert par le clapotis
Des enfants humides
Qui escaladent
La rivière

Carcasse

Le silence
A fait un petit bruit
On aurait dit la carcasse
D'un lion mort
Les poils
Le son maigre d'un cadavre
Allez savoir ce qui bouge exactement
Lorsque la terre chuchote
Quelqu'un tombera bien dessus
Au hasard
Pour l'instant la brise et le soir
En cortège funèbre
S'occupent de son sort
Tandis que des safaris
S'organisent
Et que déjà
Les boissons fraîches
Réveillent les gosiers
Le silence
A fait un petit bruit
C'est déjà fini

mardi 6 juin 2017

L'étreinte

Il aurait souhaité
Une étreinte
Violente et mouillée
A la manière du ciel
Qui s'abat sur la terre
Et se mêle d'aller voir
Quels sont les invités
A la table des taupes
Là-dessous
Au bas de nos vies

Il aurait souhaité
Un baiser
Qui prenne
Totalement
Possession de son corps
A la manière du vent
En visite au fond de ses entrailles
A la manière du vent
Qui saccage
Les portes pourries
D'un château déglingué

Il aurait souhaité
Qu'elle vienne contre lui
Comme une tempête
Qu'on attend
La maison barricadée
La météo enclenchée
Qu'on attend
A coup d'alcools et d'ennuis

mercredi 3 mai 2017

Le camion à ordures

Ils attendaient
Le camion à ordures
Cette petite grappe de vieux
De loin j'aurais dit
Une flétrissure vivante
Une boule de laine réenroulée
Qui respirait
Avec un chuintement
Et le camion à ordures
Était en retard
Des sacs récalcitrants
Probablement
Dans d'autres coins
Avec d'autres vieux
Essayaient-ils de dire
Mais ils n'arrivaient pas
A saisir cette pensée
Qui longeait l'air
Comme un poisson
Ils ont craché
A tour de rôle
C'était comme un concours
Et ça passait le temps
En attendant
Le camion à ordures
C'était l'antichambre
D'une distraction


Rongeuse

La lumière
File en rats
Grignoter
Ce que l'aube
A volé
A la nuit
La lumière
Rongeuse
Comme
On fouille
Dans le sac à main
D'une vie songeuse

mercredi 5 avril 2017

Protocole

Puisqu'il arrive par saccades
Comme une quinte
Puisqu'il repart pour gérer ses glaires
Puisqu'il revient avec une voix rincée
Claire comme l'autre rive après la pluie
A laisser entrevoir le stentor d'autrefois
Puisqu'il vient comme il toussaille
Nous nous sommes réunis
Bien compacts
En rang par deux
Le doigt sur la couture
Au portail de la propriété
Nous portions
En étendard
Une grosse laine
Et nous avons accueilli
Comme un vieux colonel lourdement décoré
Le printemps

mercredi 1 mars 2017

Rincer la nuit

Secouer nos bouteilles
Bien fort
Et les montrer au ciel
Comme on l'a fait
Avec nos anciens monstres
En brandissant contre eux
Des sabres d'épicéa
Secouer nos bouteilles
Pour rincer la nuit
Et espérer embarquer
Dans des bulles et de la mousse
Pour la lumière
Au fond du panier des galaxies

mardi 28 février 2017

Noyade

Seule tristesse
Parmi la rigueur
Des cailloux
Seul galet
Plat
Cette main
Viendra-t-elle
Saisir
Lancer
Faire ricocher
Loin
Très loin
Enfin
Le plus loin
Possible
Jusqu'à ce que tout coule
Sous son propre poids
Jusqu'à ce que les larmes
Soient hors de portée
Des bouées de sauvetage

dimanche 15 janvier 2017

Les trappeurs

La hutte
Des trappeurs
Fume

La hutte
Des trappeurs
S'agite

La hutte
Des trappeurs
Bouillonne

Ils ont attrapé
Un peu de joie

Ils la lacèrent
Consciencieusement

Ils la dépècent
En lacets
Qu'ils tanneront
Avec application

Ainsi équipés
Ils relanceront
Une partie

Ils s'élanceront
A la poursuite
Du bonheur
Ils l'étrangleront
Avec leurs petits lacets
De joie
Finement tannés

La hutte
Des trappeurs
Frémit
De préparatifs

A tout rompre

La lumière
S'est glissée
Entre l'aube
Et le matin
Comme la pelle du boulanger
Va
Farfouille
Tout au fond du four
Retire des parts de réconfort
Tente de mieux les répartir

Viendront alors les travailleurs du jour
Avec leurs grosses mains
Viendront ces ravisseurs
Et leurs voix
Affamées
Féroces
A tout rompre

Millefeuille

Il y a
Pourtant
Cette même chaleur
Même si la saison
Est en ruine

Il y a
Un peu de mousse
Eparse
Des senteurs
Aux couleurs
Passées

Quelques tas de pierres
Semblent retenir
L'écho
D'anciennes voix
Le bruit sourd et usé
De désirs
Qui avaient annoncé
Leur intention de fuir
Et qui avaient tenu parole

Ensuite

Nos regards
Portés au ciel

Nos regards
Arrêtés par un plancher
Sur lequel de nouvelles danses
D'autres séductions
Diverses trajectoires
S'ébattent

Nos regards
Pris dans ce millefeuille
Au vieux goût de chaleur

Nos regards
Condamnés
A écouter