mercredi 15 août 2018

Insecticide

Tu t'es mis en tête
D'utiliser l'été
A dompter
Une mouche
Un moustique
Une mite
A qui il manquait
Une destination
Confiantes
Elles se sont enthousiasmées
Des parages d'Arcturus
Enhardies
Par la prolifération
Des financements
Participatifs
Apitoyées par cette étoile
En fin de vie
Pourquoi pas Véga
Et son disque de poussières
Tu leur fis peur
A souffler ce nom
Aux airs d'insecticide

mercredi 25 juillet 2018

Sandales

Je m'arrêterai sur la jetée
Je moudrai nos sandales
Je construirai une forteresse de leur sable
Et nous vivrons là
Et nous attendrons les grains
Et nous capturerons quelques goélands
Et nous construirons un aéronef en plumes
Et à grands coups d'ailes
Nous partirons au pays
Où naissent les tempêtes

mardi 24 juillet 2018

A l'assaut du bleu

Et le ciel se disputait
Derrière nous
A vouloir attirer l'attention
A tendre des pièges
Dans le rétroviseur
A vouloir nous garder
Dans l'arrière-pays
Parmi les tannières
Au milieu des hautes forêts
Le ciel avait retroussé ses manches
Il savait qu'avec l'océan devant
La partie serait corsée
Et nous qui filions
Et nous qui laissions
Des feux clignoter
Et nous qui laissions
Le vert et le rouge
Et nous qui nous précipitions
Pour fendre la houle
Pour rentrer dans cette gorge
Capable d'avaler le ciel tout entier
Les jours d'appétits féroces

mardi 26 juin 2018

Dans la cale

Au fond de l'horizon
C'est-à-dire
Très loin
Quelque part
Où le ciel et la terre
Se cachent pour se disputer
L'été a montré le début d'une mèche
Nous avons lancé nos fileyeurs
A l'assaut de cette blondeur
Nous avons déposé nos filets
Au fond de l'horizon
Et nous avons parié
A celui qui l'attraperait
Lorsqu'il repointerait une mèche
Nous avons tenté de deviner
Celui qui reviendrait au port
Avec une saison de joie dans la cale
A partager avec des moules et des frites

Dentier

Ce matin
Est un dentier mal collé
Ne lui sourions pas trop
Ne faisons pas de grimace
Il pourrait nous tomber dans les mains
Et puis aussi
Nous n'avons pas de verre d'eau
Alors
Il ne survivrait probablement pas
Jusqu'à midi

Orage

A te débattre
Sous l'orage
Comme on se cache
Sous un duvet 
Mille fois rapiécé
A t'agiter
Pour retrouver
Au-delà
Des misères
Au-delà
Des bourrasques
La lune qui descend en couteaux
A te démener
Pour capturer ces lames
Et tout dépecer
Et tout préparer
Pour la venue du marchand
Avec ses gros sacs vides de sable

jeudi 24 mai 2018

Friture

Traverser la ville
Alors que la pluie
Fait frire les sols
S'élancer pieds nus
Dans les casseroles
Fumantes et fraîches
Du ciel

mercredi 4 avril 2018

Conquêtes

Des humides
Très imbibés
Ont amené
Jusqu'ici
Leurs conquêtes
Comme un trophée
Comme quelque chose
D'inespéré
Qui n'aurait plus dû arriver
Et alors
Au fond de leurs yeux
S'allume à nouveau
Une flammèche
Persistante et insoumise
Comme au début
De leur histoire
Avec l'alcool

samedi 10 mars 2018

Voirie

Comme une cigarette
Par la fenêtre
Sur l'autoroute
Nous avons jeté
Notre tristesse
Dans le jour
Elle a tapé 
Des gens derrière
Elle a valdingué
Un peu
De gauche et de droite
Sans rien perturber
Elle a fini 
Sur le bas-côté
Comme du gibier mort
Elle sera avalée
Par des véhicules
Qui clignotent
Comme des yeux
Friands de carcasses

Quai

J'aimerais ce quai de gare
Giflé de bourrasques
Un tabassage en règle
Des morceaux de ciel
Partout par terre 
Qu'on ne sache plus 
Trouver un itinéraire
Pour parvenir aux trains
J'aimerais ce quai de gare
Jonché de météo
J'aimerais ce quai de gare
A te barrer la route
Puisque tu t'en vas

mercredi 28 février 2018

Au creux de ton épaule

Le vieux bateau
Parcouru de famines et de scorbut
Les voiles fatiguées
Le navire dont on ne se rappelait plus bien
Quel est son nom déjà
La coque sénile
Les morts l'avaient vu appareiller
Ils ne sont plus là
Personne ne regarde vers lui
Pas de mines séculaires sur la baie
Pour grogner quelque souvenir
La chose au large
Attend sagement
Elle sait qu'ici désormais
Des valses obséquieuses 
Commandent aux allées et venues
Et puis tu dis viens
Et puis il accoste au creux de ton épaule
Comme si cette baie
N'avait jamais cessé d'exister

Les vilenies

Le vent se lève
Et avec lui
Les vilenies
A qui il faudra
Tordre le cou
Avec qui il faudra
Se battre
Au corps à corps
Dans ces anciennes gesticulations
Qui aujourd'hui
Font peur
Tiennent à distance
Nos envies
De pistes et d'horizons
Le vent se lève
Il n'est plus temps
Déjà
De s'équiper
Viens voir
Le vent
Qui se lève

samedi 24 février 2018

Temps perdu

Attirons-le
Avec quelques promesses
Mettons-lui une cagoule
Ligotons-le
Et allons perdre notre temps
Par les rues
Allons lui faire écouter
Le chant des caniveaux
Les histoires impossibles
Les alcools qui radotent
Les rêves frippés
Allons perdre notre temps
Tout au fond de nos vies
Et faisons en sorte
Qu'il ne retrouve jamais
Son chemin

La rentrée

L'aube
Le moment de toutes les morsures
Celles de la nuit
Qui s'en va
Qui claudique
Celles du jour
Qui arrive
Avec appétit
A foulées légères
L'aube
Quand ton parfum
Rentre chez lui

vendredi 19 janvier 2018

La gouille

Le départ des cigognes marquait la disparition de la gouille. Le brouillard s’installait et saccageait tout. On n’y voyait plus rien. Personne n’aurait pu dire qu’ici, l’été faisait courir les rires sur le petit ponton. Désormais, c’était une bouillie d’où ne sortaient plus aucun poisson, il n’y avait plus de joies à rôtir. La brume avait tout englouti. Elle avait digéré les ampoules colorées qui délimitaient la place de galets. Les rives avaient noirci, les herbes sauvages sentaient l’humidité boueuse. Lorsque les cigognes passaient au-dessus de nos têtes, elles tiraient un drap sur la saison. Ce rideau brutal, c’était Tonton Ronald.

dimanche 14 janvier 2018

Par l’épaule

Au bout de cavalcades hirsutes
Après avoir foncé l’un contre l’autre
Des dératés qui perdaient haleine
Nos rires se sont retrouvés
A se prendre par l’épaule
De vieux poilus
Qui en avaient bavé
Qui en avaient vu
Qui avaient pleuré ensemble