mardi 21 mai 2019

Ballet

C’était bien
De retenir ton sourire
Comme un petit animal
Sauvage
Qu’on sait devoir
Laisser partir
Qu’on sait
Éloigné
Des tracas journaliers
C’était bien de bénéficier
De sa présence
De manière inconsidérée
C’était bien
De se laisser étourdir
Et de croire
Que tout ça
Pourrait survivre
Au ballet
De la nuit et du jour

mardi 23 avril 2019

Scintiller

Ce soir
Cette nuit
Juste quand la noirceur
A déjà tout saccagé
Que viens-tu arranger
Avec tes fleurs en bandoulière
Avec qui viens-tu parlementer
Ne sais-tu pas que les désirs et les espoirs
Ont été empoisonnés
De sourires et de promesses
Ne sais-tu pas que tu restes
A la station-service
A attendre un gobelet qui ne viendra pas
A ne pas retrouver un véhicule
Qui scintillait trop
Parce qu’il était équipé
Pour t’emmener
Loin d’ici

jeudi 21 mars 2019

Les ensablées

Et soudain
Il a fallu que tu partes
Pour qu’ici tombe
A nouveau la nuit
Celle qu’on avait
Oubliée
Perdue en route
La nuit qui reprend
Ses droits sur la lumière
Et qui fait surgir
D’anciennes forteresses ensablées
Qui ramène des garnisons
A l’état de tentatives
Équipées de bois
Il a fallu que tu partes
T’entretenir avec le jour
Et ses plénipotentiaires

lundi 11 février 2019

Sensualité

Ici il y avait des palais
Des choses qui s'élançaient
Des volontés montées en spirales
Ici il y avait des escaliers de tendresses
Attends un peu que la pluie
Raccompagne la poussière 
D'où elle vient
Et tu trouveras bien
Une brique avec un peu d'allure encore
A te mettre sur le corps
Tu récupéreras
Quelque chose
A te rappeler le poids de la sensualité

vendredi 18 janvier 2019

Itinéraire

Le pas lourd
La démarche retenue
La progression
Dépossédée de son désir
Il semble
Qu'un emballage de tristesse
Jeté à la va-vite
D'une automobile
Remplie de férocités
Il semble que ce détritus
S'est épris de nos semelles
Et qu'il s'est enhardi
Jusqu'à séduire
Notre pas
Notre démarche
Notre progression
Jusqu'à déshabiller
Notre itinéraire

vendredi 28 décembre 2018

Bruine

Traverser la bruine
Et l'avoir à ses trousses
Un perpétuel rideau de douche
Qui colle à nos âmes nues
Lâchées dans un temps incertain
Lancées dans des ciels de tourbe
Elles qui ne réfléchissent pas
Aveuglées par l'aube ébaubie
D'avoir tenu au jeu
Des yeux dans les yeux
Face à la nuit

mardi 27 novembre 2018

Bonimenteur

Ce matin
Est un squelette
Tenu par quelques fils
Animé par un vieil oiseleur

Ce matin
Est une petite farce
Sans chair et sans costume

Ce matin
Est un être au travers duquel
Tu peux glisser ta main
Et l'agiter à la recherche
D'un coeur qui n'existe pas

Ce matin
Est un bonimenteur
Qui t'invite
A le traverser
A poursuivre
Des souffles
Qu'il n'a pas su
Ravir à la vie

Un chemin à terre

Le ciel est tombé
Sur ce chemin

Alors lui
Il s'est serré
Très prêt
Tout contre
La forêt

Rien n'y a fait
Le ciel lui est tombé
Dessus

Ce chemin
Maintenant
De feuilles
Et de boue
Qui promettait
Dans une saison
De danse et de lumière
Qui promettait
Un sommet de colline
Recouvert
De ballerines
Et de pieds nus
De désirs portés
En cavalcades
Avec de l'élan
En suffisance
Pour déferler
Par delà les buttes savoureuses
En vagues capricieuses

Seulement
Voilà
Le ciel a rabattu
Ses grosses mains mouillées
Il lui a écrasé le râble
Tout au plus relève-t-il
La tête là-bas
Au sortir de l'orée

Quelques chasseurs
Ont raconté
Avoir entendu
Siffler
Avoir entendu
La musique
D'un râle
En habits de fugitif

Partez
Dispersez-vous
Les ballerines
Les pieds nus
Ne réapparaîtront plus
Partez
Dispersez-vous
N'accablez pas davantage
Un chemin à terre

dimanche 11 novembre 2018

Une paire de mains

Tiens
Voici mes mains
Fais-en
Ce qui te chante
Tu sauras bien mieux
Les utiliser
Les amadouer
Leur parler
Que moi
Vieux sourd
Qui n'arrive plus
A écouter
Ce qu'elles me disent
Et qui n'ai plus la patience
De déchiffrer leurs lignes
Qui filent
En ritournelles
Me laissant
A bout de souffle

mercredi 10 octobre 2018

Vieil ours

Tu es venue
M'offrir des gestes
De pays oubliés
De pays laissés
A leur propre sort
Tu t'es aventurée
Entre mes bras
Tu y as parqué
Ce qu'il restait
De ton caboteur
Je n'avais
Que mes mains
Mécaniciennes
A te proposer
Tu es venue
Rafistoler
Mon vieux port
Avec quelques coups
De nuages rapides
Et de soleil ronfleur
Tu es venue
Me raconter
Ces chansons
Et ces souffles
Oubliés
Tu es venue
Tenter de faire tenir
Un vieil ours
Sur deux pattes
En lui sifflant
Des airs troubadours


vendredi 14 septembre 2018

Parler à la nuit

Parler à la nuit
Et la convaincre
De nous accompagner
Jusqu'à ce matin
Chapeauté d'un ciel
Qui ne sera désormais
Plus un refuge
Parler à la nuit
Et lui demander
Sa main
Ou tout au plus
Son épaule
Pour se reposer
Un instant
Même pas une sieste
Juste pour fermer les yeux
Sur le gris
Et rêver aux volutes
Epaisses de l'obscurité
Qui ne chipote pas
Qui n'est pas physionomiste
Qui nous accueillera
A ciel ouvert

mercredi 15 août 2018

Insecticide

Tu t'es mis en tête
D'utiliser l'été
A dompter
Une mouche
Un moustique
Une mite
A qui il manquait
Une destination
Confiants
Ils se sont enthousiasmés
Des parages d'Arcturus
Enhardis
Par la prolifération
Des financements
Participatifs
Apitoyés par cette étoile
En fin de vie
Pourquoi pas Véga
Et son disque de poussières
Tu leur fis peur
A souffler ce nom
Aux airs d'insecticide

mercredi 25 juillet 2018

Sandales

Je m'arrêterai sur la jetée
Je moudrai nos sandales
Je construirai une forteresse de leur sable
Et nous vivrons là
Et nous attendrons les grains
Et nous capturerons quelques goélands
Et nous construirons un aéronef en plumes
Et à grands coups d'ailes
Nous partirons au pays
Où naissent les tempêtes

mardi 24 juillet 2018

A l'assaut du bleu

Et le ciel se disputait
Derrière nous
A vouloir attirer l'attention
A tendre des pièges
Dans le rétroviseur
A vouloir nous garder
Dans l'arrière-pays
Parmi les tannières
Au milieu des hautes forêts
Le ciel avait retroussé ses manches
Il savait qu'avec l'océan devant
La partie serait corsée
Et nous qui filions
Et nous qui laissions
Des feux clignoter
Et nous qui laissions
Le vert et le rouge
Et nous qui nous précipitions
Pour fendre la houle
Pour rentrer dans cette gorge
Capable d'avaler le ciel tout entier
Les jours d'appétits féroces

mardi 26 juin 2018

Dans la cale

Au fond de l'horizon
C'est-à-dire
Très loin
Quelque part
Où le ciel et la terre
Se cachent pour se disputer
L'été a montré le début d'une mèche
Nous avons lancé nos fileyeurs
A l'assaut de cette blondeur
Nous avons déposé nos filets
Au fond de l'horizon
Et nous avons parié
A celui qui l'attraperait
Lorsqu'il repointerait une mèche
Nous avons tenté de deviner
Celui qui reviendrait au port
Avec une saison de joie dans la cale
A partager avec des moules et des frites

Dentier

Ce matin
Est un dentier mal collé
Ne lui sourions pas trop
Ne faisons pas de grimace
Il pourrait nous tomber dans les mains
Et puis aussi
Nous n'avons pas de verre d'eau
Alors
Il ne survivrait probablement pas
Jusqu'à midi

Orage

A te débattre
Sous l'orage
Comme on se cache
Sous un duvet 
Mille fois rapiécé
A t'agiter
Pour retrouver
Au-delà
Des misères
Au-delà
Des bourrasques
La lune qui descend en couteaux
A te démener
Pour capturer ces lames
Et tout dépecer
Et tout préparer
Pour la venue du marchand
Avec ses gros sacs vides de sable

jeudi 24 mai 2018

Friture

Traverser la ville
Alors que la pluie
Fait frire les sols
S'élancer pieds nus
Dans les casseroles
Fumantes et fraîches
Du ciel

mercredi 4 avril 2018

Conquêtes

Des humides
Très imbibés
Ont amené
Jusqu'ici
Leurs conquêtes
Comme un trophée
Comme quelque chose
D'inespéré
Qui n'aurait plus dû arriver
Et alors
Au fond de leurs yeux
S'allume à nouveau
Une flammèche
Persistante et insoumise
Comme au début
De leur histoire
Avec l'alcool

samedi 10 mars 2018

Voirie

Comme une cigarette
Par la fenêtre
Sur l'autoroute
Nous avons jeté
Notre tristesse
Dans le jour
Elle a tapé 
Des gens derrière
Elle a valdingué
Un peu
De gauche et de droite
Sans rien perturber
Elle a fini 
Sur le bas-côté
Comme du gibier mort
Elle sera avalée
Par des véhicules
Qui clignotent
Comme des yeux
Friands de carcasses