samedi 27 juillet 2019

Ton sourire

J’ai croisé ton sourire
Entre la salle de bain et la cuisine
Il traînait en peignoir et en savates
Il a ouvert le frigo
Il est resté immobile
Il s’est laissé gifler par la fraîcheur artificielle
Il a regardé par la fenêtre
Deux chats se lacérer les oreilles
Et il est retourné se coucher
Pieds nus

Dehors, l’après-midi cognait

Et puis dehors
L’après-midi cognait
A peu de choses près
Sur tout
Il essayait de nous attirer
De nous faire croire
A des intentions
A des constructions
A des sourires
Personne ne lui avait dit
Qu’il participait à une mascarade
On le laissait s’exciter tout seul
En plein soleil
En pleine sécheresse
Alors que les grands buvaient
Leurs chagrins
Et essoraient leurs souvenirs
A l’intérieur

Plus bas dans la saison

Nos tristesses
Se tenaient
Bien serrées
Au fond de l’avenue
Tandis que plus haut
Le vent déboulait
Et secouait les arbres
Un forcené ou un fou furieux
Un de ces caractères entamés
Par les complications inattendues
Dont regorgent les promesses compliquées
Nos tristesses
Se serraient
Elles attendaient qu’il vienne
Leur souffler au visage
Elles attendaient qu’il les rejoigne
Pour voir débouler
Ensemble
Du haut de l’avenue
D’autres météos
Ivres de dépit
Plus bas dans la saison

vendredi 21 juin 2019

Cherche

Tu t’élances
Et tu es ce chien
Le museau aimanté au sol
La truffe qui fait le métronome
A la recherche de ce tempo oublié
A tenter de retrouver cette piste
Cet air ancien qu’on te lançait autrefois
Et que tu rapportais dans des excitations
Dans des frénésies de poils et de salive
Ce temps où tu bondissais
Pour quelques morceaux de joie
Jetés au ciel
Promis à rejoindre des étoiles éteintes
Et des promesses sans lumière
Élance-toi
Et cherche

mardi 21 mai 2019

Ballet

C’était bien
De retenir ton sourire
Comme un petit animal
Sauvage
Qu’on sait devoir
Laisser partir
Qu’on sait
Éloigné
Des tracas journaliers
C’était bien de bénéficier
De sa présence
De manière inconsidérée
C’était bien
De se laisser étourdir
Et de croire
Que tout ça
Pourrait survivre
Au ballet
De la nuit et du jour

mardi 23 avril 2019

Scintiller

Ce soir
Cette nuit
Juste quand la noirceur
A déjà tout saccagé
Que viens-tu arranger
Avec tes fleurs en bandoulière
Avec qui viens-tu parlementer
Ne sais-tu pas que les désirs et les espoirs
Ont été empoisonnés
De sourires et de promesses
Ne sais-tu pas que tu restes
A la station-service
A attendre un gobelet qui ne viendra pas
A ne pas retrouver un véhicule
Qui scintillait trop
Parce qu’il était équipé
Pour t’emmener
Loin d’ici

jeudi 21 mars 2019

Les ensablées

Et soudain
Il a fallu que tu partes
Pour qu’ici tombe
A nouveau la nuit
Celle qu’on avait
Oubliée
Perdue en route
La nuit qui reprend
Ses droits sur la lumière
Et qui fait surgir
D’anciennes forteresses ensablées
Qui ramène des garnisons
A l’état de tentatives
Équipées de bois
Il a fallu que tu partes
T’entretenir avec le jour
Et ses plénipotentiaires

lundi 11 février 2019

Sensualité

Ici il y avait des palais
Des choses qui s'élançaient
Des volontés montées en spirales
Ici il y avait des escaliers de tendresses
Attends un peu que la pluie
Raccompagne la poussière 
D'où elle vient
Et tu trouveras bien
Une brique avec un peu d'allure encore
A te mettre sur le corps
Tu récupéreras
Quelque chose
A te rappeler le poids de la sensualité

vendredi 18 janvier 2019

Itinéraire

Le pas lourd
La démarche retenue
La progression
Dépossédée de son désir
Il semble
Qu'un emballage de tristesse
Jeté à la va-vite
D'une automobile
Remplie de férocités
Il semble que ce détritus
S'est épris de nos semelles
Et qu'il s'est enhardi
Jusqu'à séduire
Notre pas
Notre démarche
Notre progression
Jusqu'à déshabiller
Notre itinéraire