06 septembre 2022

Aux fumées

Les nuages rappellent aux fumées
Qu'ils possèdent
Le droit de vie ou de mort
Qu'ils décident de leur sort
Peu importe la raison
De grosses mains boursoufflées
Qui s'abattent sur de petits doigts grillés
Depuis le ciel vers la terre
Venues des espaces amples là-haut
Sur des territoires étriqués là-bas
La puissance simple de l'air et de l'eau
Précipitée
Sur les tracas minables
Et les disputes pouilleuses
Le souffle bleu, élevé
Qui fissure le rot fétide
Les nuages rappellent aux fumées
Qu'elles restent soumises
A leur bon plaisir

13 août 2022

Revenir demain

D'où vient-il
Ce vent
A visiter la ville
A s'enfiler partout
Pas vraiment chaud
Même un peu frais
Ce visiteur du soir
Qui l'a envoyé
Depuis quels horizons
Quel est cet affamé
Qui vient ronger
Les façades sèches
Et lécher les poussières
Que nos sandales
Faute de sable et d'océan
Essaient de faire danser dans l'air
Pour séduire le jour qui tombe
Et faire en sorte qu'il veuille
Revenir demain

01 juillet 2022

Sabots

Par les chemins
Avec ses sabots de pluie
Elle partait à la conquête
De chaque flaque
Elle construisait un royaume humide
Défendu par une armée de gouttes
Elle prit du repos
Pour contempler ses terres détrempées
Elle sécha ses sabots
Tant et si bien qu'elle se retrouva
Pieds nus et privée d'empire
Avec pour seule promesse
Le règne des poussières

28 juin 2022

Azur

A se placer bien droit
Sous le ciel
A tendre le menton
Peut-être qu'un nuage
Descendra
Se courbera
S'intéressera à notre sort
Réussira à nous tamponner le visage
Enlèvera tout ce maquillage
Celui qui nous dissimule
Celui qui nous sert à mentir
A la lune, au soleil et au peuple de l'azur

05 mai 2022

Secs, drus et farouches

Et si c'était nous
Qui nous filions
Entre les doigts
Puisque nous n'avons
Pas réussi
A retenir nos têtes
Dans nos mains
Nos têtes hérissées de fatigue
Nos mains tendues dans le vide
Et si c'était nos ombres
Qui nous faussaient compagnie
Tandis que nous traquions
Des lumières absentes
Puisqu'elles avaient quitté ces lieux
Secs, drus et farouches
Dès les premiers signes
Dès que nos cheveux eurent commencé
A tisser d'eux-mêmes des filets
Des pièges
Pour retenir
Nos mains
Qui ne retenaient déjà plus rien

20 avril 2022

Au royaume des pruines

Il ouvrait ses fenêtres
Avec l'application de celui qui
Décapite des mouches
Il déroulait un tapis de poussière
Il accueillait le soleil
Il s'enivrait d'un carnaval d'ombres
Réveillées en sursaut
Après une nuit à même le sol
Il ouvrait ses fenêtres
Il faisait mine de croire
Que le monde s'y bousculait
Pour s'enivrer de masques
Rapidement constitués
De débris et de dépouilles
Peut-être, ici ou là,
Des yeux de mouche
Ou leurs ailes
Ou quelque chose en tout cas
D'abandonné au royaume des pruines
Qui brillait
Et qui
Insolemment
A s'y pencher un peu
Défiait presque ce soleil
Accueilli avec minutie

02 mars 2022

Trappeur

C'est quoi ce raffut
Tout au fond de l'avenue
Non ce n'est pas le bruit
Du bitume qui disparaît
En langue souple
C'est quoi ces agitations
Cette échappée
Cette lumière poudreuse
D'un soleil qui a tapé la poussière
Ce sont les faubourgs
De l'horizon
Qui compliquent et bloquent
L'accès à nos étés, nos joies et nos soupirs
Certains ici se lancent déjà à l'assaut
Frêles, agrippés sur des relents d'hydrocarbures
Ils ne voient pas le bitume qui disparaît
En langue souple
Ils seront avalés par des banlieues gourmandes
Et le raffut continuera
Il couvrira cette déglutition
Naïve et téméraire
Ceux qu'ils ont quittés les oublieront
Ceux qu'ils n'ont pas atteints
Ne les connaîtront jamais
Et le raffut s'entêtera
Puisque trappeur de mémoire
C'est ce qu'il fait de mieux

11 février 2022

Ici, en bas ou au milieu

Quel est ce jaune
Qui emballe le jour
J'ai essayé de craquer des allumettes
D'ajouter des boutons d'or
De saupoudrer du sable
De celui qui me restait
Sous mes semelles usées
Qui ne se hasardent plus 
Depuis que l'océan s'est retiré
J'ai capturé quelques traits et quelques rayons
Abandonnés par un soleil impatient
J'ai essayé de mélanger tout ça
Mais quel est ce jaune
Inaccessible
Qui soumet le jour et ses caprices
Je crois bien que c'est toi
Qui ne m'a pas abandonné
Qui m'a simplement laissé
Me débrouiller tout seul
Puisque je m'étais mis en tête
D'attraper le vent
A coups de lasso
Un dresseur de vent
Me disais-je
Sera bien capable
De t'empêcher
De gagner le royaume des ombres
Ou celui des nuages
Un dresseur de vent
Sera bien capable
De te dissuader
De filer et de me laisser
Ici, en bas ou au milieu

Collines

Une lumière visqueuse
Immobilise la rue
Seuls les arbres
Eructent encore
On ne sait pas trop
On n'entend pas bien
On sent un peu
Une odeur de silence
Ils en ont tant fait banquet
Une odeur de silence
Oui
Puisqu'il est fringant
Et qu'il nous observe
Depuis les collines
Nous qui pataugeons
Avec ce qu'il nous reste de vivants
Il ne nous tendra pas les bras
Il faudra nous hisser seuls
Prendre appui
Peut-être
Sur quelques gravats
Construire un marchepied
Avec des bouts d'espoirs et de joies
Un peu moisis mais c'est superficiel
En les frottant un peu
En les trempant de lumière
De celle qu'il nous reste au fond des poches
Emballée de tissu, sèche et claire

02 janvier 2022

Mélodie

Une vieille ruse
Du vent
Et des feuilles
Restées accrochées
Sur les plus hautes branches
Un vieux tour de passe-passe
Pour restituer
Entre ciel et terre
Le bruit de l'été
Alors que la neige
Escortée en rafales
S'est employée à dépouiller
Toutes les futaies
Dans un grognement
Trop goulu, trop vorace
Une vieille ruse
Du vent et des feuilles
Pour cacher à l'ogre de cristaux
La mélodie de la lumière