jeudi 8 juillet 2021

L'arrivée

La lumière arrivait en lames
Elle s'introduisait
Dans quelques hautes futaies
Elle découpait
Celles et ceux qui avait trop tardé
Trop bavardé avec la nuit
Trop enivrés des parfums de l'obscurité
La lumière arrivait en lames
Et nous l'attendions
Alors qu'à nos pieds
Les tripots de la nuit
Encore fumant
Rendaient un peu de poussière
La lumière arrivait en lames
Sur des terres que nous avions déjà possédées
Armés de feu et de béton

vendredi 4 juin 2021

Offenser la nuit

Offenser la nuit
Descendre ses viscères
Traînasser
Saisir des bris
Saisir des tessons
Saisir des branches
Se recouvrir
Dans la mêlée
De son sang
Pour qu'enfin
Elle nous accepte
Elle nous renifle
Elle nous reconnaisse
Nous, ses enfants
Irrévérencieux
Prêts à toutes les offenses
Et ivres des farces du jour

mercredi 5 mai 2021

Canaris

Prenons l'aube de vitesse
Jusqu'à l'océan
Capturer deux ou trois gros nuages-chats
Encore endormis
Des traînards
Ivres des vents du soir

Nous les appâterons
Avec des brumes
Ramenées de l'arrière-pays
Nous avons autrefois leurré des nuages-chiens
A coup de rots habillés en buées
Nous devrions réussir
A déguiser des brouillards
En canaris

Prenons l'aube de vitesse
Avant qu'elle n'agite
Quelques bouchons de ciel bleu
Devant ces nuages
Encore saouls
Des vents du soir et de leurs promesses de voyages
Encore saouls
Tandis qu'ils les dépouillaient de leurs pluies

Jus

Tandis que nous rassemblons
Nos forces
En tout petits tas de bois
Au-delà
Après la rivière
Derrière la forêt
Après les truites immobiles
Derrière les chevreuils et les lièvres tranquilles
Un jus lumineux noie l'horizon

Tandis qu'ici
Nous attendons encore
Celui ou celle
Qui rapportera de la paille et de la cire
Pour allumer nos tout petits tas de bois

Où reste-t-il, où reste-t-elle
Peut-être que sa petite provision de forces
Emportée à la hâte
S'est déjà épuisée en chemin

Peut-être que nous devrions
Nous résoudre
A l'abandonner aux truites, aux chevreuils et aux lièvres
Peut-être que nous devrions
Ne pas regarder
Assoiffés
Ce jus lumineux
Qui noie l'horizon

mardi 6 avril 2021

Seuil

Entrer dans tes cheveux
C'est entrer dans une cathédrale
L'ombre et la lumière
Y bousculent des parfums anciens
Et frottent de vieilles tombes
Aux dalles effacées
Entrer dans tes cheveux
C'est prier ce seuil
Et demander de le franchir
A chaque fois que la chaleur
Rend inhabitable
Ta peau couleur de désert

jeudi 1 avril 2021

Déplumées

Cette forêt
Est une échine
Qui frissonne déjà
Avant d'avaler
Tout cru
Ce soleil
Que nous pensions
Robuste
A tenir tête aux ténèbres
Même à ce qu'il en reste
Après qu'une flottille de corbeaux
Organisés en rameurs
Leur ont dépecé
Le bout des intentions
Cette forêt
Est une échine
Qui frisonne encore
Parce qu'elle digère
Un soleil
Empoisonné
De ténèbres déplumées

mercredi 17 mars 2021

Hippopotame

L'hiver est un crocodile
En bottes de paille

Il nous laisse croire
A nos rêves
De pyromanes

Ce n'est pas
Avec ce qu'il nous reste
D'été effrité et poussiéreux
Au fond des poches
Que nous pourrons
Lui enflammer les pattes

Le printemps peut-être
Lui enverra un hippopotame
Une de ces grosses bêtes
Qui ferait même peur
A une armée de flocons

Le printemps peut-être
Occupé encore
On ne sait où

jeudi 18 février 2021

Des yeux

Un peigne de vent
Une langue de pluie
Pour nous recoiffer
Et nous donner l'allure qu'il faut
Devant la tempête qui s'amène
Elle qui fourbit le projet
De décoiffer tes yeux et les miens
Si emmêlés soient-ils
Si convaincus soient-ils
De mettre en fuite
L'oeil du cyclone

mardi 5 janvier 2021

Au fond de la rivière

Quelques âmes agiles
Se sont laissées prendre
Au fond de la rivière

A mains nues

Et nous les regardons
S'agiter dans notre seau
Et dans le froid piquant
Nous faisons mine
De jouer à ne rien voir
Alors qu'il s'agira de décider
Bientôt
Ou les estourbir
Ou les rôtir

Nous reportons ce moment
Et nous faisons tourner
Dans l'air
Quelques prénoms inconnus

Peut-être s'approcheront-ils
Du seau
Peut-être alors
Se feront-ils gober

Nous ne faisons rien d'autre
Que monnayer
Un peu de répit
Un peu de temps

Nous ne faisons rien d'autre
Que jouer
A nous laisser prendre
Au fond de la rivière
A mains nues