24 mars 2014

Bitume

Nous regardions
La pluie
Faire frire
Le bitume

20 mars 2014

Vers l'avant, vers l'arrière

Au fond
De l'église
A droite
Ils priaient
Pour la paix
Dans le monde
Devant des luminaires
Dont les flammes
Sous un souffle
Indéterminé
Vacillaient
Vers l'avant
Vers l'arrière
Comme
Des petits rappeurs
D'or

Pièges à loup

Avec la ferraille
Des pièges à loup
Que tu places
Dans notre lit
Je te sculpterai
Des boucles
D'oreille
Et s'il reste
Un peu d'acier
Je te construirai
Un appareil dentaire

Anémone

Leur amour
Etait
Fragile et dangereux
Comme la varappe
Sur la paroi extérieure
D'un pétale d'anémone

Regain

Elle a estimé
Qu'il fallait
Se retourner
Elle a choisi
De poser
Les yeux
Sur lui
Comme on rajuste
Une compresse souillée
Sur une entaille boursouflée
Ce regain
Avait l'amertume
D'un reflux gastrique
A empoisonner
Les plates-bandes
A espérer
Une expectoration
A attendre
Comme la fin
D'un tourment
La pluie dans le caniveau
Pour emmener loin
Cette bile rance

Deux vases et des tulipes

Elle est revenue
Dans sa vie
Pour casser
Les deux vases
Et arracher
Les pétales
Des tulipes
Qu'il avait
Sortis
Prématurément
Et placés sur la cheminée
Après l'incendie

Elle est revenue
Dans sa vie
Juste après les pompiers
Pour agiter la suie
Et se faire
Des sabots de cendres

14 mars 2014

Sous le rétroviseur

Ses étreintes
Etaient
Des pattes de lapin
Juste sorties
De chez le taxidermiste
Nous accrochions
Notre joie
Au rétroviseur
De nos caresses

Tes cheveux

J'aimerais
Revoir
Tes cheveux
Goûter le vent

Va

Va
Par les ruelles sombres
Et ramène-moi
L'odeur de l'obscurité
Une fois que la nuit
Aura bien transpiré

12 mars 2014

L'avenue

Elles remontaient
L'avenue
Comme des saumons

L'instinct farouche

Nos grosses mains
D'ours
Allaient
Nous servir

11 mars 2014

José

José a mis des pantalons propres
Il a accroché à sa ceinture
Son poignard d'ivoire et de lumière
José s'est parfumé
José s'est préparé à sortir
Il a pénétré le crépuscule
Sombre et encore chaud
José était bien décidé
A éventrer l'imprévisible
D'une lame sèche
Et observer
Quelles directions
Prendraient boyaux et intestins
Répandus sur le sol tiède
De cette ville agitée

Tissus et chiffonniers

Elle a attrapé son regard
Comme on retient
Un désespéré
Qui projette
De se jeter
Sous le train
C'était une histoire
De tissus
Et de chiffonniers

Passagers

Il a souri
Comme un lionceau
Poursuit sa queue

Les passagers
Augmentaient
Il pensait
A des miettes
Soudaines et incontrôlables
Fines et insaisissables

Il a souri
Sans voir la vitre
Comme le moineau
Tout à sa joie

07 mars 2014

Pelotes

Notre mélancolie
Nous jetait
Des pelotes de laine
A la figure
Et nous ne savions pas
Tricoter

Renard

Son charme
Est un renard
Qui creuse
Devant un poulailler

Réveil

Le sommeil l'a quitté
Comme un morceau de bois
Rongé par un chien
Mal relancé par son maître
Disparaît
Au bout du courant
D'une rivière

Brume et crachin

Elle a posé sur lui
Ses yeux
Tricotés de brume et de crachin

Puits de lumière

Nos pas dans l'obscurité
Ces flèches
Pénétraient la nuit
Avec la profondeur
De puits de lumière
Nos pas dans l'obscurité
S'enfonçaient
Sur le chemin de nos désirs

04 mars 2014

Urbanité 3

Il a trouvé ce bar
Comme un marin
Pêche un loup
A la ligne
Solitaire
A force de peine
Alors qu'il n'attendait
Plus rien ni personne
Dans le silence de la haute mer
Il a trouvé ce bar
Il a échoué
A bonne latitude
Pour se noyer

Urbanité 2

La tranche lumineuse
De cet hôtel
Restait plantée
Dans notre âme
Et les souvenirs
Faisaient
Acte de pourriture
En bonnes bactéries

Urbanité 1

La neige s'accrochait
Au sommet
Des taupinières
Comme nous revenions
Avec mille prudences
Sentir cette ville

18 février 2014

Pince à sucre

Elle l'a embrassé
Comme on largue quelque chose
Au fond de sa tasse
A l'aide
D'une pince à sucre

Notre nuit

Notre nuit
Cet estomac
De lotte
Acide 
A nous emporter
Dans ses profondeurs
Geôles de lumière
Notre nuit
Effraie les marins

Inoxydable

Parmi les ours
Parmi les sosies
Parmi les pompes à chaleur
Tu tournais
De façon gracieuse
Sans manière
Ta cuillère inoxydable
Dans ton café
C'était
Ton genre et ta contribution
Pour lutter
Contre l'empire nauséabond
Du latte macchiato

13 février 2014

Une main

Elle lui a mis
La main aux fesses
Comme on descend
A la cave
Accroché à une lanterne
Plongeant
Dans l'odeur de terre roussie
Redoutant
Ce qui pourrait surgir
De cet univers
Sombre et immobile
Sous ses pieds
Habitués
A évoluer
Sur des surfaces claires
Habitués
A danser
Avec la lumière

Rideaux de pluie

A force de traverser nu
Les rideaux de pluie
Il avait une averse
Qui lui collait
A la raie du cul

08 février 2014

C'était un rire

Des profondeurs musquées
De ton être sinueux
Comme un petit oiseau tropical
Franchit les limites de la forêt
Débouche dans le vide
Doit retrouver son équilibre
Hors des lianes et des aspérités
De tes profondeurs
Oui
Surgit quelque chose
C'était un rire

07 février 2014

Oué!

Sa joie était
Une charrette
Remplie
De pots de confiture
Et elle cheminait
Tirée par un vieux boeuf
Sur un ancien chemin
Rongé par les pierres

06 février 2014

Poches percées

Ils se sont mis en tête
De tuer le temps
Dans une ruelle
A l'orée du crépuscule
Par un soir
Sombre
Comme une Saint-Barthélemy

Mais

Il leur a filé
Entre les doigts
Il a emprunté
Un itinéraire
Qui passait
Par leurs poches percées

Ces fous
Ivres de leur équipée
Avaient oublié
De les refermer

05 février 2014

Les directions de l'aube

Ramasser l'horizon
Comme on plisse un drap
Puisqu'une fois sorties
De notre nuit
Nos routes
Seront différentes
Au loin
Le point de fuite
Ne suffira pas
A nous réunir