31 août 2013

Conserves

Elle a mis
Sa rivière
Sur son dos
J'étais 
Poisson-pilote
L'hiver allait taper sec
Il faudrait gagner
L'hémisphère sud
Ce matin sur l'écluse
Il faudrait apponter
Et charger des conserves
Toutes ces choses
De première nécessité
Que nous n'arrivons pas
A avaler
Dans leur crudité nue

Chevelures

Les chevelures
Jetées
Dans les carrefours
Filets de nuit
Tandis que
Devant des chignons
Nous nous permettons
De jouer les saumons
De remonter des trucs fluides
Nous abusons
De notre gabarit
Plus gros
Que ces mailles
En chasse immobile

Les Suzanne et les Raymond

Comme
Quelques Suzanne
S'effondrent devant
Quelques Raymond
La nuit fouillait
Dans sa boîte
De premiers secours
Et personne
N'avait procédé
A la mise à jour
Des pansements

La nuit
Permet encore
Sous ces latitudes
Aux Suzanne et aux Raymond
De foncer
L'un contre l'autre
De s'élancer
D'un souffle
Long et puissant
Comme
L'obscurité barrique

08 juillet 2013

Appâter la nuit

Elle courait
Dos nu
Escarpins à la main
C'était notre manière
A nous
Planqués
Derrière un buisson de flacons
D'appâter la nuit
Une fois dans nos filets
Nous pourrons
Sans doute
En tirer
Quelques escalopes
Pour subsister
Dans le jour
Sous la canicule

Insecte mort

J'assistai
Aux derniers mouvements
D'un insecte presque mort
Sur ta joue
Vous trembliez les deux
Comme un arbre frissonne
Avant la pluie

12 juin 2013

Chausson aux pommes

Vivre
Comme on  mange
Un chausson aux pommes
Préférer les morceaux entiers
A la compote
Vivre
Et prendre ses pantoufles
Pour des bottes
De sept lieues

08 juin 2013

Les miettes et les étoiles

Il plantait son nez
Dans les étoiles
Comme on vautre
Ses manches
Sur un comptoir
Maculé de miettes
Les soirs de houle
Une fois debout
Il en transportera
Quelques-unes
Dans les coins obscurs
De sa vie

07 juin 2013

Débarbouillage

L'aurore a vomi
A voir la journée
Qui nous attend
Précipitons-nous
Vers l'horizon
Avec nos gants
De toilette
Débarbouillée
La lumière
Restera peut-être
Claire jusqu'au soir

Apparition à Volketswil

Elle est apparue
A Volketswil
Parmi les signaux
Lumineux et propres
Sa crasse
Claquait haut dans le matin
Elle est apparue
Au milieu des carreaux
Et des tissus perspirants
C'était l'acné
De Volketswil
Nous l'attendions
Avec nos petits doigts
Agiles
Et nos lotions abrasives

05 juin 2013

Bouffeurs de nuit

On a mal tiré
Sur la nuit
On a visé
Comme des saligauds
Après quelques battements d'aile
Elle s'est effondrée
Dans les fourrés de l'horizon
Impossible
Pour nos crétins de clébards
De la débusquer
De savoir par où
Elle avait fui

Aujourd'hui
Alors
Nos assiettes
Seront remplies
D'aurore et de lumière
Il faudra s'en contenter
Nos visages
Sombres et rances
Tirent déjà la gueule

Les jours de calme

Il a glissé
Dans l'escalier
Qui menait à la cave
Il a glissé
Et il est mort
Alors qu'il s'apprêtait
A remonter
Deux ou trois
Petits sacs de joie
Qu'il avait entassé là
Pour les jours acides

04 juin 2013

Flottement

Te voici dans l'existence
Comme le poil de queue
D'un naturiste
Dans le vent d'ouest
Tu cherches la mer
A contre-courant
Enfin il faut bien
S'occuper un peu
Pendant que sous l'eau
Parmi les baudroies et les méduses
On déploie
Des stratégies nucléaires

Nos caresses

Nos caresses
Aimaient
Mentir
Enfin plus exactement
Raconter n'importe quoi
Faire croire à des expériences
D'épices et de voyages
Alors qu'il s'agissait
Surtout
De sortir les poubelles
Et le faire correctement
C'était déjà
Bien, beaucoup et intense

Le matin et l'allumeuse

Le matin
Ne fait plus
Aucun effort
Il se balade
En parka
Bleu marine

Et toi
Petite allumeuse
Tu sors
Flambant neuve
D'une nuit
Electrique
Que tu as
Lacérée
De tes ardeurs

19 mai 2013

Désherbants

Seras-tu
Capable
De dresser
La mousse
Touffue
De l'amour
Que j'ai pour toi
Dans cette saison
Si sèche
Et abandonnée
Aux désherbants

Vies parallèles

C'est bon
De se balancer
Des fruits pourris
Hurler
Pisser au vent
Bien au frais
Sur les rives
De nos vies
Parallèles

Des êtres

Des êtres
Se déploient
Et claquent dans l'air
On dirait
Des coups de trique
Leurs gestes fébriles
Définissent
Ce que tout ça
Est devenu
Tranquillement
Comme on saccage
Une fourmillière

24 avril 2013

Voyages

Partir à la recherche
De ces saveurs
Oubliées
Enfin pas tout à fait
Partir
Récupérer le goût
Partir
Dire à tous les coins de la Terre
Notre soif et notre désir
Partir éprouver nos carapaces
Comme on étire un après-midi
A l'ombre d'un palais de Téhéran
Partir avec toi
Et apprendre
Et s'émerveiller
De ton âme et de ton corps
Qui se déploient
Dans l'air et dans la vie

Vieux rappeur

Chercher
Notre sexe
Immense
Doré
Et trompeur
Au milieu
De notre immonde
Survêtement
Et lorsque
Nous l'aurons trouvé
Ah ah ah
Nous mènerons
Notre monde
A la baguette

La mort du vent

Le vent
Se faufile
Dans la maison
Il crie
Petit mammifère
Il hurle
Il vient se réfugier
Les sons
De celui à qui
On a serré les viscères
On a tailladé une patte
On a fendu une oreille
Il a perdu son souffle
Il se faufile
Il vient mourir
Au pied du lit

La pluie toute nue

Le matin
Volait
De toit en toit
Comme une hirondelle
Rapiécée
Les résidences
Préparaient les soupes
La ville se pliait
Aux formules de politesse
Presque sans effort
Dans ce vide
Et de je ne sais où
Ce petit air
Ces notes
Notre mélodie
Des jours
Où la pluie
A nouveau
Venait à nous
Toute nue

16 avril 2013

En jumbo jets

Ce matin
Nos désirs
Voyagent
En jumbo jets
Et frottent
Leur panse métallique
Aux nuages
Mousseux et pétillants
Que tu avais
Copieusement
Fouettés

Nuit sans soleil

Une nuit sans toi
C'est une nuit sans soleil
Normal
Et
Insupportable

Cerises

Elle se baladait
Dans nos coeurs
Ces pays sans arbres fruitiers
Elle se promenait
La robe
Relevée et chargée
De cerises

Nous mettions
Nos mains à couper
Puisque c'est tout
Ce dont nous disposions
Qu'elle ne portait
Rien
En dessous

11 avril 2013

Dans la nuit

Sa démarche
Dans la nuit
Longue et libre
Une herbe
Qui danse
Avec les embruns
Et soudain
Nous récupérons
Le goût

07 avril 2013

Dans la pénombre

Mettons un pied
Dans la pénombre
Et frissonnons
Au contact
De cette vase collante
Qu'est le parfum
D'une nuit confisquée

06 avril 2013

Sa colère

Sa colère
Affûtée
Comme des tessons
Jonchait
En copeaux de fête
La salle de bal

Les chevaliers
Les princes
Les ducs
Et les marquis
Toute la clique aveuglante
L'avait écartelée

Dans le silence crépu
Des tourne-disques
Sa rage
Et sa fureur
Cherchaient
A se reconstituer
En section d'assaut

A retrouver ce corps
Dont elles étaient les bras
Pour frapper des mains
A tout rompre

03 avril 2013

Le doigt

Le doigt
Crispé sur la détente
Comme une botte de joie
Embourbée dans le bonheur

Vestiaire

Il attendait
De la vie
Qu'elle lui apprenne
A danser
Avec des carcasses charnues
De bétail paisible
De faune fourbe
Cependant
Elle ne donnait plus
Depuis son grand chagrin d'amour
De telles leçons
Qu'importe
Il attendra
Au vestiaire
Il patientera
Jusqu'à la fin
Du premier mouvement
Il attendra
Que l'air s'arrête
Pour tenter sa chance
Pour formuler
Une invitation

Le cuir à même la peau

Le matin
S'avance
Comme un solo
De guitare électrique
A la fin d'un concert
Chargé en petites culottes
Le matin fait le fier
La nuit
Ce taureau noir
Recule devant le matador
Qui porte le cuir
A même la peau