04 février 2014

Lichen

Le matin est en mousse
L'aube était de pluie
Nous sommes la verdure
Nous sommes la nourriture
Des gens des bois
Qui viendront
Nous arracher
De leurs mains
Epaisses
Parcourues d'engelures
Ils nous assoupliront
De quelques coups
De langue
Nous sommes la verdure
L'aube était de pluie
Les plus vigoureux
D'entre nous
Rêvent
Du pays
Du lichen

03 février 2014

Devant les bois

Il habitait la plaine
Devant des grands bois
Il attendait
Jusqu'à ce que
Quelque chose
En sorte
Il n'a pas vu
Que les chars
Ont donné l'assaut
Par le côté

02 février 2014

On vieillit

Ne crépite pas
Flambe
Ne ruisselle pas
Inonde
Ne parfume pas
Empeste

On vieillit
Et on a payé
Pour un sons et lumières
Sans entracte

Alors bien sûr
Ne murmure pas
Hurle
Et puis
N'éructe pas
Vomis

Jetés dans le jour

L'aube
Est arrivée
Plus vite
Que nous ne l'avions prévue

Elle a confisqué
La possibilité
De nos langues

L'aube nous a jetés
Dans le jour
Comme un videur

Je commençais juste
A m'enivrer de toi
Mais je tenais encore
Debout
Je ne faisais pas d'esclandre
Sur le pavillon feutré
De ton oreille

Philip Seymour Hoffman est mort, chargeons le vent

Charger le vent
Avec nos dernières larmes
Tenter la noyade
Par surprise

Charger le vent
Qui nous a pris
Jusqu'à ton odeur
Et que nous n'avons pas su abuser
Avec des eaux de toilettes
Capiteuses

Charger le vent
Lui enfoncer
Notre tristesse
Au fond de la bourrasque

Charger le vent
Et alourdir de nos pluies intérieures
Son royaume
Pour en faire
Un marécage

Charger le vent
Pour qu'il se sente
Chez nous
Bien dégueulasse
De boue

17 janvier 2014

Je suis ton cendrier

Ton regard
De braise
S'est éteint
A force
De trop
Tirer dessus
Il n'en reste
Que des cendres
Et moi
Je suis ton cendrier

Le ciel a traversé le plancher

La pluie
A tout fait pourrir
Au-dessus
Le ciel a traversé
Le plancher
Il s'est écrasé
Sur nos vies
Déjà elles-mêmes
Très effondrées
Sur nos corps
Déjà eux-mêmes
Très tassés
A ne plus savoir
De la poussière
Ou des nuages
Qui faisait le plus
De brouillard
Qui semait davantage
De confusion

14 janvier 2014

Tamanoir

Nous buvions
Des crèmes de soja
Nous étions
Déjà morts
A jouer
Les prédateurs
De végétaux
Nous étions un peu
Le tamanoir
Qui laisse sécher sa langue
Pour que les fourmis
En fassent un toboggan

11 janvier 2014

Mèche de feu

Ma main
Tente
De remettre
En place
Une mèche de feu
Derrière ton oreille
Comme un vieux rocker
Raccroche son micro
Avant de se lancer
Dans quelque chose
De plus mélancolique

Les viandes

Il les avait vus
Et leurs véhicules
Commerciaux suréquipés
Il les avait observés
Et leurs vêtements matelassés
Leurs vies progressaient
A vitesse constante
Il évoluait
A l'affût
Il savait
Qu'il ne faudrait
Pas faire de bruit
Les viandes
Perdent de leur beauté
Une fois stressées

Petit papier

La joie
Ce papier
De bonbon fin
Avec une si grande
Prise au vent
Une fois dépouillé

10 janvier 2014

La paupière du jour

Elle s'est endormie
Entre l'aube et la lumière
Sous la paupière du jour
Qui faudrait-il faire pleurer
Pour la réveiller
Et la tirer de là
A grands coups de larmes

Fragiles

La lumière
Se répandait
Comme ton parfum
Et je jouais à être le jour
Et tu jouais à être la nuit
Et nous étions aveugles
Seules comptaient
Les possibles caresses
Déployées dans nos désirs
Avec la fragilité
D'un bateau dans une bouteille

09 janvier 2014

Inflammation

Le soleil
Enflammait
Le quartier
Résidentiel
Et préfabriqué
Le trafic s'écoulait
Sur la voie rapide
C'était paisible
Une exacte sensation
De nos conditions

Si nous collions 
Nos oreilles
Au sol
A la manière
Des anciennes peuplades
Qui nous ont engendrées
Si nous nous couchions
Sur la terre
On pourrait
Probablement 
Entendre
Le début du roulis
Des chariots
Dans les supermarchés 
Saisis au réveil

Tandis que
Le soleil 
Poursuivait
Son inflammation

08 janvier 2014

Aimanter le gravier

L'ombre portée
Du gravier
C'est mon effort
Pour te retenir
Mais tu es
En chaussures
De sport
Et rien
Ne t'aimantes
Au bitume
Je ne rattrape
Que des salissures
Que des vomissures
Et parfois
Des chaussures
Vides
Jamais
De matière vivante

07 janvier 2014

Une absence

Cette année
Est vierge
De toi
Il n'y aura pas
De réponse
Ce que c'est sordide
Une absence
Une fois que les murs
Sont repeints

Partie

L'ombre a gagné
Des parts
Sur la lumière
On a assisté
A ça
On était ceux
Qui ne comprennent
Rien aux jeux de cartes
Mais qui aiment
Les moquettes
Profondes et vulgaires
Des casinos

Imminence

Les jeunes chanteurs
Agitent beaucoup
Leurs petites mains blanches
Incarcérées de cigarettes
Des gens calmes et cérémonieux
Parlent souvent
De petites fleurs
Il semble aussi
Que le luxe
Se démocratise
Tout ça sent
Loin à la ronde
La guerre
L'étripage en règles
Inexorables

L'aube titube

L'aube
Est un vieil alcoolique
Rose et rouge
Aux haleines
D'ombres macérées
En fin de nuit
Elle a cette dignité
De ne pas vomir
A nos pieds
Et de disparaître
On ne sait trop où
Parce qu'au fond
On ne veut pas chercher
Avant midi

30 décembre 2013

Sur nos têtes

Le ciel enragé
Qui bave
Et nous
Tout en bas
Tellement
Tout en bas
Avec nos petits
Pistolets
Et nos pétoires
Qui ne font péter
Que nous
Tandis que tout là-haut
On l'ouvre
On sort la langue
On se caresse les dents
Et on rote sur nos têtes

Quand tu

Quand tu ne montres pas
Tes dents blanches
Tout va mieux
Le monde
S'apaise un peu
Quand tu ne souris pas
Tout est plus calme
L'équilibre
Revient peu à peu
Quand tu n'expliques pas
Tes projets
L'air pétille
Le vent fait des bulles
C'est bien
Quand le contemporain
Se tient tranquille
Quand il la ferme
C'est un éclat de lumière sèche
Sur des pourritures humides

On dirait comme un dimanche

On dirait
Comme un dimanche
Les enfants jouent
Avec le chien
Sans muselière
Dehors tandis que dedans
On dirait aussi
Comme un dimanche
A caresser
Le top dix
Des tendances
On dirait
Définitivement
Comme un dimanche
Avec ses petites pauses
Entre deux vomissements

26 novembre 2013

La question du bisou

A une Nouille martienne

Ils jouaient
A la pause-café
En agitant
Leurs épais et gros
Gants blancs

Ils cherchaient
A modeler l'air
De leurs pattes dodues
Ils vouaient l'entier
De leurs excitations
A muscler
Leurs phalanges

Puisqu'il leur faudrait
Dresser des voies rapides
Piquetées de lampadaires
Sur Osiris

Ce ne sera pas évident
En orbite
Autour de HD 209458
Avec leurs vieilles mains
De 154 années-lumière
De farfouiller correctement
Avec les bons gestes
Dans la constellation
De Pégase

Et puis surtout
Il restait la question
Opiniâtre et lancinante
Du bisou
Géant et gazeux

Occupation de l'hiver

Rentrer du bois
Sortir du plastique
Crépir nos intérieurs
A grandes giclées
De feu
C'est une intention
Qui vaut celle
De broyer
Quelques châtaignes
En vermicelles

Chaude mélodie

On entendait
Sous nos pieds
Les taupes palpiter
Tandis que les rayons
Du crépuscule
Descendait
Sur les places
De travail
Informatisées

On entendait
Sous nos pieds
La terre fendue
Par le milieu
Se convulser
Tandis que
Des courriers électroniques
Je répète
Des courriers électroniques
Traversait les océans

On balbutiait
C'était un bruit
C'était un remplissage
C'était une mélodie
Chaude

14 novembre 2013

Poulet au citron

On a eu du poulet
Avec du citron dedans
Et voyez
Comme le monde
S'emballe
Au milieu du repas
Il nous sembla
Vivement
Qu'il avait fallu
Davantage de temps
Au citron
Pour parvenir
A maturité
Qu'au poulet

Morceaux

Derrière leur comptoir
Elles ressemblaient
A des morceaux d'astres
Eclatés et venus
Du fin fond de l'espace
D'une explosion lointaine
D'une fête ancienne
Elles luisaient d'un éclat fané

22 octobre 2013

Ta langue

Ta langue dans ma bouche
C'est un sous-marin
Dans un verre d'eau
Nous sommes à la merci
De celui ou celle
Qui aura soif

A la poursuite de nos désirs

Je me lançai
A la poursuite de nos désirs
En chemin
Tu m'as tendu
Un croque-en jambe
Je me suis étendu
Au bout des parfums
De la ville
Pendant que je ramais
A la surface d'une flaque
Je m'aperçus
Que la cité
Avait été prise
Par un autre
Un seigneur
Un prince
Un Monsieur
Un de ceux-là
Gonflé
De tulle et de métal
Tandis que nos désirs
Se faisaient péter le foie
A la taverne

Les moisis

Elle sépare
Le brouillard de la brume
Elle organise les feuilles
En troupeaux

Elle demande
Aux moisissures
D'accélérer
Et de faner
Le temps
Avec la conviction des levures

Elle plonge vers nous
Qui avons perdu nos miettes
On dirait une pelle
Dans un gros pain rond