04 mars 2014

Urbanité 2

La tranche lumineuse
De cet hôtel
Restait plantée
Dans notre âme
Et les souvenirs
Faisaient
Acte de pourriture
En bonnes bactéries

Urbanité 1

La neige s'accrochait
Au sommet
Des taupinières
Comme nous revenions
Avec mille prudences
Sentir cette ville

18 février 2014

Pince à sucre

Elle l'a embrassé
Comme on largue quelque chose
Au fond de sa tasse
A l'aide
D'une pince à sucre

Notre nuit

Notre nuit
Cet estomac
De lotte
Acide 
A nous emporter
Dans ses profondeurs
Geôles de lumière
Notre nuit
Effraie les marins

Inoxydable

Parmi les ours
Parmi les sosies
Parmi les pompes à chaleur
Tu tournais
De façon gracieuse
Sans manière
Ta cuillère inoxydable
Dans ton café
C'était
Ton genre et ta contribution
Pour lutter
Contre l'empire nauséabond
Du latte macchiato

13 février 2014

Une main

Elle lui a mis
La main aux fesses
Comme on descend
A la cave
Accroché à une lanterne
Plongeant
Dans l'odeur de terre roussie
Redoutant
Ce qui pourrait surgir
De cet univers
Sombre et immobile
Sous ses pieds
Habitués
A évoluer
Sur des surfaces claires
Habitués
A danser
Avec la lumière

Rideaux de pluie

A force de traverser nu
Les rideaux de pluie
Il avait une averse
Qui lui collait
A la raie du cul

08 février 2014

C'était un rire

Des profondeurs musquées
De ton être sinueux
Comme un petit oiseau tropical
Franchit les limites de la forêt
Débouche dans le vide
Doit retrouver son équilibre
Hors des lianes et des aspérités
De tes profondeurs
Oui
Surgit quelque chose
C'était un rire

07 février 2014

Oué!

Sa joie était
Une charrette
Remplie
De pots de confiture
Et elle cheminait
Tirée par un vieux boeuf
Sur un ancien chemin
Rongé par les pierres

06 février 2014

Poches percées

Ils se sont mis en tête
De tuer le temps
Dans une ruelle
A l'orée du crépuscule
Par un soir
Sombre
Comme une Saint-Barthélemy

Mais

Il leur a filé
Entre les doigts
Il a emprunté
Un itinéraire
Qui passait
Par leurs poches percées

Ces fous
Ivres de leur équipée
Avaient oublié
De les refermer

05 février 2014

Les directions de l'aube

Ramasser l'horizon
Comme on plisse un drap
Puisqu'une fois sorties
De notre nuit
Nos routes
Seront différentes
Au loin
Le point de fuite
Ne suffira pas
A nous réunir

04 février 2014

Lichen

Le matin est en mousse
L'aube était de pluie
Nous sommes la verdure
Nous sommes la nourriture
Des gens des bois
Qui viendront
Nous arracher
De leurs mains
Epaisses
Parcourues d'engelures
Ils nous assoupliront
De quelques coups
De langue
Nous sommes la verdure
L'aube était de pluie
Les plus vigoureux
D'entre nous
Rêvent
Du pays
Du lichen

03 février 2014

Devant les bois

Il habitait la plaine
Devant des grands bois
Il attendait
Jusqu'à ce que
Quelque chose
En sorte
Il n'a pas vu
Que les chars
Ont donné l'assaut
Par le côté

02 février 2014

On vieillit

Ne crépite pas
Flambe
Ne ruisselle pas
Inonde
Ne parfume pas
Empeste

On vieillit
Et on a payé
Pour un sons et lumières
Sans entracte

Alors bien sûr
Ne murmure pas
Hurle
Et puis
N'éructe pas
Vomis

Jetés dans le jour

L'aube
Est arrivée
Plus vite
Que nous ne l'avions prévue

Elle a confisqué
La possibilité
De nos langues

L'aube nous a jetés
Dans le jour
Comme un videur

Je commençais juste
A m'enivrer de toi
Mais je tenais encore
Debout
Je ne faisais pas d'esclandre
Sur le pavillon feutré
De ton oreille

Philip Seymour Hoffman est mort, chargeons le vent

Charger le vent
Avec nos dernières larmes
Tenter la noyade
Par surprise

Charger le vent
Qui nous a pris
Jusqu'à ton odeur
Et que nous n'avons pas su abuser
Avec des eaux de toilettes
Capiteuses

Charger le vent
Lui enfoncer
Notre tristesse
Au fond de la bourrasque

Charger le vent
Et alourdir de nos pluies intérieures
Son royaume
Pour en faire
Un marécage

Charger le vent
Pour qu'il se sente
Chez nous
Bien dégueulasse
De boue

17 janvier 2014

Je suis ton cendrier

Ton regard
De braise
S'est éteint
A force
De trop
Tirer dessus
Il n'en reste
Que des cendres
Et moi
Je suis ton cendrier

Le ciel a traversé le plancher

La pluie
A tout fait pourrir
Au-dessus
Le ciel a traversé
Le plancher
Il s'est écrasé
Sur nos vies
Déjà elles-mêmes
Très effondrées
Sur nos corps
Déjà eux-mêmes
Très tassés
A ne plus savoir
De la poussière
Ou des nuages
Qui faisait le plus
De brouillard
Qui semait davantage
De confusion

14 janvier 2014

Tamanoir

Nous buvions
Des crèmes de soja
Nous étions
Déjà morts
A jouer
Les prédateurs
De végétaux
Nous étions un peu
Le tamanoir
Qui laisse sécher sa langue
Pour que les fourmis
En fassent un toboggan

11 janvier 2014

Mèche de feu

Ma main
Tente
De remettre
En place
Une mèche de feu
Derrière ton oreille
Comme un vieux rocker
Raccroche son micro
Avant de se lancer
Dans quelque chose
De plus mélancolique

Les viandes

Il les avait vus
Et leurs véhicules
Commerciaux suréquipés
Il les avait observés
Et leurs vêtements matelassés
Leurs vies progressaient
A vitesse constante
Il évoluait
A l'affût
Il savait
Qu'il ne faudrait
Pas faire de bruit
Les viandes
Perdent de leur beauté
Une fois stressées

Petit papier

La joie
Ce papier
De bonbon fin
Avec une si grande
Prise au vent
Une fois dépouillé

10 janvier 2014

La paupière du jour

Elle s'est endormie
Entre l'aube et la lumière
Sous la paupière du jour
Qui faudrait-il faire pleurer
Pour la réveiller
Et la tirer de là
A grands coups de larmes

Fragiles

La lumière
Se répandait
Comme ton parfum
Et je jouais à être le jour
Et tu jouais à être la nuit
Et nous étions aveugles
Seules comptaient
Les possibles caresses
Déployées dans nos désirs
Avec la fragilité
D'un bateau dans une bouteille

09 janvier 2014

Inflammation

Le soleil
Enflammait
Le quartier
Résidentiel
Et préfabriqué
Le trafic s'écoulait
Sur la voie rapide
C'était paisible
Une exacte sensation
De nos conditions

Si nous collions 
Nos oreilles
Au sol
A la manière
Des anciennes peuplades
Qui nous ont engendrées
Si nous nous couchions
Sur la terre
On pourrait
Probablement 
Entendre
Le début du roulis
Des chariots
Dans les supermarchés 
Saisis au réveil

Tandis que
Le soleil 
Poursuivait
Son inflammation

08 janvier 2014

Aimanter le gravier

L'ombre portée
Du gravier
C'est mon effort
Pour te retenir
Mais tu es
En chaussures
De sport
Et rien
Ne t'aimantes
Au bitume
Je ne rattrape
Que des salissures
Que des vomissures
Et parfois
Des chaussures
Vides
Jamais
De matière vivante

07 janvier 2014

Une absence

Cette année
Est vierge
De toi
Il n'y aura pas
De réponse
Ce que c'est sordide
Une absence
Une fois que les murs
Sont repeints

Partie

L'ombre a gagné
Des parts
Sur la lumière
On a assisté
A ça
On était ceux
Qui ne comprennent
Rien aux jeux de cartes
Mais qui aiment
Les moquettes
Profondes et vulgaires
Des casinos

Imminence

Les jeunes chanteurs
Agitent beaucoup
Leurs petites mains blanches
Incarcérées de cigarettes
Des gens calmes et cérémonieux
Parlent souvent
De petites fleurs
Il semble aussi
Que le luxe
Se démocratise
Tout ça sent
Loin à la ronde
La guerre
L'étripage en règles
Inexorables

L'aube titube

L'aube
Est un vieil alcoolique
Rose et rouge
Aux haleines
D'ombres macérées
En fin de nuit
Elle a cette dignité
De ne pas vomir
A nos pieds
Et de disparaître
On ne sait trop où
Parce qu'au fond
On ne veut pas chercher
Avant midi