28 mars 2013

Halète

Comme un animal surexcité
Rentre dans sa vie
Ronge les bas des meubles
Tire sur les nappes
Pisse sur les rideaux
Lacère les placets
Imagine des proies invisibles
Qui te font cavaler
D'un étage à l'autre
Ensuite de ça
Au milieu de la dévastation
Qui tombe en flocons
Comme un animal surexcité
Reste
Halète
Et montre ta langue rose et râpeuse

24 mars 2013

Lignes

Viens te poser
Dans le creux
De ma main
Pêcher
Un peu
A la ligne

20 mars 2013

L'hiver et le printemps

L'hiver rouvre
Sa braguette
Oh tu vois
Le printemps
Aime ça
Semble-t-il

Avant l'aube

La nuit 
Avance
Elle traîne la patte
On dirait
Qu'elle est blessée
Je crois
Que le brouillard
Réussira
A l'avaler
Toute crue
Avant l'aube

Par sols boueux

Son sourire
Est un châle
Qui s'accroche
A son rire
Après la pluie
Par sols boueux

16 mars 2013

Bazar

A force
De grignoter la nuit
Les étoiles
La feront tomber
En papillons de cendre
Sur nos corps éteints
Alors toi
Reste debout
Près de la clairière
Sois prêt à bondir
Avec ta chandelle
Et rallume-nous
Ce bazar

12 mars 2013

Les tringles

Quitter la lumière
Avec le toucher anecdotique
D'une épaule
Qui se départit
D'une robe de nuit
Et avancer dans la pénombre
Semblables à quelques doigts
Qui prennent de vitesse
Une culotte
Dévisser
Les dernières tringles
De nos sommeils

A l'avant de sa colère

Elle fonce
A l'avant de sa colère
Comme on donne
Son visage aux embruns
Comme on se presse
A la proue d'un navire
Et nous
Qui avions joué
Les connards
Au fond de l'eau
Qui avions gaspillé
Des torpilles
Qui ne savions
En réalité
Comment mettre le feu
Qui ne maîtrisions pas
Ou à peine
L'art de l'explosion
Nous les salopards
Elle nous fend
Par le milieu
De l'avant
De sa colère

Jolies danseuses confites

Jolies danseuses confites
Qui éclairez
Nos nuits basquaises
Rappelez-nous
Comment faire
Pour vous inviter
A jeter nos têtes
Hors du parvis
Des cathédrales
Et tremper de pluie
Nos courages
De poussière et d'encens

06 mars 2013

Les farines de nos forces

Saupoudrer
Des éclats de jour
Sur son pain noir
Et le tendre vers elle
Puisque c'est
Tout ce dont nous disposons
Puisqu'il s'agit
Des farines de nos forces
Mélangées
A l'eau de nos larmes

Soudain

Elle sortait
De son véhicule
Commercial
Gris
Tout-terrain
Ainsi que l'abeille
De quelques corolles
Froissées
Et nous flippions
Au comptoir de la droguerie
Au milieu
De nos flacons d'insecticide

Cette main ou l'autre

Peser ses mots
Avec cette main
Ou l'autre
A la fraîche
Sans chichi
A la manière
De nos grands-mères
Privilégier
L'odeur et le goût
Aux mathématiques

28 février 2013

Inextricables

J'appelai
Chaque nuit le matin
Chaque matin la nuit
Ils ne me répondirent pas
Ils durent être
Hasardai-je
Dans des positions
Inextricables

Les obsidiennes

Tu me tiens au creux
De tes mains
Locataire de tes paumes obsidiennes
Je crains
Les augmentations de loyer

23 février 2013

De la poussière à nos lèvres

Nos midis
Effrités
Nos appétits
Elimés
Nous portons
A nos lèvres
De grandes cuillères
De poussière
Nous avalons
Le goût
De nos amours
Vomies

21 février 2013

Ruissellements

Son prénom
A elle
Lacérait
A la manière
D'un petit rongeur
L'intérieur de son corps
A lui
Il bondissait
Désorienté
Il déchirait
Il crevait
Il rebondissait
Pourtant
Il restait prisonnier
Il mourra ainsi
En ruissellements intérieurs

19 février 2013

Quand vient la nuit

La nuit est tombée
Sur nous
Avec la patience
D'un chat sur une taupe
Au milieu d'un champ de neige
Au début
Il y a même eu
Une légère excitation
Pour fêter le royaume des ombres
La bête a bondi
Et s'est arc-boutée en l'air
Tandis que sous nos pattes
Tout restait gelé
Les profondeurs
Se refusaient à nous

16 février 2013

Le chien du temps

Attendre
Devant la porte de nos rêves
Que la même seconde
Se présente encore
Celle qui nous avait jeté
Des bons bâtons de bois
A poursuivre, lécher et rapporter
Vivre de ce fol espoir
Attendre
Comme le chien du temps

Précuite

Pour la consommer
En petites portions
De jour comme de nuit
Elle confectionne
Sa vie
En lasagnes
Elle hâche bien tout
Surgèle les étapes
Elle l'a partagera
Et l'autre
Hâté et vagabond
Gourmand de synthèse
Ne relèvera pas
La supercherie

08 février 2013

Lâchée des mains

Une tasse
S'effondre
Percute
Eclate
Et devient
Le plus précis piquet
Pour baliser
Le temps qui passe

L'encens immobile

La vie
Comme un boulevard
Terminé par une cathédrale
Solitude des comptoirs
Tirés de fer
Esseulés dans la progression
A travers la nef
Nous entendons
Dans les confessionnaux
Râles, soupirs et pleurs
Il est probable
Que l'encens immobile
Finisse
Par nous prendre de vitesse

04 février 2013

Langue

Passer sa langue
Sur les paupières collées
Du jour endormi
S'enorgueillir
De le réveiller
Alors que ce matin
Il est peut-être
Mort

03 février 2013

Braises

Escortée
De braises
Elle venait
Cautériser
Nos chagrins
Elle venait
Nous prendre
Dans ses bras
Ce n'était pas compliqué
Pourtant
Elle seule
Y avait pensé

01 février 2013

Crépuscule

Nous nous précipitions
Vers le crépuscule

Assoiffés
De ce que le jour
Avait bu dans nos larmes

Et nous plantions
Nos canines
Dans ses mâchoires
De citron

31 janvier 2013

Papillote

Le jour
Mijote en papillote
Vers midi
Il commencera
À libérer ses parfums

En équilibre sur les bords de l'aube
Il nous ouvre l'appétit
Il aiguise
Ses grands couteaux de lumière

30 janvier 2013

Le Chinois

J'aimerais
Rencontrer
Le Chinois
Qui a collé
Les semelles
De mes pantoufles
Là-bas
Entre trois poulets
Et cinq poissons-chats
Nous irions
Danser le menuet
Voir Guignol
Et draguer
Légèrement
Des inconnues

Te rappelles-tu

Te rappelles-tu
Cette ville
Qui se refusait à nous
Ces façades laiteuses
Même la chaleur
S'était mise
A courir
Te rappelles-tu
Nos respirations
Dans ces rues
Hérissées
Contre nos assauts
Te rappelles-tu
Comment nous avons fait
C'était la cambriole de nos désirs
Nous avions si peu de temps
Chaque geste comptait
Nous nous aimions
Et nous songions pourtant
A rester efficaces
Nous avions si peu de temps
Oui
Avant que nos soupirs
Ne soient repris
Par le ronronnement
De l'obscurité
Te rappelles-tu
Cette ville
Qui se cabrait
Sous nos caresses

22 janvier 2013

Frein à main

Arrêtez le monde
Ne tirez même pas
Le frein à main
Nous descendons
Nous enchaînons
Les gestes lestes
Nous claquons la portière
Il continue sa route
La radio diffuse
Des airs amples
Et des commentaires sportifs
Nous l'écoutons
S'éloigner
En roues libres

19 janvier 2013

Croquer

Tu croquais
Des oreilles de porc séchées
La nuit pissait dru sur nos choix
Ils sentiront fort au matin
Nous devrons les lessiver
Pour l'instant
Le Wang Wang Blues
De Fletcher Henderson
A pris possession
De nos corps affamés

15 janvier 2013

Bergers

Les souvenirs
S'égaient
S'éparpillent
S'échappent

Sans clochette
Impossible de les rattraper
Il faudra siffler
Nos deux Pyrénées

Tandis que nous resterons
Avec les rares et les plus mous
Qui n'ont pas filé
A travers les collines

Au milieu de leurs guenilles de chaleur
Nous brandirons nos petits canifs
Contre la nuit et l'alcool
Qui tenteront
Immanquablement
De nous les reprendre
En multipliant
Les attaques surprises