01 août 2026

Froissement

Le ciel était une corbeille
Froissée de grands linges
Une troupe de corneilles
Se disputaient quelques fils
Rien ne deviendrait
Plus bleu ni plus noir
Une fois tirés
Le ciel était
Un royaume de ficelles
Au trône vide
Oser s'y rouler
C'est défier 
La garde des rubans d'air
Un chat peut-être
Oui, tenez, celui-ci
Au museau pointé
Vers les courants-jets
Fomentera une patience
Écharpera en lianes
Ces grands linges
Soudaines passerelles
Propices
À l'envahisseur
Enhardi par l'expédition
Galvanisé
Jusqu'à froisser
Tout ce qui ne l'est pas encore
Et promettre l'essorage
Que tant de mains
Tendues et crevassées
N'ont pas réussi à déclencher

01 juillet 2026

Étaler la patience

Le jour s'employait
À étaler la patience
Que la nuit
Minutieusement
Avait recourbée
Sans être inquiétée
C'était un après-midi
De pieds nus
Poursuivis par une feuille
Peut-être trop belle
Arrachée par les jalousies voraces
Du vent en guenilles de caprices
La promenade bruissait
Jusqu'à râcler nos inquiétudes
À vif à force
Elles saignaient
Un peu maintenant
Elles signalaient nos pas
Nous serons
Vite débusqués
Vite rattrapés
Par tout ce qui est lancé
À notre recherche
À notre poursuite

01 juin 2026

À la poursuite des grillons

Quelques vieux
Attablés
Dépliaient des scandales
Ils tuaient le temps
Avec des mots enrayés
Tout devenait plus long
D'agonie en agonie
De maladresse en maladresse
Il ne réussissaient plus
À replier ces scandales
Avec la même précision
Pour les ranger
Et les reprendre plus tard
Lorsqu'à moitié mâchés
Ils seront plus tendres
Quelques vieux
S'étalaient sous la tonnelle
Sans prendre garde au tonnerre
Ivres de radotages
Ni à l'orage
Promis à terroriser
Les feuilles nouvelles
Pas encore très dégourdies
À balbutier leur bruissement
Celui qui court et qui chante
Si élégamment
À la poursuite des grillons
Celui qui court et qui chante
Si ingénument
Lorsqu'il se sait
Menacé par l'orage

01 mai 2026

Identifier les traînards

Regarder le ciel
Identifier les traînards
Les nuages isolés
Sans défense
Contempler
Cette traque inéluctable

L'horizon déborde
De grands fauves
Aux babines
De salive en volutes
Ils n'en feront qu'une bouchée
Et nous n'y pourrons rien
Puisque nous les regardons
Depuis en bas
Puisque nous les survolons
Depuis en haut

Ils vivent et ils meurent
Au milieu
Ils se pourchassent
Ils s'attrapent
Ils se mordillent
Et puis
Ils se dévorent

Peut-être
Coincés ici
Entre nous
Au milieu
Peut-être
Cherchent-ils
À nous imiter
Du mieux qu'ils peuvent

01 avril 2026

Insectes

Le silence ramait
Il départageait
Quelques insectes
Livrés au danger
Puisqu'ils rasaient
Le fleuve
Le silence ramait
En rythme
Il prenait appui
Sur l'aube et la lumière
À fuir la nuit
À rattraper le jour
Parti tôt
Exciter les êtres de vase
Ces gros yeux
Ces ventres tendus
Vers quelques insectes
Plénipotentiaires
D'un matin à moitié nu

01 mars 2026

Paperasse

Elle avait
Trop de choses
Sur le coeur
Elle devait
Agrandir la surface
Mettre à l'enquête
Et attendre
Toutes les autorisations
Un coeur
Gros comme ça
En bonne et due forme
C'était avant tout
De la paperasse

01 février 2026

Traverser les ridicules

Ce baiser se redresse
Regardez-le
Il s'ébroue
Après cette chute
Ecrasé dans les ronces
Serré, étouffé de boue
Il retrouve son équilibre
Il s'avance
Il veut défendre son territoire
Il revient ici
Parmi les ricanements
Et les grognements
Ce baiser qu'elle saisit
À bras le corps
Pour traverser les ridicules
Ils évoluent à deux maintenant
Ils s'épaulent jusqu'à lui
Ils lui apportent
Cette tendresse relevée
Laissée pour morte
Sur une lande abandonnée
Aux désirs éclopés

01 janvier 2026

Essaims

De ces collines
Autrefois
Descendaient 
Des férocités
Armées jusqu'aux dents
Des arracheurs
De tout ce qui s'arrache
Ce monde dévalait sur nous
Sans prévenir
Tout au plus leurs silhouettes
Avant-coureuses
Tout au plus le vent
Dans leurs cheveux
Et ces faux airs
De méduses
Avant la déferlante
De ces collines
Autrefois
S'amenaient des fureurs
Avec qui se fracasser
Avec qui se découper
De ces collines
Aujourd'hui
Ne descend
Que le silence
Sur son cheval harassé
Revient-il de batailles muettes
Contre un monde
Absent et dérobé à cette plaine
Peu importe
Qu'il vienne
Qu'il galope jusqu'à nous
Nos poings dansent
Sur l'air décharné et orphelin
Nos poings tapent déjà
Dans des essaims de bourrasques

01 décembre 2025

Les oreilles du rhinocéros

Quitter l'été
C'est renoncer
À une savane
Puisque les feuilles
De ces arbres
Sous lesquels
Je venais t'embrasser
Sont des oreilles brunies
De rhinocéros
Elles tremblent
Elles tournent
Elles s'écartent
Lorsque la pluie
Les frappe
Elles sont les extrémités
Du gros animal
Son ouïe collée au ciel
Cette autre savane
Celle qui ne retient pas
La poussière
Celle qui dévore
Les yeux portés vers elle
Et les espoirs qui les peuplent
Autant y coller
Des oreilles tannées
Agitées de pluie
Et au jugé éventrer
D'un coup de corne
Quelques nuages 
Pour revoir au loin
Une dernière fois
L'été qui s'enfuit
Les poches remplies
De feuilles sèches

01 novembre 2025

La visite du tamanoir

Un tamanoir
Ce matin
Aux premières lueurs
Enfin celles qui éclosent
Les naturelles
Pas celles qui s'éteignent
Les artificielles
Un fourmilier
Traversait la route
Il sortait du café
Et il se dirigeait 
Vers la boulangerie

Au bistrot
Le patron avait déjà oublié
La visite de l'animal
Tout ce qui ne consomme pas
Voyez-vous cher Monsieur
C'est prié de partir
Tamanoir, fourmilier
Peu importe, ça dégage

À la boulangerie
Je retrouve l'animal
Il patientait
Au pied du boulanger
Alors, lui ai-je dit
Ces manières, ai-je poursuivi
Oui, au gris du petit matin
Dans les villes contemporaines
Il arrive que vous et moi
Soyons amenés
À questionner
Un tamanoir
Et que celui-ci reste muet

Le boulanger m'a répondu

Depuis le temps
Il fallait s'y attendre
Un jour ou l'autre
À la visite du tamanoir
Depuis le temps
Que ce métier me donne
Des fourmis dans les jambes

01 octobre 2025

C'était un après-midi en ville

Le chat mit la patte
Sur la punaise des bois
Il la mangea
Dans un croutche
Ou un crouitche
D'autres ont plutôt entendu
Un craoutche
Il voulut lui aussi
En avoir le coeur net
Il se mit en chasse
D'une autre punaise des bois
Il voulait l'écraser avec le doigt
Pour départager
Les croutche, crouitche, craoutche
Tandis que de l'autre côté de la rue
Une jeune femme
Tentait de relever et faire tenir debout
Un homme obèse et hirsute
C'était un après-midi en ville
A croiser des chasseurs à la manque
Et des dresseuses de vieux ours
Que les rues
Et bien d'autres choses
Séparaient

01 septembre 2025

Fraises

Brandir nos fraises
Au bout de nos doigts
Les tenir bien droites
Par la queue
Sans bouger
Puisque là-haut
Tout est prêt
Les nuages sont bien fouettés
Il n'y a plus qu'à les tremper
C'est notre fantaisie
Pour laper un peu de ciel
Un peu de ce royaume
Un peu de cette fabrique
De vents, de pluies
Et de bombes
Brandir nos fraises
Bien rouges
Et peut-être
Qu'elles retourneront
Se cacher
Derrière leurs cumulonimbus
Puisque du métal
Saupoudré sur des fraises
A la crème de ciel
Elles le savent bien
Oui, ça gâche le goût

01 août 2025

Quelque part à l'Est

Une brise désarmée
Arrivait en ville
C'est-à-dire
Qu'elle n'était plus carabinée
Elle avait faussé compagnie
À son général et son régiment
Quelque part à l'Est
Elle progressait par les rues
Qui sait
Songeait-elle
Je danserais peut-être
Je flânerais peut-être
Je musarderais peut-être
A l'invitation
D'un souffle saltimbanque
Ce qu'elle ne savait pas
C'est qu'ici
Les gens se promenaient
Avec les étiquettes des prix
Collées aux semelles de leurs chaussures
Laissées au dos de leurs livres
Alors ils n'avaient que faire
D'une brise déserteuse et rêveuse
Qui venait sans doute
Faire voir et marchander
Des fripes de liberté
Chapardées on ne sait où
À on ne sait qui
Quelque part à l'Est

01 juillet 2025

Vagabondage

L'après-midi
Traversait les champs
Hérissés de vent
Il n'était préparé en rien
Il progressait
Le museau en l'air
Jusqu'à s'arrêter net
Devant un cheval
Sous un arbre
Et soudain la pluie
Vigouste à débusquer les odeurs
L'après-midi s'est laissé coincer
Encerclé de remugles qui aboyaient
Prêts à lui sauter à la gorge
Tandis que l'autre
Le cheval sous la pluie
Faisait circuler de l'air dans ses naseaux
Et on aurait dit
Si on était passé par là
Mais ce n'est pas le cas
Quelqu'un nous l'a raconté
On aurait dit
Qu'il ricanait
De cet après-midi
Pluvieux, échevelé et vagabond

01 juin 2025

Grognement

Tu es venue
Te blottir
Au creux d'un grognement
Et tu as fermé les persiennes
Après avoir regardé dehors
Après avoir vérifié
Que tu n'avais pas été suivie
Par un ou deux soupirs
Des traînards
Des égarés
Prêts à toutes les rapines
Et tu t'es endormie
Avant que je ne puisse
M'approcher
Te dire que j'avais envie
De t'embrasser

01 mai 2025

Mélodie

Cette ancienne mélodie
Arrivera-t-elle à traverser
Se frayera-t-elle un chemin
Jusqu'ici
Constitué de couleurs bruyantes
Ses vieux os la mèneront-ils
Vers ce nouvel été
Ces palais neufs
Ces matériaux intacts
Arrivera-t-elle à émettre
Ses sons
Ses anciens murmures
Ses frémissements endormis

Fissurer le fracas
Rogner les cris
Ronger les clameurs
Avec des combines et des trucs
Appris il y a longtemps
Lorsque tout marchait
Différemment
Dans la même direction

C'est peut-être ça
L'assaut mené par la mémoire
Vers la transmission
De ce qui reste de nos forces
Pour affronter
Les horizons chargés
Les ciels frondeurs
Ce qui crépite entre eux
Nous voici prêts au combat
Armés d'une ancienne mélodie

01 avril 2025

Saveur

Le soir
Se roulait dans l'herbe
Au fond du talus
Il ne reconnaissait plus
Ce que les jours
Avaient laissé
Ici autrefois
Des brindilles
De l'arbre de joie
Où est-il
Maintenant
Probablement
Scié, coupé et congelé
Quelque part
Dans des maisons 
Qui se satisfont
De joies dégelées
Arrangées et flambées
Comme si ça pouvait
Masquer ce goût
Vous savez
Oui, vous savez
Ce goût

01 mars 2025

Muselières

Trois petits soupirs
Apprivoisés
Tournaient en rond
Cognaient au plafond
S'ennuyaient
Avaient la tête
Toute prête
Aux bêtises
Soufflaient feuillets
Se liguaient
Et claquaient les portes
Glaçaient les chevilles

Cette agitation
Nécessitait
Une promenade
Au grand air
Une fois les muselières
Fixées
Les trois petits soupirs
Apprivoisés
Tiraient
Pistaient
Quelques souffles égarés
Reniflaient
Des bris de tempête
Restés au sol
En décomposition

Jusqu'à rencontrer
Un grand souffle
Un gros rot de vent
Remonté de l'océan
Glissé entre chiens et loups
Par l'avenue déserte

Il les emporta
Et il les avala
Après avoir pris soin
De dévorer
Leurs muselières

01 février 2025

Au cordeau

Sa vie bien rangée
Sa vie bien peignée
Qui sentait bon mais pas trop
Qui parlait doucement sans plus
Et même si nous tendions l'oreille
Un petit cliquetis de pendule
Bien réglé
Et le coucou qui sortait pile à l'heure
Lui aussi bien peigné des plumes
La voix claire
Et le buste fringant
Et le bec luisant
La fumée des marmites
Bien taillée
Grise sans déborder
Ni trop touffue
Ni trop audacieuse
Sa vie bien réglementaire
Aux marges intactes et repassées
Et toi
Soudain
Avec tes cheveux sombres
D'un noir de grande jungle oubliée
Toi qui invites à l'excursion
Plane l'aventure
Se présente les mains aux poches
L'envie d'aller voir par dedans
Cette forêt sombre
Puisque des rêves et des désirs
Branchages entassés à l'orée
Filtrent une lumière
Sonore, impulsive et fougueuse
Du genre à laisser traîner son verre
Parce qu'il fallait
Toutes affaires cessantes
S'élancer et danser

01 janvier 2025

Infusion

Les nuages mousseux
Ramassés à la petite cuillère
Sont les meilleurs
Pour agrémenter
Une infusion de joies séchées
Attention au passage
A ne pas arracher
Les pointes de montagnes
Pas de précipitation
Car les joies séchées
Une fois humidifiées
Tournent au contact
Du gris cristallisé
Elles attrapent un arrière-goût
De revanche macérée
Qui risque de faire cailler
Tout ce blanc
Décollé du ciel