06 juin 2016

Dérobade

Retiens-toi au jour
Ce n'est pas que
La nuit se dérobe
Sous tes pieds
C'est que
La ville est visqueuse
Certains n'ont pas réussi
A garder leurs entrailles
Au fond de leurs joies

Pacotille

Mal équipé
Dans la précipitation
J'avais oublié
Piolets et mousquetons
Dans ma remise
Celle des ascensions
Ratées et estropiées
Mal équipé
Parti
Le poitrail
Saisi des vigueurs de l'aube
J'ai tenté
De passer
De la base de ton cou
Au sommet de ta nuque
Et je me suis fait emporter
Dans l'avalanche de tes cheveux
Estourbi dans ta chute de reins
Comme un aventurier
De pacotille
Qu'aucun hélicoptère
Ne remarquera
Tellement inanimé

Wombats

Il a souhaité
Entamer l'été
Alors que d'autres
Saisissent un couteau
Affûtent des lames
Il a souhaité
Entamer l'été
A dos de libellule
En dresseur de wombats
Il a souhaité
Aligner la lumière
En petits wagons
Son désir d'horizon
Comme seule
Locomotive

04 mai 2016

Vague

Comme une vague
Venue du fond de l'horizon
Pour noyer nos matins
Salis de désirs
A qui on a ouvert le ventre

Comme l'océan
Venu faire la loi
Lancé en campagne hostile
A l'assaut de la terre
Encore assoupie

15 avril 2016

Reliques

Regarde
On voit
Ton sécateur
Qui luit dans le sombre

J'attends l'aube
Je me prépare
J'irai cueillir le jour
Et je lui arracherai
Un à un ses pétales

Et après

Et après je laisserai
Tout en plan
Comme
Un festin sec
De prédateur
Comme
Les reliques
D'une sauvagerie

Regarde
On voit
Ton sécateur
Qui luit dans le sombre
Range un peu ça
Ne te donne pas
En spectacle
Ne sous-estime pas
La lumière
Et ses ruses

11 avril 2016

Livrée

Le livreur
De vins fins
Est venu
Amener
Sa tristesse
En petits cageots
Devant la porte
De bois rouge
Importé d'une île
Lointaine et défigurée

Celle qui tirait
Des bières
S'est arrêtée
De tirer des bières
Ils ont parlé
De ses kystes
Qui lui donnaient l'air
D'un vieux crocodile
Le livreur
De vins fins
A eu droit
Ensuite
A un peu de blanc
Servi dans un verre trapu
Qui ressemblait à sa démarche
De souriceau obèse

Celle qui tirait des bières
S'est remise
A tirer des bières
Le livreur
De vins fins
S'est mis
A parler un peu tout seul
"On y va", lançait-il
A des chevaux
Invisibles et miniatures
Sur le comptoir
"Bon", ajoutait-il
Comme un ancien dresseur
De chiens

Puisque les voix
Dans les hauts-parleurs
Ne lui répondaient pas
Il a traversé
Dans l'autre sens
La porte de bois rouge
Importé d'une île
Lointaine et défigurée

Il a laissé ses petits cageots
De tristesse
Il reviendra demain
Il les chargera dès l'aube
Il sait qu'il n'en a pas l'utilité
Puisque la nuit a promis
De lui masser l'épiderme

Celle qui tirait des bières
A pris soin
D'ailleurs
De les mettre de côté
Afin que personne
Ne trébuche

04 avril 2016

A bout portant

Tirer à bout portant
Dans les genoux de l'après-midi
Regarder l'ennui
Couler, s'étaler
Comme un dégazage
Et trouver une place
A bord d'une fourgonnette 
Où les soupirs sont
Serrés et patibulaires 
De vrais soldats de régime sanguinaire
Croire
Après avoir soumis
Les dernières heures du jour
Qu'on peut partir 
Maintenant à l'assaut
De la nuit
De ses citadelles excitantes
Croire qu'elle nous laissera
Même approcher
Respirons encore
Car nous n'entendrons pas
L'obscurité
Ses grands mouchoirs
Serrés dans ses grosses mains
Nous ne l'entendrons
Même pas
Nous étouffer

20 mars 2016

Papillons rôtis

Regarde-les s'éparpiller dans la nuit, regarde-les se déconcentrer au contact du vent. Nous allons au devant de beaucoup de tristesse en multipliant nos gestes pour extraire les papillons du ventre du crépuscule. A s'obstiner à les faire rôtir. Ensuite. L'obscurité ne se cabrera pas avec délicatesse, elle ne soupirera pas avec profondeur sous nos papouilles. Il y aura des cloques. Plutôt. Irrégulières et gorgées. Lorsque les après-midi de pluie ne chantent plus sous nos caresses, il y a quelque chose de brisé. Au sens du vent.

04 mars 2016

L'aube suivante

Ce matin
Le jour
Est un chien mouillé
Tu hésites à le faire rentrer
Tu sais que nous serons
Hypnotisés par son odeur
Tu sais qu'à peine rentré
Il se précipitera sur nous
Tu sais que
Nous nous laisserons attendrir
Nous nous lancerons à l'assaut
De cette féroce humidité
Tu sais que ce sera
Lumineux
Pourtant
Tu préfères
Attendre la nuit
Et plier des linges
Jusqu'à l'aube suivante

Raffut

La nuit
A refermé
Ses mâchoires
Sur nous

Elle nous a avalés
Tout cru
Nous voici
Dans des entrailles
Sombres et visqueuses

Et toi qui me dis
Nous sommes encore vivants
Et toi qui me dis
Nous ne sommes pas morts
Et toi qui me montre
Nos violons
Et nos musiques à bouche

Notre raffut
Viendra cogner
Comme une bête
Aveugle et surexcitée
Contre les parois
De ces profondeurs acides

02 mars 2016

Assaut

Tes cheveux
Sont
La Camargue
De mes désirs

Mes mains
Sont
Des chevaux
Lancés
A l'assaut
De toi

Fendre la nuit

Tu es le seul
A fendre la nuit

D'autres ont voulu
Ils ont montré
Les dents
Ils ont
En vain
Cherché leurs couteaux

Tu es le seul
A découper
Les couches
De nos solutions hasardeuses

Lorsque l'aube
Met de la lumière sur tes mains
Tu regardes
Des traces
Des lignes
Les petits chemins de poussière
De tous ces espoirs
Venus du fond des ventres
Que la nuit a moulu
Fin
Avec la force
De papouilles sombres

Tu es le seul
A fendre la nuit
D'autres ont voulu
Ils se sont
Perdu en chemin

29 février 2016

Dans les parages de l'horizon

L'orage
Se tricotait
Au-dessus de l'océan
Dans les parages de l'horizon

Et nous démêlions
Sur notre bande herbeuse
Les filets des chalutiers
Laissés par
Ceux qui
Nous avaient
Si bien
Fait l'amour
Hier
Et avant-hier aussi
Dans l'oubli des gouvernails

Ceux qui
Maintenant
Chevauchant d'autres houles
Etaient écrasés
Par les poitrines opulentes
Du gros temps
Là-bas au fond
Dans les parages de l'horizon

26 février 2016

Taxi

Entre la fin de la nuit
Et le début du jour
Réussir à capturer
Un taxi
Et le chauffeur qui nous dit
Si vous voulez
Je vous emmène loin
D'abord par là

Et partir

Et parler
Des prédateurs
Des roselières
Et regarder la Beauce
Et ne pas réussir
A tisser des liens exacts
Entre eux
C'est la fin de la nuit
Et le début du jour
Juste au milieu des deux

Et la police qui roule vite
Vers l'horizon
Comme à son habitude
Et toi qui a encore un peu
De tabac propre
Pour ceux qui ont tout arrêté
Tu me dis
Comme une précision
Et la police qui fait
Du vent dans nos cheveux
En roulant vite
Comme à son habitude

On est une échappée
On pose nos yeux
Hors d'atteinte
Sur le haut des arbres
La cime
Tu me dis
Comme une précision
Et nos corps
Se tiennent tranquilles
Au milieu
Entre le début du jour
Et la fin de la nuit

12 janvier 2016

Flambée

Tu as claqué
Les portes
Tu as déboulé
Dans le séjour
Comme un corsaire
A l'abordage de tous les possibles
Et tu as empoigné nos destins
Qui n'avaient plus trop servi
Tu les as frottés et tapés
Les uns contre les autres
De tes mains féroces
Comme des silex
Et tu as fait un feu immense
Nous avions oublié la chaleur
Nous avons adoré ça
Et on s'est mis à chercher
Ce qu'on pourrait y lancer
La frénésie
Gagnait du terrain
Sur l'agitation
Et puis il y avait aussi
Les cris
Venus du fond des ventres
On ne pouvait plus s'arrêter
Et on aimait beaucoup ça

Ta main, s'il te plaît

Laisse-moi
T'accompagner encore
Nous irons voir
Partir les trains
Nous attendrons longtemps
Sans regarder les horaires
Laisse-moi
Me tenir en embuscade
Avec toi
Laisse-moi venir
Avec mes petits outils
Moissonner le temps
Plonger nos mains nues
Dans les minutes et les secondes
Nous sentirons leurs odeurs
Celles qu'elles dégagent
Lorsqu'on les observe assez longtemps
Laisse-moi te prendre la main
Quand le convoi s'éloignera
Laisse-moi t'écouter
Raconter les vies
Qui ont pris le train

03 décembre 2015

Silence

Ce n'est pas l'absence de son
Ce n'est pas le manque d'images
C'est le silence désincarné
C'est le silence abruti
C'est le silence éparpillé
Qui nous lâche la main
Qui nous abandonne
Qui lance des bruits
Féroces, affamés et fumants
A la poursuite
De nos petites boîtes à musique

02 décembre 2015

Le Camarguais

Le jour se cabre
Et toi
Tu reviens de Camargue
Avec toute ta science
Tu m'as dit
Laisse-le avancer
Au milieu
Laisse-le venir
À tes pieds
La lumière ne mord pas de métal
Mais si tu lui offres ton corps
Elle peut vouloir
Y trouver refuge
Laisse-la venir
Où elle n'a jamais accès
Dans des bois sombres
Devant leurs sentinelles
Ces bosquets denses
Le jour se cabre
Et nous étendons nos bras
Peut-être chevaucherons-nous
Vers midi

29 novembre 2015

Le tatoueur

Le tatoueur
Proposa à sa vieille mère
Des fleurs
Un arrangement simple et coloré
Le tatoueur 
Aux bras de têtes de mort
Lui parlait
D'une voix douce
Comme lorsqu'il était petit garçon
Et qu'il rusait pour obtenir
Davantage de sucre
Sur son pain perdu
Le tatoueur
Détaillait à sa vieille mère
Ses projets immédiats
Ses rendez-vous compliqués
Et plus tard
Leur table
Au restaurant rapide
Demeura inoccupée
Assez longtemps

11 novembre 2015

La reprise

L'aube voulait
Ravir à la lumière
La glace pilée
Elle aimait observer
Le manque s'agiter
A la recherche
D'une main secourable
De l'opportunité d'un cocktail
Pour accueillir
Ceux que la nuit
Rejette
Eructe
Laisse là
Sur le pas du jour
Sans se soucier
De la capacité
De leurs poings
A reprendre
Le combat

Mauvais trappeurs

De sa voix barbelée
Le matin a dit
A ce soir
On a cru
Dans ce brouillard
Voir un soupir
De ceux qu'on entend
Sans jamais les croiser
De ces émotions sauvages
Qui se jouent de nous
Mauvais trappeurs

19 octobre 2015

Cellophane

Un matin qui
A des sacs de sable
Dans la voix
Ou
Une nuit dont le cri
A les ailes souillées de pétrole
On ne sait pas trop
On ne sait pas vraiment
Ce que c'est
Cette obscurité
Ces grumeaux sombres

Tu n'as pas sur toi
Comme toujours
Tu n'as pas eu le temps
De t'équiper
Ton couteau aiguisé
De lumière
Ta lame à fendre
Les jours sombres

Qu'allons-nous faire
Dans cet entre-deux
Rayé, rauque et rouillé
Avec nos désirs lyophilisés

Et
Nos cuillères en mauvais bois
Qui pourrissent
Comme un pique-nique
Constitué à la sauvette
Au fond de nos sacs
Comme des provisions
Réunies à la hâte
Au temps sec

Qu'allons-nous faire
Devant ces petits grains
Réguliers et protégés
Dans de minuscules univers
Hermétiques et précis

Nous
Dehors
Avec nos intentions semblables
A des moufles humides

C'est difficile
De laisser
La joie
Dans son cellophane

21 septembre 2015

Plénipotentiaires

L'océan a trouvé
Ses plénipotentiaires

Ils appellent
Le vent et la pluie
Comme le matador
Le taureau
Eux seuls savent
Le langage
De la bête
Grosse
Sombre
Et fumante

L'océan a trouvé
En eux
Plantés au milieu du béton
Des porte-voix
Construits
D'un fouillis de feuilles

Il sait désormais
Se faire comprendre
Et montrer aux clapiers
Qu'il existe des fureurs
Indomptables
Capables de tout écraser
Entre deux vertiges
Susceptibles de tout rompre
En précipitant
Deux espoirs
Même les plus gras
L'un contre l'autre
Envieuses d'éventrer
A coup de lames salées
Les routes les mieux tricotées

L'océan a trouvé
Son ambassade
Au milieu du monde
Des êtres déconcentrés

19 août 2015

Requiem

La pluie entame la nuit
Comme un premier violon

Lorsque
Le gros des souffleurs
Gonfleront le requiem
Nos voix sèches
Ne suffiront pas
A s'opposer à la pénombre

Dans cet hôtel
Entre ces montagnes
Entre ces saisons
Entre ces draps

Alors
Comme nous savons le faire
Puisque nous y avons été entraînés

Alors
Comme à chaque fois

Nous organiserons des ratonnades
Nous attraperons quelques promesses
Nous ne voudrons même pas
Les faire parler
Nous les briserons
Entre nos bras secs
Ce sera notre joie lumineuse
Les yeux plantés dans la pluie
Elle-même plantée dans la nuit

07 août 2015

Un port

C'est un port
Où circulent
Beaucoup d'espoirs
Et de désirs
Bien rangés
Dans des containers

Seulement voilà
C'est un port
Que les dockers
Ont déserté

C'est un port
Où les grues
Restent immobiles

C'est un port
Depuis lequel
Les cargos
Filent à vide
Toucher l'horizon

C'est un port
Où les espoirs
Et les désirs
Restent à quai

Bien rangés
Dans des containers

17 juillet 2015

Les papillons de nuit

Au fond de la forêt
Dense
Sombre avec des grumeaux
S'élève un grillage

Souvent nous jouons
Avec les papillons de nuit
Souvent nous dansons
Nous ne calculons
Ni n'économisons
Nos gestes

A la fin, près du jour
C'est régulièrement une tristesse
De prendre congé
De les voir traverser le grillage
Tandis que nous haletons encore
Tandis que nous nous tenons
D'une fatigue sage
Derrière le tricot de métal

Avant de retourner à nos morceaux épais
Nous portons notre regard loin

Vers le vieux aux bidons
Remplis de perdreaux morts

Le vieux gardé par les papillons de nuit
Comme un chalutier poursuivi par les goélands

Nous portons notre regard
Vers toute cette procession
En marche de poussière
Lancée à l'accueil
De la lumière

22 juin 2015

Les parachutistes

Les parachutistes
Sont rentrés
Dans l'avion
Comme la boulangère
Fourrait des petits pains
Dans un sac de papier

Il y a eu le grand bruit
Du moteur
Et l'odeur
Du gasoil
Qui piquait
Nos muqueuses

Et toi et moi
Nous sommes souvenus
De ces matins difficiles
Où le papier froissé
Même dans les mains
D'une habile boulangère
C'était déjà trop de fracas

Il y a eu des petits points
Dans le ciel
Malingres et indociles
Des mouches à qui
On aurait arraché
Une aile
Ou les deux

Et puis plus rien
Dévorés et avalés
Par les nuages yoyos
Qui jouent à être gros
Et à s'amincir juste après
Dévorés et avalés
Par ces nuages
Qu'on ne peut pas
Soupçonner
De s'être goinfrés

Et toi et moi
Avons quitté
L'aérodrome
En cherchant
Des parfums
Immobiles et prisonniers
Dans nos cheveux

08 mai 2015

Les cris

Ce soir
Nos carcasses
Nous tiennent
Moins bien
Ensemble
Elles se dérobent
Elles réclament
Les routes anciennes
En triporteur
Elles s'humidifient

07 mai 2015

Gazouillis

Retrouver ces forêts
Traverser à nouveau
Par le bitume
Ces carrés
Ecouter encore
Ces voix
Ces tempos
Ces invitations
Et vivre
Dans les gazouillis
Du silence

Chez l'antiquaire

Une ombre de fourrure
Du marbre d'un autre âge
Ce temps déjà trop mûr
Et ta démarche

Au milieu
Par surprise
Des poussières retrouvées
Au fond d'un panier
Et puis
Des morceaux entiers
Chez l'antiquaire