31 janvier 2013

Papillote

Le jour
Mijote en papillote
Vers midi
Il commencera
À libérer ses parfums

En équilibre sur les bords de l'aube
Il nous ouvre l'appétit
Il aiguise
Ses grands couteaux de lumière

30 janvier 2013

Le Chinois

J'aimerais
Rencontrer
Le Chinois
Qui a collé
Les semelles
De mes pantoufles
Là-bas
Entre trois poulets
Et cinq poissons-chats
Nous irions
Danser le menuet
Voir Guignol
Et draguer
Légèrement
Des inconnues

Te rappelles-tu

Te rappelles-tu
Cette ville
Qui se refusait à nous
Ces façades laiteuses
Même la chaleur
S'était mise
A courir
Te rappelles-tu
Nos respirations
Dans ces rues
Hérissées
Contre nos assauts
Te rappelles-tu
Comment nous avons fait
C'était la cambriole de nos désirs
Nous avions si peu de temps
Chaque geste comptait
Nous nous aimions
Et nous songions pourtant
A rester efficaces
Nous avions si peu de temps
Oui
Avant que nos soupirs
Ne soient repris
Par le ronronnement
De l'obscurité
Te rappelles-tu
Cette ville
Qui se cabrait
Sous nos caresses

22 janvier 2013

Frein à main

Arrêtez le monde
Ne tirez même pas
Le frein à main
Nous descendons
Nous enchaînons
Les gestes lestes
Nous claquons la portière
Il continue sa route
La radio diffuse
Des airs amples
Et des commentaires sportifs
Nous l'écoutons
S'éloigner
En roues libres

19 janvier 2013

Croquer

Tu croquais
Des oreilles de porc séchées
La nuit pissait dru sur nos choix
Ils sentiront fort au matin
Nous devrons les lessiver
Pour l'instant
Le Wang Wang Blues
De Fletcher Henderson
A pris possession
De nos corps affamés

15 janvier 2013

Bergers

Les souvenirs
S'égaient
S'éparpillent
S'échappent

Sans clochette
Impossible de les rattraper
Il faudra siffler
Nos deux Pyrénées

Tandis que nous resterons
Avec les rares et les plus mous
Qui n'ont pas filé
A travers les collines

Au milieu de leurs guenilles de chaleur
Nous brandirons nos petits canifs
Contre la nuit et l'alcool
Qui tenteront
Immanquablement
De nous les reprendre
En multipliant
Les attaques surprises

14 janvier 2013

Rivière

La piste hésitait
Entre l'ocre et le rouge
Nous descendions
Vers le soir
Nous raclions
Nos semelles de nuit
Sur les poussières du jour
Nous crachions en vain
Contre notre chemin
Nous imaginions
Humidifier
La vase sèche
Qui sépare le crépuscule des ténèbres
Nous rêvions de limons et de rivière

12 janvier 2013

Odeurs

Choisir le maquis
Choisir la limite
Plutôt que le territoire
Choisir les arômes
Choisir l'odeur du tabac
Emprisonnée
Dans les mailles d'un lambeau
Arraché à la vie que nous avons effrayée
Plutôt que la combustion
Et à la manière d'un archéologue
Remonter aux prémisses des désirs
Qui ont fait de nous des hommes

05 janvier 2013

Pâtisseries

Nous ne briserons pas
La vitrine du boulanger
Mais
En fin de compte
En bout de piste
Nous nous écraserons
Tout de même
De tout notre long
Sur les pâtisseries

04 janvier 2013

Saupoudrage

Le soleil
Fait le môme
Il lime ses dents
Contre les cimes
Pas envie de sortir ses jouets
Préfère saupoudrer
De poussière d'or
Les arêtes
Qui nous empêchent de voir la mer
Préfère nous mentir
Encore un peu
Jusqu'à midi

03 janvier 2013

Réveil

Les rivières
Gonflées du vomi
D'un jour beurré
Ne réussissent pas
Ce matin
A tirer la lumière de leurs lits
Elle s'écoule
Cassée de blanc
Et passe son manteau
A l'envers
La rosée glacée trempe alors
Sa doublure
Composée d'étoiles
Si fragiles et perméables

29 décembre 2012

Pain d'épice

Sa voix agissait
Comme une main velue
Répandue à travers
La maison de pain d'épice
D'Hansel et Gretel
Elle ramenait
Dehors dans la cour
En pleine lumière
Des sucreries
Qui fondaient au soleil

28 décembre 2012

Tamis

Ses yeux
Tamisent le jour
Filtrent la lumière
Retiennent la pulpe de l'aurore
Et derrière eux
S'écoule le jus acide
Des possibles
Qui enivre son âme

26 décembre 2012

Penché sur son amour

Je l'ai tant aimée
Dit-il
Il est penché
Comme à la recherche
De miettes
Qu'il faudrait
Reprendre au sol

Je l'ai tant aimée
Qu'il ne sait plus
Par où commencer
Puisque désormais
Il n'y a plus de début

C'est difficile
De se désintégrer
Et de faire tomber
Ses morceaux
À la verticale
Sans rien tacher

22 décembre 2012

Jus jaune

Sur leurs corps cloqués
Les malentendus
Approchent du four
Leurs têtes en beurre
Bientôt le jus jaune
Des désespoirs

Le vieil oiseleur

Il serait bien resté
Dans le noir capitonné
De sa chambre
Le vieil oiseleur

Il serait bien resté
Dans son coffre-fort
Que les lames de lumière
N'avaient pas réussi
A percer
Même au travers
Des persiennes condamnées

Il serait bien resté
A mâcher
Les bords foncés, durs et denses de la vie
Le vieil oiseleur

Il n'a pas entendu
A l'autre bout du logis
La porte principale
S'ouvrir
Il n'a pas entendu
Les appels
De son ami
Le vieil orpailleur

Il n'a pas pu
Défendre
Sa cage

18 décembre 2012

Grimpe

Tu rampes
Sous ta coque de cafard
Au milieu de la paroi de roche
Tu te retournes
Tu sens alors
Le sable et le vent
Et puis rien d'autre
A moins que
Le vent et le sable
S'amusent à te faire voir
Les visages
Que tu n'as pas su aimer
Plaque-toi vite
Tu n'es qu'à mi-parcours
Et les bourrasques
Deviennent imprévisibles

Les quatre heures avant la mort

Ecouter
Le jour
Tomber

Et s'émouvoir
De son robot ménager
Qui remet à l'endroit
Deux mandarines
Lacérées
De lumière capiteuse

Qu'il est agréable
De prendre
Le goûter
En attendant la fin

15 décembre 2012

Elle t'a dit

Elle t'a dit
De lui laisser ta chemise
Puisqu'elle prévoyait
De fendre
La pluie et la nuit
Armée de ton seul parfum

13 décembre 2012

A tombeau ouvert

Sur sa route
L'amour qui file
A tombeau ouvert
Renverse
Des désirs
A court de carburant
Et des cadavres
Sans abri

11 décembre 2012

Lécher

L'aube est une chienne
Que nous dressons
A lécher les yeux du jour
Pour éclairer nos pas
Sur les chemins
De nos petites misères

05 décembre 2012

Bras tendus

Alors que tu t'échappes
De cette ville et de cette foule
Ton cul
Me tend les bras
Dans la lumière mordorée
Qui pleut
Des marquises

04 décembre 2012

Oasis

Toi
À petites gorgées
Ne pas boire trop vite
Après le désert
Réapprendre
La douceur des hauts arbres
Porté par les lianes
De tes cheveux
Et donner une chance
A la vie
Au sommet des oasis

Ventres à terre

A travers les nuages
Qui foncent
Comme des chevaux noirs
Vers l'horizon
La lune
Tombe en glaives
Sur nos êtres désarçonnés
Nous passons
De la cavalerie
A l'infanterie
Nous vivons
Désormais
Ventres à terre

01 décembre 2012

Caprices

Notre joie
Saoulée de caprices
Ronflait
Après l'amour

28 novembre 2012

A poings fermés

La nuit
Tient
Dans ses paumes
Notre sommeil
A poings fermés

Respirations

Les véhicules
Respirent
A la station-service
La nuit est paisible
Et traversée
Par les sangliers
De nos rages

23 novembre 2012

Réveiller la nuit

Dans nos manteaux d'aube
Armés de nos couteaux d'aurore
Nous partions réveiller la nuit
Une expédition à la sauvette
Hérissée de crétins
Nous avions oublié
Que novembre
Gardait ses portes

Falaises

Longtemps, certains mots ont exercé un pouvoir naturel, solide et simple dans des espaces à leur mesure. Était-ce de l’arrogance ou de la suffisance ? Ils n’ont pas accordé suffisamment d’importance à ceux qui cognaient de plus en plus régulièrement aux frontières de leurs champs lexicaux. Venus parfois de loin, dans des costumes étincelants, presque aveuglants. Ceci est l’histoire d’une aube. Celle de la fin de leur règne.

On buvait de petites tasses de silence. On pompait, du bout de nos index, les miettes de nos pensées. Et c’est sorti.

- C'est une exhibition.

Il est arrivé avec ses navires de guerre. Ils battaient pavillons insulaires. Tout l'horizon était rempli de voiles. On ne pouvait pas les ignorer. Il s'est posé là. Il a levé son verre. Il a fait tinter les glaçons. Il a bu. L'autre paume bien posée sur la table de métal. Et de sa gorge rincée d'apéritif est sorti ça.

- C'est une exhibition.

Nous, trempés sur la côte. Il fallait que nous réagissions. Nous devions actionner les alarmes. Un choc devait se produire. Allait-on laisser les navires accoster? Nous sentions déjà les relents visqueux de leurs ponts. A nos narines affluaient les odeurs portées par ça.

- C'est une exhibition.

L'un d'entre nous monta sur une grosse pierre plate. Afin que tous puissent juger de l'éclat de son armure. Il se voulait rassembleur. Il a brandi son glaive.

- Comment dites-vous?

Voyez, maintenant, ça fume à l'horizon, ça s'agite sur les ponts. Des hommes montent aux mâts. On les distingue. Ils ont la taille de fourmis dodues. Leur marine a vu l'éclat de cette épée sur nos côtes.

- C'est... une... exhibition...

Des sons de corne de brume maintenant. Vous entendez? Il détache les mots. Les grands voiles se déploient. Qui sommes-nous pour les impressionner? Ils voudraient que nous les accueillions. Que nous les laissions fouler notre sol. Que nous nous ébahissions face à ça.

- Oui, c'est une exhibition.

Ici, l'armure a fait son effet. Chacun s'équipe. Bientôt, nos troupes seront massées sur les falaises. Les procédures, régulièrement entraînées, ont fonctionné. D'un glaive est née une armée. D'un glaive jaillit désormais un souffle.

- Vous voulez dire une démonstration?

Regardez les capitaines! Ils viennent à la proue. Les barreurs les ont appelés. Ils remontent quelques carrés. Les navires ralentissent. Oui, ils s'immobilisent. On distingue le reflet des verres des longues vues.

- Oui, enfin, c'est une exhibition.

Il rassemble ses mains sur la table. Les navires pivotent. Un bon tiers des trappes à canon s'ouvrent. Ils veulent imposer leur venue. On s'est opposé à leur élan. On a mis en doute l'usage de ça.

- Qui s'exhibe?

Nous avons donné l'ordre aux archers d'allumer leurs flèches. La nuit tombe et la falaise se met à scintiller. On entend sur la ligne d'horizon le roulement des canons qui viennent taper sur la coque en prenant leur position. Il maintient ça. Il maintient ce mot.

- Avec deux joueurs de ce talent, quelle exhibition ça promet!

Ils gueulent tous sur les ponts. Ils donnent de la voix. Maintenant, il penche le buste en avant sur la table. Ils veulent nous dire qu'on ne leur échappera pas. Il impose une complicité plénipotentiaire. Le débarquement n'est pas une option.

- Ah bon? Ils vont jouer nus? Ils vont faire les marioles?

Ici, les arcs sont bandés. Le bout brûlant des flèches dirigé vers le ciel. Il suffit d'un ordre.

- Qu'est-ce que vous me chantez-là?

Du côté des navires, on sait qu'il est trop tard pour remonter les voiles principales. On voit bien que tout peut s'enflammer. Nos yeux sont plantés dans les siens. Notre buste aussi prend possession du plateau de table.

- C'est une démonstration. Une exhibition, c'est autre chose.

Les officiers plastronnent tous sur les bastingages. Les couleurs de leurs uniformes se détachent. On ne voit plus qu'eux. Il y a un silence. Il n'y a plus que la mer. Il n'y a plus que les éléments.

- Oui, dans ce cas, on dit une exhibition.

Ils ne bougeront pas. Ils nous font bien voir que les canons peuvent très bien tirer contre les falaises et faire du dégât. Même si nous brûlons leurs voiles et qu'ils ne peuvent plus avancer. Ils veulent que nous nous soumettions à leurs coutumes. Que nous acceptions cet usage. Que nous accueillions ça.

- Une exhibition, tout simplement.

L'ordre est lancé. Les flèches sont parties. Elles lacèrent la nuit de rouge, de bleu, d'orange et de fumée. Elles se plantent dans l'horizon.

- Absolument pas. C'est un abus de langage. Vous dites exhibition alors que vous pensez démonstration.

Des matelots se jettent à la mer. D'autres se mutinent. Ils n'ont plus confiance en cet uniforme qu'ils ont embrassé parce qu'ils croyaient que l'art de la guerre et ses codes seraient mieux respectés. Qu'on ne déshabillerait pas des peuplades pour les affubler des atours de l'empire. Déjà nos arcs accueillent de nouvelles flèches. Son buste recule. Ses bras reposent sur les accoudoirs. Son regard se promène sur le sol.

- Oui, enfin, si vous voulez.

Les navires s'éloignent à la rame, avec ceux qui restent. Nos falaises ont tenu bon. Nos côtes ont affirmé leur indépendance. Nos procédures ont fonctionné. Il a fallu les éprouver jusqu'à leurs limites. Déjà, pourtant, l'horizon se charge à nouveau, déjà nos garnisons devront procéder à des marches forcées aux frontières de nos territoires, déjà il faut élaborer de nouvelles tactiques. Contre ce qui pointe. Contre ça.

- C'était en tout cas une bonne occasion d'échanger.

17 novembre 2012

Joie légère

Avec satisfaction
Nous avons appris
Que la minuterie de rotation
Des gobelets de café
Etait à nouveau
Opérationnelle

Avec satisfaction
Nous redéployons
Les intentions
De nos contacts clientèle

Ainsi
La joie monte
Avec la légèreté
D'un papillon
Dans notre secteur
De production