16 mai 2012

Convoitises

Les cadres en moteurs d'appoint pour robotique de pointe
Sortirent simultanément
De leur mallette de tissu synthétique
Une brique de jus de mangue velouté
Présentant un taux minimal de conservateurs

En vue de son écrasement en bout de piste
La journée avait déjà passablement pris son élan
Sa marque dans le sable suscitait déjà les convoitises

Sur sa barque

Ses organes donnaient
Des signes
Des soubresauts
La fatigue et l'usure s'y mélangeaient
Comme du kérosène dans de l'eau salée

Ses organes devenaient les rives
Auxquelles il tournait désormais le dos

Sur sa barque
L'homme du Nord
Fondait comme un glaçon
Dans les mers du Sud

L'horizon

La ligne de l'horizon
Fumait
Comme les contours d'une bûche
Au matin
Devant laquelle
L'humanité saoule
N'avait pu garder
Les yeux ouverts

15 mai 2012

Ai

Attendu que son parfum revienne
Alors que son empreinte avait disparu

Agacé une princesse en lui agitant
Un brin de blé sauvage sous les narines

Sourcillé du genou
En réapparaissant dans cette ville

08 mai 2012

Chenils

Dans les viscères de la nuit
Le cri d'un volet
Comme un aboiement
Qui se referme
Sur la chair
De nos chiennes de vies

Serviette

Sur les pavés
La serviette de papier doux
Chargée de stigmates
Roulait comme un gymnaste
Vers une destination incertaine
Qui l'éloignait toujours plus
De l'agile souplesse
D'une langue qui l'avait fascinée
Jusqu'aux épousailles

Le gosier

Le ciel a le gosier en pente
Ce soir
Les nuages glissent à toute allure
Derrière l'horizon
Dans le ventre des montagnes
Au milieu de ce festin
Nos désirs se font cerfs-volants

05 mai 2012

Les papillons étanches

Dans la friture de la pluie sur les bagnoles endormies, on a levé les yeux vers le lampadaire. On s'est douché sous ces gouttes qui avaient connu leur gloire fugace dans le halo du réverbère. Humides de succès évanescent, ruisselants de renommée éphémère, nous nous rêvions en danseurs populaires, dans des habits de papillons étanches. Lorsque l'aube est arrivée, nous avions pourri, trempés de friture.

03 mai 2012

L'acrobate

Sa langue était une acrobate
Elle donnait aux mots de ces élans
Parfois ils semblaient en suspension
Des intonations au bout d'un fil
Elle disparaissait au fond de sa gorge
Dans la nuit du chapiteau
Elle réapparaissait au bord des lèvres
Dans l'intimité du pavillon auriculaire
Chargée de légèreté qu'elle avait décrochée
Au-dessus de nos têtes
Au fond de son être

Fragile

Il a oublié le pain
Et elle l'a trouvé fragile
Comme un rocker
Qui remonte sa braguette

Les friandises

Avant, quand il ne changeait pas de sous-vêtements tous les jours, quand il rotait à chaque fois qu'il pliait trop rapidement les jambes. En fait, quand toute flexion entraînait des ronflements et des sifflements de viscères qui irradiaient depuis l'intérieur de son tronc. Ouais, avant. Quand il attendait toute la nuit dehors pour tirer sur des belettes et qu'il brûlait ses engelures en craquant des allumettes pour passer le temps. C'était cette époque. Il rentrait et lançait ses chaussures d'une ruade contre les parois jaunes et fumées de l'igloo. Donc en ce temps-là,  il gobait les yeux des phoques à même la bête. C'était avant qu'il ne rencontre la dame, celle à qui il aimait tout enlever pour renifler ses étoles fines et parfumées avec des trous raffinés. Maintenant, pour elle, il les enlève de l'animal et il les lui offre dans un petit sachet de peau de ruminant. Comme des bonbons, les yeux des phoques. Sinon, c'est trop attendrissant, elle lui a dit, et elle mange pas les friandises, il a constaté.

Au fond des yeux

Elle a plongé son regard dans le sien
Elle a tapé sa rétine
Comme un bolide dans une borne autoroutière
Et maintenant
Il y a comme un bruit

02 mai 2012

Brumes

A la frontière de nos brumes
Nous pistons les humus
Et nous respirons ce calme
Qui appelle
Les grands navires

21 avril 2012

La mélodie vient ensuite

- Quand tu me parles, j'ai l'impression qu'on danse le sirtaki sur mes couilles.
- Laisse-moi d'abord t'en arracher quelques poils pour équiper ma guitare électrique.

L'ultime chasseur

Le monde est devenu un tel piège
Qu'au fond de nos taupinières
Enivrés par les reflets des plastiques vermeils
Nous devisons
A nous en faire peur
Sur l'existence
Toujours plus précaire
De l'ultime chasseur

La couleur de la nappe

Venir aux choses
Avant qu'elles ne viennent à nous
Et que nous ne puissions plus avoir
Le discret avantage
De choisir
La couleur de la nappe

Comme un choucas

J'aurais voulu vous parler
Seulement voilà
J'étais le choucas
Qui n'avait pas calculé
Que sur cet immeuble
On ne pouvait atterrir
Convenablement

Comment quoi va où

A vous regarder
Vous débattre
Avec vos feutres, vos crayons et vos stylos bille
A ne plus savoir comment quoi va où
A hausser le ton pour savoir
Comme si l'écho de vos vies faisait envie
A jouer vos airs de fanfares humaines
A vous inventer un écrin pour y pisser
A nul autre pareil
Vous excellez à merdiquiser nos espaces

17 avril 2012

Les dents

On lui disait Jack
Je crois
Ses dents clignotaient
Et elles
Ne savaient plus dans quelle direction tourner leurs yeux
On aurait dit des biches
Écouter du Ravel

Si

Si j'étais Président
Je t'attendrais en bas de l'usine
Et dans ma forêt de gardes du corps
On jouerait
Au loup et au petit chaperon rouge

14 avril 2012

Rencontre

Tu sors à l'aube
Tu vendanges sous tes pieds
Des gouttes de rosée

Alors que mes chaussures
Titubent
T'évitent
Racontent des alcools
Dans le sourd fracas des violettes pilées

Tympans

Sonner
A la porte des nuages
Parler à l'autre en queue de pie
Adopter des postures menaçantes
Puis les rendre
En dédaignant leurs fonctions obsolètes

C'est de haut en bas
Que les claquements de portes
Nous font exploser les tympans

13 avril 2012

Le fleuve

A coups de rames
Remonter un fleuve
Comme je suis
Le cours de tes pensées

Bientôt
Les canots à moteur
Seront à portée de tir

Camion-poubelles

Percuter un camion-poubelles
Comme un chien fou
Et s'étourdir
Des obsessions humaines
En suspension
Dans le frais de l'aube

11 avril 2012

Comestible

Combien d'espoirs faut-il broyer
Pour saupoudrer la vie de tristesse
Et réussir à la croquer à pleines dents

Munition

Son rire partait en rafales
Ainsi
Dans les soupers fins
Il faisait une consommation effrénée
De dentiers

Entre le pouce et l'index

Elle se comportait avec lui
Comme on cueille des groseilles
Elle tenait
Le destin d'un monde pressurisé
Entre le pouce et l'index

Dans nos tignasses

On fouillait
A l'aveuglette
Dans nos tignasses
On se tirait le jus
De nos furoncles
Dans la satisfaction des motards
Qui dégotent une station-service
Sur les routes chaudes
Des après-midi déserts

Pas de précipitation

Recroquevillée sur la cuvette
Les jambes serrées dans un jean délavé
Comme des tulipes par un vieux magazine
Elle pissait
Sans sourciller
Et pendant ce temps
Dans la musique du filet
Lui tirait sur son cigare
Et la cendre se tenait tranquille
Ni l'un ni l'autre
Ne se précipitaient

Bien accroché

Les yeux plantés
Dans la carcasse
De sa daurade
Il attendait
Que l'océan viennent le reprendre
Il était bien accroché