12 juin 2012

Etat d'alerte

Respirer
La pluie et le feu
Après leurs étreintes

Tenir prêt
Au fond de sa cabane
L'outillage
Capable de riposte

Alors que le sol
Hésite
Entre trépidations
Et tremblements

11 juin 2012

Rater une mouche à sa portée

Les jours de grosses éclaircies, tu as un verbe, un sujet et des babioles qui suivent, comme des compléments, des objets, tout un fourbi. Et toi, dans ton brouillard, tu n'arrives rien à en faire. Ce n'est pas que ça fait mal. C'est plutôt un épais désespoir. Aussi évident que de rater une mouche à ta portée. Aussi déprimant que de ne pas pouvoir attraper le sel et le poivre, sur une table, sans te lever, à cause de ton gros ventre. Parfois, tu attends, avec tout ce bazar devant toi. Et le jour décline. Et si tu réussis à ne pas faire de bruit, ta fée peut sortir de l'obscurité et remettre un peu de jus dans toutes tes frusques.

L'ouest vaste et incertain

Dans ces villes de l'ouest vaste et incertain, elle a laissé ses empreintes. Elle a parcouru les rues larges et hautes. Elle y a laissé son parfum. Elle a accroché le reflet de son pas, les battements de son regard sur les vitrines. Elle a croisé briques et bitumes à travers la nuit. Elle a levé la tête pour un rien. Ou si. Au moins défier les étoiles, l'univers et n'oublier personne. Les battements de son coeur traversaient les plaines, les montagnes, les vallées, les détroits et les océans. Ils se transformaient ici en coups sourds, ils tambourinaient sur les crânes de nos vies. Elle respirait la route en pleine lumière, elle dansait avec les poussières. Dans ces villes de l'ouest vaste et incertain, nous avons suivi ses empreintes. Dans ces villes de l'ouest vaste et incertain, nous ne la trouverons jamais. Elle s'est envolée. C'est notre peine. C'est notre drame. C'est notre vie.

09 juin 2012

Deux chats pouilleux sur une place de parc

La nuit noire cette fois-ci
Deux chats pouilleux sur une place de parc

Les feuilles des platanes
Agacées par le vent
Lui-même exaspéré par le faux silence de l'obscurité
Lacèrent la gorge de la pénombre

Dans les vagues des draps
Hantés par l'empreinte d'un corps
Mes mains naviguent seules
A la recherche du vaisseau
De conquistadors sublimes
Evanouis à la faveur d'une houle épaisse
A l'abordage duquel je me suis maintes fois lancé

C'était le temps des découvertes
Désormais les pirates croisent çà et là
Probablement sur la piste
De deux chats pouilleux sur une place de parc

07 juin 2012

Réveil

L'aube me retenait
Dans ses draps de pluie
En pleine clairière
La lumière érigeait le jour
En plantant ses clous de silence

Mes yeux s'ébrouaient
Dans ton parfum de nuit
Distillé de la vapeur de nos désirs
Semblables à des ipomées

06 juin 2012

Peu après 15 h 30

Peu après 15 h 30
Les premiers salariés en costumes
Ont commencé à tomber
Ils s'affaissaient
Comme lorsqu'on retire sa main d'une marionnette

Peu après 15 h 30
Nos montres se sont arrêtées

Cabane

Du fond de sa cabane
Il assistait
Au soir qui s'abattait
Sur ces bois giboyeux
Comme une chouette fauve
Sur des lézards endormis

Abri

Sous les frondaisons
Gorgées de pluie
Sur les pavés de vapeur
Immobile dans cette strate terrestre
Il s'abritait
Des gesticulations de Vénus
Qui passait devant le Soleil
En petite tenue

01 juin 2012

Franz

Avec Franz, on avait déjà descendu une demi-douzaine de bouteilles de vin de l'intérieur des terres. On les avait flinguées en tirant sec sur les goulots. Au moment de l'addition, on avait essayé de fourrer notre langue dans la bouche de la patronne qui nous avait cuisiné un kilo d'escalopes de veau. Mais Franz était tombé sur moi et ensuite je me suis affalé sur le bois du sol. Et on est resté là. A rire par rasades. Ensuite on a fini par se lever car on avait besoin de sortir la chauve au col roulé pour humidifier la nuit et désodoriser le soir rempli de talons de multiples tailles qui claquaient sur le bitume. Pendant qu'on tirait sur nos braguettes en les prenant pour des trombones à coulisse, Franz aperçut de la lumière au fond d'une échoppe. On n'a pas eu besoin de se regarder sous les réverbères pour décider de s'y glisser. C'était une sacrée trappe à dégénérés. On s'est mis à parler italien et anglais. On toisait sec. On avait beau ne pas bouger et ne pas faire de bruit, on n'entendait rien bouger dans les culottes des bonshommes. Pourtant, deux jumelles jouaient les dresseuses de serpents. A croire que nous étions les seuls, Franz et moi, qui parlions au nom de l'empire des rampants. Et du côté des bois morts, au fond, ça s'est vite remarqué. Tout le monde voulait qu'on montre nos espèces tropicales. Mais nous, on voulait pas trop, les jumelles avait de grosses mains et avec le vin de l'intérieur des terres qui nous grimpait au cerveau comme un crotale, elles nous paraissaient géantes. Alors on a préféré se tirer. Dehors, la lune écrasait les nuages de lumière. On avait encore du temps avant l'aube.

31 mai 2012

Au bout de la route

Au bout de la route
Les pieds dans la poussière
Les semelles faméliques
Le visage devient cet océan sans eau

Au bout de la route
Aucune portière n'est intacte
Les pneus dodelinent
On tient la roulotte du vendeur de petits bruits

Au bout de la route
Les visages disparaissent
Comme un agrume au fond d'un soda
Dans l'effervescence de nos silences

Au bout de la route
C'est peu
C'est clair
C'est espacé

Au bout de la route
La lumière vient d'en bas
Les champs sont des danseuses
Les perspectives se sédentarisent

Au bout de la route
On se couvre de sol
On ne sait plus si les jambes se démontent
On se berce de vent

Au bout de la route
On perçoit le fracas des machines
Au-delà des collines
De ceux qui bitument plus loin

30 mai 2012

Boucan

Il a dit buvons un coup
On a bu un coup
Et on n'a pas entendu
Frapper à la porte
C'était le livreur d'obus

Cendres

Avec ce vent
A l'allure de nos flammes
Nous serons bientôt
Des cendres

Le soir

La chaleur du soir montait
Comme la vapeur se répand
Dans les vastes demeures
Après les ablutions vespérales
Des maîtres de maison

Le soir
Grand seigneur
Montait dans les étages

Les nuages
Mordorés
Offraient des oreillers époustouflants
Creusés et burinés

Des visages gigantesques
S'y laissaient tomber
Comme on plante le nez au ciel

23 mai 2012

Avec Luc et Marc

Au début
La joue chaude sur mon carrelage glacé
Je ne voulais rien

Luc et Marc avaient d'abord sonné
Ensuite ils enfoncèrent la porte
Et leurs bières légères éjaculèrent

Ils ont attrapé les restes de ma joie
La carcasse de mes rires
Les ombres de ma paix

Luc et Marc m'ont attiré dehors
Dans les éclats de cuillères tournantes
Comme on dégote une truite

Et puis on s'est effondré sur des sofas
Dans des odeurs arides de fin de parcours
Nos doigts marquaient l'air

Nous étions des chars de bois
Lourds et précaires
Tirés par nos yeux de sang

Jusqu'à ce que la voix, le parfum et la pose
En travers et fendant le sombre
Domptent nos élans

Nous haletions
Dans leurs paumes sucrées
Et nous les salions de nos joues moites

Le saut

Il s'est détaché de la vie
Comme on lâche une liane
Pour s'écraser dans l'eau
D'une rivière habitée
D'une peuplade discrète

19 mai 2012

Foule

Parmi les fumigènes, les cordes et le métal
Leurs âmes jumelles
Chinoisaient
Au lieu de courir l'une vers l'autre
Comme des dératées
Et choisir la vie
Dans les délices de ses abysses

Voie rapide

De manière progressive
La vie ressemble
A un blaireau raide
Percuté et couché sur le côté
Au bord d'une voie rapide
Mitée de nids de poule

16 mai 2012

Convoitises

Les cadres en moteurs d'appoint pour robotique de pointe
Sortirent simultanément
De leur mallette de tissu synthétique
Une brique de jus de mangue velouté
Présentant un taux minimal de conservateurs

En vue de son écrasement en bout de piste
La journée avait déjà passablement pris son élan
Sa marque dans le sable suscitait déjà les convoitises

Sur sa barque

Ses organes donnaient
Des signes
Des soubresauts
La fatigue et l'usure s'y mélangeaient
Comme du kérosène dans de l'eau salée

Ses organes devenaient les rives
Auxquelles il tournait désormais le dos

Sur sa barque
L'homme du Nord
Fondait comme un glaçon
Dans les mers du Sud

L'horizon

La ligne de l'horizon
Fumait
Comme les contours d'une bûche
Au matin
Devant laquelle
L'humanité saoule
N'avait pu garder
Les yeux ouverts

15 mai 2012

Ai

Attendu que son parfum revienne
Alors que son empreinte avait disparu

Agacé une princesse en lui agitant
Un brin de blé sauvage sous les narines

Sourcillé du genou
En réapparaissant dans cette ville

08 mai 2012

Chenils

Dans les viscères de la nuit
Le cri d'un volet
Comme un aboiement
Qui se referme
Sur la chair
De nos chiennes de vies

Serviette

Sur les pavés
La serviette de papier doux
Chargée de stigmates
Roulait comme un gymnaste
Vers une destination incertaine
Qui l'éloignait toujours plus
De l'agile souplesse
D'une langue qui l'avait fascinée
Jusqu'aux épousailles

Le gosier

Le ciel a le gosier en pente
Ce soir
Les nuages glissent à toute allure
Derrière l'horizon
Dans le ventre des montagnes
Au milieu de ce festin
Nos désirs se font cerfs-volants

05 mai 2012

Les papillons étanches

Dans la friture de la pluie sur les bagnoles endormies, on a levé les yeux vers le lampadaire. On s'est douché sous ces gouttes qui avaient connu leur gloire fugace dans le halo du réverbère. Humides de succès évanescent, ruisselants de renommée éphémère, nous nous rêvions en danseurs populaires, dans des habits de papillons étanches. Lorsque l'aube est arrivée, nous avions pourri, trempés de friture.

03 mai 2012

L'acrobate

Sa langue était une acrobate
Elle donnait aux mots de ces élans
Parfois ils semblaient en suspension
Des intonations au bout d'un fil
Elle disparaissait au fond de sa gorge
Dans la nuit du chapiteau
Elle réapparaissait au bord des lèvres
Dans l'intimité du pavillon auriculaire
Chargée de légèreté qu'elle avait décrochée
Au-dessus de nos têtes
Au fond de son être

Fragile

Il a oublié le pain
Et elle l'a trouvé fragile
Comme un rocker
Qui remonte sa braguette

Les friandises

Avant, quand il ne changeait pas de sous-vêtements tous les jours, quand il rotait à chaque fois qu'il pliait trop rapidement les jambes. En fait, quand toute flexion entraînait des ronflements et des sifflements de viscères qui irradiaient depuis l'intérieur de son tronc. Ouais, avant. Quand il attendait toute la nuit dehors pour tirer sur des belettes et qu'il brûlait ses engelures en craquant des allumettes pour passer le temps. C'était cette époque. Il rentrait et lançait ses chaussures d'une ruade contre les parois jaunes et fumées de l'igloo. Donc en ce temps-là,  il gobait les yeux des phoques à même la bête. C'était avant qu'il ne rencontre la dame, celle à qui il aimait tout enlever pour renifler ses étoles fines et parfumées avec des trous raffinés. Maintenant, pour elle, il les enlève de l'animal et il les lui offre dans un petit sachet de peau de ruminant. Comme des bonbons, les yeux des phoques. Sinon, c'est trop attendrissant, elle lui a dit, et elle mange pas les friandises, il a constaté.

Au fond des yeux

Elle a plongé son regard dans le sien
Elle a tapé sa rétine
Comme un bolide dans une borne autoroutière
Et maintenant
Il y a comme un bruit

02 mai 2012

Brumes

A la frontière de nos brumes
Nous pistons les humus
Et nous respirons ce calme
Qui appelle
Les grands navires