03 octobre 2014

Prise de contrôle

Elle a laissé
Venir l'océan
A ses pieds
Comme on laisse
Un molosse
Qui a tué un des siens
Approcher ses bottes

C'était remarquable
Cette patience
Ce calme
Ce silence
Qu'elle développait
Devant
Toute cette flotte salée

Un jour le molosse
Habitué à l'odeur du caoutchouc
Ne distinguera plus l'odeur du revolver

Un jour l'océan
Ne sentira pas
La chimie
De son usine
A elle
Le pénétrer
Comme on prend le contrôle
D'un réseau d'artères

Nous n'aurons même pas existé

De rage et de fureur
Courir et fendre
L'obscurité
Planter
A deux mains crispées
Son petit couteau
Le canif qui nous sert
De misérable compagnon
L'enfoncer
Dans le gros ventre
De la nuit
Sans même
Prendre le temps
De viser
Pas à la sauvette non plus
Agir d'un trait frêle
Le geste des faibles et des désespérés

Elle rira bien
De grosses secousses d'obèse
Nous n'aurons pas atteint
Ses entrailles
Juste l'épiderme
Un peu endommagé
Un bon jour là-dessus
Et la nuit prochaine
On n'y verra plus rien
Nous n'aurons
Même pas existé

17 septembre 2014

Il y a un saucisson

Il y a un saucisson. Il se trouve dans un placard. Au sec, au frais, à l'abri de la vermine. C'est un programme apaisant de faire de ce saucisson le but de sa journée. Après le soleil, la pluie et les éléments. Penser au saucisson durant les aventures du jour. Et puis rentrer. Et aller contempler le saucisson. Au calme. Il n'a pas bougé. Ou si peu. De toute façon, c'est invisible à l'oeil nu. Dans un intérieur de peu d'électricité, se réjouir du moment où on amènera le saucisson sur la table. On le découpera. Pas lentement mais tranquillement. Dans un halo de lumière minimal. Japperont au fond du domaine les bruits mélangés de la ville et de la faune qui descendent vers la nuit. Ensuite, on aura envie de penser à des choses peu compliquées qui amèneront une vision du monde plus vaste. Large comme la traversée d'une prairie verte et fraîche les pieds nus. Loin du verre pilé, des boîtes de conserve abandonnées et des restes de l'humanité. Enfin, après avoir placé une pomme à la place du saucisson, on ira se coucher. Au-dessus d'une obscurité métallique comme une langue sur un couteau.

02 septembre 2014

Petit rongeur

La joie
Est un petit rongeur
Qu'il faut poursuivre
De la cave
Au grenier
Et ramener
Près de soi
Puisque nous aimons
Que nos êtres
Se fassent
Grignoter

Viens

L'aube
Avançait vers lui
Elle semblait suivre
Un sentier invisible
A l'odeur
Comme un chien
Sorti
Des encens mordorés
D'un Fra Angelico
L'aube venait
Lui lécher les pieds
Elle semblait savoir
Qu'il se tenait
Toujours
Pieds nus
Dans ses sandales
Sur son banc

01 septembre 2014

Ebouriffés d'aube

Des êtres vivants
Jetés dans le matin
Ebouriffés d'aube

La nuit
A la manière
D'une grosse prostituée
Les a serrés
Dans ses bras sombres
Elle a laissé
Sur leurs cheveux
Des odeurs
De papouilles
Des parfums
De poitrine

Et puis
Elle les a envoyés
Affronter la lumière
Sans les recoiffer
La gorge sèche
Sans salive
Pour se redonner
Un peu d'allure

25 août 2014

Caresse

La voiture
De police
Etait
Un doigt lumineux
Elle progressait
Sur le bitume
En glissant
Sur les coutures
De la ville
Tressaillant
De rouge
De bleu
Et de blanc
Au loin
On ne savait
Plus très bien
Sous cette caresse
Qui
Des rues
Des banlieues
Ou des fugitifs
Frissonnaient

21 août 2014

Les doigts qui craquent

Cette ville
A les doigts qui craquent
Elle semble promise
Aux rhumatismes
Courir vers l'eau
Ne sera
Bientôt
Plus possible
Sans assistance

Suivre et poursuivre

D'abord
Suivre l'été
D'une démarche
De badinage
De début de soirée
L'esprit rosé
Ensuite
Puisqu'il ne répond pas
Presser le pas
Lui tourner autour
En mobylette
Comme il se dérobe
Faire ronfler le moteur
Gonfler l'air de gaz
Enfin carrément
Le poursuivre
Exiger des choses
A haute voix
Se donner en spectacle
Parler d'amour
Alors que nous dégageons
La baise
Alors que nous exigeons
Le petit coup de soleil
Pour se cramer
Vite fait

06 août 2014

Ton rire est un ogre

Ton rire
Est un ogre
Qui te dévore
Les joues
A même
Le visage
Et puis
La serviette
Autour du cou
Comme le drapeau taché
Des assaillants galvanisés
Il poursuit
De son pas lourd
Nos oreilles
Puisque ses dents
Ont faim
De nos cartilages

Jus

La nuit
Ressemble
Au jus
D'une cerise
Ou d'un sorbet
Qui coule
Entre les doigts
En attendant
Que l'aube
Respire
Même
D'un souffle
Le dernier
Pour sécher
Tout ça
Et le rendre
Indélébile

08 juillet 2014

Caprice

Pendant que tu dormais
Je suis rentré dans ta chambre
J'ai pris une chaise
Je me suis assis face à ton sommeil
Avec mes gros godillots
Mes pantalons épais
Mes mains gercées
Posées sur mes genoux écartés
Et j'ai procédé
Avec la méthode
Que requiert
Toute effraction officielle

A une rafle

De tes gestes
De tes souffles
De tes soupirs
J'ai fermement
Menotté et embarqué
Ton sommeil

Je ne savais pas encore
Que loin de toi
Il se fanerait
Comme un arbrisseau
Il s'éteindrait
Comme un petit animal
Qu'on a déplacés
Pour en faire
Un caprice

C'était un matin jaune

Nous avions passé
La nuit
A moudre nos ombres
A contester
Aux réverbères
La paternité
De la lumière
Nous nous sommes
Endormis
Contre nos sacs
De sable sombre
Et nous avons raté
L'arrivée
Depuis le fond
De l'avenue
De ce matin jaune
Sur lequel
Surfeuses insoumises
Vous déferliez

02 juillet 2014

Couture

Et si elle essayait
De coudre
Les paupières
De sa nuit
Et si elle y mettait
Un peu du sien
Pour éviter
Qu'il ne foute le camp
Et qu'il aille
Se faire enduire
De lumière
Là où l'aube
Se balade
En petite tenue

30 juin 2014

Excursion

Un jour, vous êtes deux et vous décidez de prendre la route du col. Vous décidez ça parce qu'il fait un peu chaud dans la plaine et qu'en haut, il doit vraisemblablement y avoir davantage de fraîcheur. Vous arrivez après quelques heures de marche dans une cabane qui est une chaumière sans style, propice à ne pas gêner la trajectoire des êtres jetés en elle. Là, vous découvrez, sans l'avoir forcément cherchée, une vieille boîte de thé, encore garnie de feuilles. Vous procédez à l'ébouillantage de l'eau et à la répartition du liquide dans les tasses. Ensuite, vous laissez floconner les feuilles. C'est à ce moment que l'un de vous deux s'absente. Il quitte la cabane. L'attente est inhabituelle. Lorsque l'autre revient, vous songez à porter à vos lèvres les tasses de thé. Vous découvrez alors, très précisément, que dans l'intervalle, vous en avez bu, du thé, en grande quantité. Pourtant, vous êtes persuadé, puisque vous en avez le sentiment clair, que vous n'en avez bu qu'une tasse. Ensuite, le reste de l'excursion est assez rapidement consacré à approcher une définition de ce qu'est l'amour d'une vie.

Vieux dragueur

L'orage
S'est tiré
Il nous a laissé
La pluie
En rideaux
Mous et gris
L'orage
Est parti
Gueuler
Plus loin
En gruger
D'autres
Avec
Ses lumières
Ses éclats
Ses grognements
Sa voix
De vieux dragueur
Ici ça pisse
Et on chiale
En regardant
L'horizon
Clignoter
Sur d'autres corps

26 juin 2014

Pomme

Lorsque tu regardes
Un orage avancer
Une encre
Prendre possession
Petit à petit
Du ciel
Avec la détermination
D'une substance toxique
C'est agréable
De couper une pomme
En quartiers
De lui enlever la peau
Avec toi
Sur mes genoux
En sandalettes
Les jambes nues
Toi qui rêvasses
Toi qui regardes
Dans une autre direction
Toi qui t'en fiches
De la possession du ciel
Dont même la visite
Ne t'intéresse pas
D'ailleurs
Et après l'avoir
Bien coupée
La pomme
C'est une satisfaction
D'aligner les morceaux
Sur la crudité
D'une table en zinc
Ensuite
Il faut hésiter
Ou faire un peu semblant
Avant de les manger
Un à un
En accueillant
Les gouttes

24 juin 2014

Tout cru

La nuit
A avalé
L'orage
Tout cru
Sans rien
Mâcher
Des éclats
De lumière

On titubait
Dans l'obscurité
On s'enivrait
De ses rots

A l'aube
Au-dessus
De nos têtes
Le ciel
Avec ses petits nuages
En miettes
De mignardises
Ne s'était
Visiblement
Pas brossé
Les dents

23 juin 2014

Apparition

Lorsque j'ai
Relevé la tête
Tu n'étais plus là

Tu ne t'es pas montrée
Lorsque ma voix
Ferraillait
Avec
Le vent
Les flots
Les cordages
Tout ce qu'il faut
Pour tirer nos corps

Et j'ai cru t'apercevoir
Oui c'est ça
Je crois
De dos
Ta tête
Au milieu de la foule
Aussitôt avalée
Comme un homme à la mer
Ou un évadé en quête de rivage
On ne sait jamais vraiment
Lorsque ça souffle en grains
Et que ça pleut en lames

Seulement voilà
Ma voix s'est enraillée
Comme une fusée de détresse
Mouillée

19 juin 2014

Tes cheveux

J'aime plonger
Dans tes cheveux
Car ils sentent
La chute
Depuis une falaise
Tropicale
Ils ont la couleur
D'un arrière-pays
Oublié des vacanciers
Ils sont frais
Comme le regard
D'une amoureuse
Ils rendent fou
Comme la violence
D'une migraine
A ne plus distinguer
La douleur
Du délice

18 juin 2014

L'ancien du moto-club

L'ancien
Du moto-club
Maintenant
Prend le train
Avec sa canne
Et son chien tranquille
Dans ce silence
De campagne
Qui précède
L'arrivée
Des locomotives
Il persiste encore
Une odeur de gasoil
Tandis que le chien
Au pied bot de son maître
Garde au fond
De leurs âmes
A tous deux
Comme une poire
Pour la soif
Le suc
Des vrombissements
Des derniers instants
De gloire
Lorsque le train
Ne passait pas encore
Par ici

Gestes simples

Des gestes simples
Dans la maison à l'écart
Un programme
Sans envergure
Champ libre
A l'arbre ancien
Qui rythme tout
Un soir avant la pluie
Il est venu
Ecouter les feuilles
Et puis
La nuit la reprit
A nos gestes simples

Clous

Elle avait
Un sac avec des clous
Dessus
Des chaussures
Et une ceinture
Cloutées
Alors
Avec ma gueule de bois
C'était risqué
De venir
Faire le mariole

Collet à chien

Saisir le monde
Avec un collet à chien
Comme un animal
Errant, perdu et plein de puces
Et l'embarquer
Dans une camionnette
Qui pue et qui bringuebale
Lui faire voir
Ce que la captivité
A de dégueulasse

06 juin 2014

Claudiquer

Apprendre
A mon visage
A marcher
Jusqu'au creux de tes mains
Il est pieds nus
Tête en l'air
A sortir en guenilles
Dès le matin
Eperdu
De ton aube
Et avec tout ça
Le chemin
Rugueux de gabions

Une gare

Une gare
Petite
Plantée
Comme un bout
De météorite
Dans une campagne
Penchée
Courbée
Avec des cloques
Une gare
Irriguée
De tranchées
En béton
On dirait
Un champ de bataille
Vide et refleuri
A creuser un peu
On y retrouverait
Des os et du métal
A bien écouter le vent
On entendrait
Des râles
Des pleurs
Le malheur
Tout à ses grandes manoeuvres

Vieux

Tu me manques
Parce que je suis vieux
Comme la fin
D'un quai de gare
Griffé par la pluie
Vieux parfumé
Aux rognures
De poussière
Vieux comme
Un soupir
Lâché en mer
Tu me manques
Je me souviens
Tu arrêtais les trains
Chorégraphe
De particules en suspension
Matelote
Sans jamais vomir

03 juin 2014

Soudain

Elle le regardait
Comme on se demande
Ce qui se passe
Là-bas
Tout au fond
Au pied du clocher
Au bout de la plaine
Dans L'Angélus
De Jean-François Millet

Elle le regardait
Puisque c'était un miracle
De l'avoir retrouvé

Aussi inespéré
Qu'un camée perdu
Récupéré au milieu
Des herbes folles
A se demander
Comment il avait résisté
A la météo
Au temps
Aux machines
Aux godillots
Qui éreintent
Les prairies
Pressés de gagner
Des surfaces
Dures
Et sans mystère

Tomate

Une vie
A prendre
Avec un couteau
Comme une tomate
Tombée d'un panier
Une vie dont on enlève
La peau
Les pépins
Une vie qu'on dégorge
Une vie qu'on trafique
Pour lui faire
Tout à fait
Rendre son goût
Pour être sûr
Qu'aucune saveur
Ne filera
Dans l'évier

Béton

Elle sentait
Comme
Une maison fraîche en été
Elle avait les cheveux
Attachés de nuit
La lumière
Collée sous ses pieds nus
Ranimaient
Nos couloirs
Privés
De rires et de cavalcades
Lorsque parcourions
Les campagnes
Lorsque nous lacérions
Le pays
De giclées de béton
Acceptera-t-elle
Désormais
De nous abriter